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Bringing it to the People(s)

Géographie des milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estrans / Milieu côtier
Approche
Coopération, empowerment des communautés
Thématique
Changement de comportements / participation active des habitants
Nouveaux récits, ouvrir les imaginaires, créer d’autres récits du futur
Type de projet :
Recherche Linguistique, préservation des connaissances liées au vivant
Concepteur :
Kaveh Neghabani
Partenaires :
Jermayne Tukta
Date et durée :
Recherche actuelle
Ville :
Plusieurs états américains : Hawaii, Alaska, Washington et Oregon
Pays :
Etats Unis

Un ensemble d’outils visuels collaboratifs et évolutifs qui participe à une renaissance des langues indigènes, et donc une transmission des langues, cultures, et connaissances écologiques traditionnelles

Contexte du projet

Le changement climatique et la crise écologique pourraient être considérées comme une crise avant tout de notre rapport au vivant. Baptiste Morizot, philosophe et écrivain français, décrit cette rupture comme une “crise de sensibilité” qui passe par un appauvrissement de nos connections et observations du vivant.

Ces connections avec le vivant peuvent être trouvées dans les mots qu’on utilisent, qu’on parlent. Culture, langue et pratiques environnementales sont interdépendantes. Une langue est representative d’un lieu et d’une culture qui s’est formée autour d’un environnement spécifique. Les langues indigènes maintiennent des principes scientifiques clés et une compréhension approfondie de la gestion des écosystèmes. Les connaissances écologiques traditionnelles, (également appelées TEK – Traditional Ecological Knowledge) se réfèrent aux connaissances acquises par les peuples indigènes et locaux au cours de centaines ou de milliers d’années par contact direct avec l’environnement. 

Il faut alors, retisser le vivant avec nos langues et nos histoires. Si les 370 millions de personnes Indigènes du monde représentent moins de 5% de la population humaine totale, ils gèrent ou détiennent un régime foncier sur plus de 25% de la surface terrestre du monde et soutiennent environ 80% de la biodiversité mondiale. En même temps, la diversité des langues sur notre planète s’appauvrissent. Selon l’ONU, deux langues deviennent dormantes par mois. 

Kaveh Neghabani, linguiste et activiste dans la lutte pour les droits des peuples Indigènes, cherche à préserver et faire vivre les langues indigènes et les connaissances écosystèmiques qui y sont propres sur la côte Pacifique aux Etats-Unis. Il travaille en partenariat étroit avec les personnes des peuples indigènes à travers les territoires littoraux d’Alaska, Washington, Oregon et Hawaii aux Etats-Unis, en développant un ensemble d’outils d’apprentissage des langues intitulé “Bringing it to the People(s)

Les concepts clefs

Bringing it to the People(s) est un ensemble d’outils visuels collaboratifs et évolutifs. En termes plus simples, Bringing it to the People(s) est une collection d’illustrations (représentant les milieux naturels et les mots qui leurs sont associés). Ce format offre une plus grande liberté d’expression que les méthodes traditionnelles utilisées par les linguistes académiciens, qui forment des listes de mots et des dictionnaires. Ce changement de méthode a été choisi en fonction de la structure de multiples langues indigènes qui sont taxinomiques (elles forment des catégories) ou basées sur les verbes (dont la notion de mouvement et interactions entre les choses est plus importante). 

Les illustrations de Kaveh Neghabani représentent souvent les dynamiques d’un écosystème spécifique : une forêt ancienne ou une forêt après un incendie, le littoral ou un marais. Ces illustrations offrent un espace à l’intérieur de la page où les catégories et les mots peuvent être écrits et dessinés librement, en permettant de décrire les méthodes de gestions des écosystèmes propres à chaque peuple. 

Ces pages peuvent être remplie avec l’aide des ainés qui parlent encore les langues en danger ou par des individus, avec l’aide des dictionnaires en lignes existants pour certaines langues. Une fois remplies, les pages peuvent être utilisées comme un outil pédagogique pour des enfants et adolescents mais également comme une base pour la collection des données scientifiques dans l’observation des milieux. 

Bringing it to the People(s)  est une initiative initiée à titre gratuit et à partager librement. C’est un outil simple à mettre en oeuvre, ce qui permet une autonomie dans la préservation et transmission des langues et cultures. L’autonomie dans la préservation d’une langue devient encore plus cruciale pour les langues dites “fermées” qui ne peuvent pas être partagées avec les non-indigènes ou les communautés non-indigènes, suite à des passées traumatiques ou des négociations en cours. 

Pourquoi on en parle ?

Le projet questionne la manière dont les langues sont étudiées, en redonnant directement le pouvoir de la protection et la transmission de ces langues dans les mains des peuples indigènes. C’est aussi une manière de partager la diversité des façons dont on nomme, parle et perçoit les lieux et les écosystèmes. 

