X
X
XS
SM
MD
LG
XL
← Retourner à la cartographie
La maison RoZo

Accéder à la présentation

La maison RoZo
Type de projet
Maison individuelle

Partenaires
Mireille Avril (RizHome)

Concepteur
Clémence Cazenave (Caz'Eco)

Lieu
Savenay, France
Milieux
Dans les terres / Rivières / Forêts / Milieu terrestre

Catégorie
Architecture & Manières d’habiter le territoire

Type de projet
Architecture / Design / Technique

Modalité d'adaptation
Créer de nouvelles pratiques / Changer de comportements / Détourner les usages / Transformer nos manières de vivre

Page du projet

Le contexte du projet 

Le roseau est un matériau qui a déjà fait ses preuves dans le monde de la construction. D’un point de vue historique d’abord, il était notamment utilisé dans les murs de Babylone comme chaînage avec un mortier de bitume. On retrouve aussi ses traces sur des bas reliefs sumériens qui datent de -3000 ans. Un peu plus récemment, des recherches archéologiques témoignent de son usage en toiture chez les celtes avec une durabilité proche du siècle. D’un point de vue géographique ensuite, on le connaît notamment par son utilisation sur la cordillère des Andes, en Bolivie, avec les maisons flottantes construites par les Uros, peuple autochtone vivant sur le lac Titicaca. 

Malgré cela, le roseau ne fait pas encore partie des « matériaux biosourcés types » cultivé à des fins constructives. On le pense ancien, et loin. Mais pourquoi cela ? La France compte elle aussi de très belles roselières, certaines encore exploitées comme en Camargue (5000 ha dont 2000 ha d’exploitation), mais aussi dans le Morbihan, en Bretagne. Les maisons en toit de chaume préservées en tant que patrimoine architectural sont-elles vouées à rester les seules constructions composées de roseau dans le pays ? Ne serait-il pas possible de se ré-approprier ce matériau et de composer avec lui un nouvel habitat plus adapté à nos espaces de vie actuels ? 

La rencontre entre l’architecte Clémence Cazenave et la designer spécialiste du roseau Mireille Avril nous apporte quelques réponses à ces questions. Lors d’un échange en formation sur les écomatériaux naît leur collaboration pour construire la maison individuelle de Clémence Cazenave. Elle serait essentiellement constituée de roseaux, sur un terrain à proximité des roselières du Golfe du Morbihan. Cette maison traduit l’envie de construire avec les ressources locales, puisqu’il existe 1976 hectares de roselières en Bretagne. Elle souligne également l’importance de relocaliser la production de ce matériau sur son territoire, luttant contre l’importation du roseau de Chine et de l’Europe de l’Est pour la majorité des chaumières françaises.

Les concepts clefs

Une construction bioclimatique adaptée au site

La maison RoZo s’inscrit d’abord dans un territoire spécifique en réhabilitant un matériau présent en abondance localement.

Elle est ensuite fondée sur la réduction considérable de son empreinte carbone par rapport à d’autres matériaux plus énergivores comme le béton, standardisé pour la construction des maisons individuelles contemporaines. Le roseau est utilisé pour l’isolation, l’étanchéité et les finitions. La fibre de bois sert à l’isolation autour des ouvertures, le liège expansé à isoler les fondations, les panneaux solaires thermiques à fournir partiellement ou totalement l’ECS (Eau Chaude Sanitaire), les briques de terre crue à monter les murs intérieurs, et enfin la toiture végétalisée à éviter les éventuelles surchauffes en été.

Une nouvelle manière d’aborder le roseau, matériau aux multiples facettes…

Le roseau est un matériau qui peut résister 80 ans aux intempéries et différentes conditions climatiques (soleil, pluie, vent, embruns marins), selon le retour d’expérience de l’Europe du Nord. Il est d’abord un excellent isolant et régulateur thermique grâce à ses fibres végétales. Il est ainsi utilisé en vrac dans des caissons de bois douglas dont on remplit les murs pour l’isolation (les caissons sont préfabriqués et remplis en atelier pour être montés très rapidement sur le chantier). Ensuite, le roseau est de nature hydrophobe (d’où son utilisation comme couverture en chaumière en France). Ici, cependant, il est mis en oeuvre à la verticale non plus comme toiture mais à la façon d’un bardage extérieur (25cm d’épaisseur qui assure l’isolation et la protection contre la pluie). Pour simplifier la pose un mix entre bardage bois et roseaux a été choisi.