Il nous semble important de partager des projets et méthodes en cours d’expérimentation pour sauver une diversité de cultures, de langages et de manières d’être liée au vivant.

Une plus grande diversité linguistique apporte une plus grande biodiversité. Plus de mots pour décrire les phénomènes naturels signifie plus d’angles d’observation de l’environnement naturel et, en tant que tel, un lien plus fort entre les humains et le monde dans lequel nous vivons. Dans l’exemple d’Ojibwé, la langue du peuple Anishinaabé, chaque dialecte est représentatif du milieu dans lequel il a évolué et montre d’autres connaissances scientifiques. 

Une plus grande biodiversité conduit à une meilleure résilience d’un écosystème. Inversement, si une langue devient dormante, alors nous perdons la connaissance du monde naturel. 

Kaveh Neghabani travail principalement dans les états américains d’Hawaii, Alaska, Washington et Oregon. Certaines langues indigènes des peuples maritimes de cette région, comme le Haida, Tlingit ou Tsimshian, sont des isolats linguistiques, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’autre langue comme celles-ci dans le monde. Imbriqué dans ces langues, il y a les sciences, idées et concepts spécifiques à l’environnement des îles et celui de la côte Nord-Ouest des Etats-Unis, ou du Canada. Pour ceux qui les parlent encore, les effets du changement climatique devient évident. Les ressources naturelles et aliments traditionnels deviennent de plus en plus rares. Les noms de lieux peuvent dire si une plante ou une ressource n’existe plus ou a besoin d’être re-introduite.

Mise en perspective

Bringing it to the People(s) n’est pas spécifique aux paysages et territoires du littoral, mais néanmoins existe sous d’autres formes de liminalité, celles du passage entre la préservation et l’oublie, entres les mots et les choses, entre l’humain et le monde du vivant. Le projet paraît simple, mais le processus et les résultats sont loin d’être négligeables. Bringing it to the People(s) participe à une renaissance des langues indigènes, et donc une transmission des langues, des cultures et des connaissances. 

Les connaissances écologiques traditionnelles ne se trouvent pas seulement chez les peuples indigènes des Amériques. La France avait autrefois une incroyable diversité de langues, de dialectes et de patois. Quand on délaisse la pratique du breton, du basque ou de l’occitan, quelles sont les connaissances écologiques associées à ces langues que nous perdons ? 

Zoom

Kaveh Negahbani a créé ses propres outils en utilisant des techniques développées par un ami et linguiste, Jermayne Tukta, un membre de la tribu Warm Springs en Oregon. Au cours du développement de sa méthodologie, il a bénéficié de l’avis et des recommandations de plusieurs linguistes et indigènes issus de différents peuples et nations. Ceux-ci l’ont aidé à illustrer et créer des documents adaptables à la culture et la vision de l’écosystème et la construction linguistique de chaque peuple.

Aujourd’hui, les outils de Bringing it to the People(s) sont utilisés par l’Alaska Seward Sea Life Center, l’Alaska Native Medical Center, le département des études des Nations Indigènes à Portland State University, et le Siletz Confederated Tribes en Oregon, ainsi que certains individus des tribus Haida, Tlingit, Tsimshian, Koyukon Athabaskan, Anashinaabe et les Hawaiians. 


Pour aller plus loin 

Découvrez les territoires des peuples indigènes de l’Amérique du Nord pré-colonialisme par cette carte interactive

Ecoutez l’histoire du linguiste Jermayne Tuckta qui luttent pour la revitalisation de sa langue indigène Ichishkin en Oregon  ici

Apprendre plus sur le mouvement de décoloniser l’education par le département des études Indigènes à Portland State University.

Pour comprendre l’application des connaissances écologiques traditionnelles dans le dessin des espaces et la construction d’infrastructure locales et frugales, vous pourrez vous plongez dans le livre Lo-Tek de Julia Watson ici

Si vous vous intéresse à la philosophie de notre rapport au vivant, Klima vous invite à découvrir les écrits de l’anthropologue Nastassja Martin et le philosophe Baptiste Morizot  ici et ici.

Pour découvrir la langue Siletz Dee-ni, parlée par  des membres des Siletz Confederated Tribes en Oregon, cliquez ici

Pour découvrir la langue Lushootseed, une des langues indigènes des peuples du Puget Sound en Washington, cliquez-ici

Pour découvrir le Hawaiien, cliquez-ici

Crédit :

Klima sur les rivages

Klima en Bretagne,
en Nouvelle-Aquitaine
et à Paris

Adresse du siège social :
28 rue de la Masse
La Fresnais 35111
France

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