… pour composer un nouvel habitat

C’est grâce à une composition entre plusieurs solutions constructives, qui permettront de se libérer des contraintes de formes et d’espaces spécifiques aux maisons traditionnelles en toit de chaume, seule référence architecturale de la construction en roseau sur le territoire. La ré-appropriation de ce matériau, et son association à d’autres matériaux (fibre de bois, bois douglas, liège expansé etc.) offre notamment une plus grande hauteur sous plafond (autrefois conditionnée par le toit à double pente), et de plus grandes ouvertures que celles que l’on connaissait auparavant dans ce type de construction (puisque celles-ci sont mieux isolées). 

Pourquoi on en parle ? 

Relocalisation du matériau utilisé qui nourri le milieu

Il existe très peu de roselières exploitées en France. Revaloriser les roselières du Golfe du Morbihan pourrait alors devenir l’un des enjeux de la transition. « Poussant sur place dans des marais en bord de mer, le roseau est naturellement adapté au climat de la région », nous dit Clémence Cazenave.

De plus, la culture de cette plante constitue un circuit court qui, au-delà de réduire le bilan carbone de la maison, valorise une biomasse et tout un écosystème. En effet, l’entretien des roseaux assure également une revitalisation de la faune et le flore locales (les roselières permettent aux oiseaux vivant dans les zones humides de se nourrir, de se protéger des prédateurs et de s’y nicher), et une purification de l’eau.

Ressource à rapide capacité de régénération et simple à cultiver

Le roseau n’a pas besoin d’être semé, irrigué ou traité. Il pousse tout seul et se régénère par les racines. Afin de favoriser sa production, il suffit de le couper à la fin de son cycle végétal. De plus, il présente une exceptionnelle rapidité de croissance puisque chaque cycle ne dure qu’un an. 

Chantier participatif et association avec des artisans locaux

La préparation des éléments en atelier (coffres en bois, roseaux en vrac etc.) offre la possibilité aux habitants de participer à la construction une fois les éléments livrés sur chantier. La simplicité d’exécution facilite et encourage cette participation.

De plus, les techniques de construction font appel au savoir-faire des artisans locaux. Le chantier participatif permet ainsi de former plus de personnes à ce travail de découpes et de transformations des roseaux et de transmettre ce savoir-faire. La profession de chaumière existe encore mais constitue néanmoins trop peu de spécialistes. « J’aime travailler avec des artisans locaux pour préserver les savoir-faire constructifs traditionnels qui ont tendance à disparaître de nos régions avec la standardisation des maisons individuelles », nous dit Clémence Cazenave.

Mise en perspective

Ce projet est intéressant mais reste aujourd’hui seulement réalisable à petite échelle (maison individuelle). En effet, il n’existe plus qu’une roselière en exploitation en Bretagne et la surconsommation de ces ressources ne permettrait pas de respecter le cycle végétal des plantes. En revanche, cette maison peut devenir une véritable maison protoype – maison pilote, qui permette la création de nouvelles cultures du roseau sur le territoire afin de relancer une filière agricole locale de cette ressource (contre l’importation du roseau de Chine et de l’Europe de l’Est).

Warning

Cette maison présente néanmoins quelques limites dans la réduction de l’empreinte carbone à ne pas négliger. Le soubassement est constitué de fondations et d’une dalle en béton de ciment armé avec des ferraillages en acier. L’étanchéité pare-pluie (écran de sous-bardage) est une membrane plastique, et le bois Douglas (utilisé pour les bacs dans lesquels sont mis le roseau en vrac pour l’isolation) est une essence exotique à la France, avec des pratiques sylvicoles parfois problématique (monoculture, coup à blanc, épuisement des sols).

Liens sources 

Klima sur les rivages

Klima en Bretagne,
en Nouvelle-Aquitaine
et à Paris

Adresse du siège social :
28 rue de la Masse
La Fresnais 35111
France


Mentions Légales

Creative Commons

Le contenu original de ce site est utilisable sous la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’utilisation commerciale - Partage dans les mêmes conditions (CC BY-NC-SA 3.0 FR).

Nos partenaires