X
X
XS
SM
MD
LG
XL
— Converging Coastline —

Converging Coastlines

-

Nous commençons une cartographie de projets d’adaptation littorale à l’échelle internationale, pour croiser et partager les connaissances et les expérimentations.

Plutôt qu’une liste exhaustive de projets, nous considérons Converging Coastlines comme une porte à travers laquelle chacun peut entrevoir une diversité d’approches d’adaptation pour faire émerger de nouvelles idées.

Il s’agit d’une carte collaborative, vous pouvez donc nous proposer des projets, n’hésitez pas à nous écrire !

Liste des projets

Les damnées de la mer, femmes et frontières en Méditerranée
Mediterrannée,
Europe
Lire la suite...
Katrina, de la résilience à la résistance
Etats-Unis,
Nouvelle-Orléans
Lire la suite...
Recomposition spatiale en Martinique
Martinique,
Le Prêcheur
Lire la suite...
Vers une gestion citoyenne de l’eau : l’exemple de Terrassa
Espagne,
Terrassa
Lire la suite...
GR 2013 et les sentiers métropolitains
France,
Marseille
Lire la suite...
Destination Duluth
Etats Unis,
Duluth, Minnesota
Lire la suite...
La maison RoZo
France,
Savenay
Lire la suite...
Managed Retreat, Chili
Chili,
Constituciòn
Lire la suite...
Bringing it to the People(s)
Etats Unis,
Plusieurs états américains : Hawaii, Alaska, Washington et Oregon
Lire la suite...
Adapto
France,
Multiples villes du littoral
Lire la suite...
Composer avec l’eau au Bangladesh
Bangladesh,
Kuakata et le long du fleuve Brahmapoutre
Lire la suite...
For the Love of Corals : An Ecology of Perhaps
United Kingdom,
London
Lire la suite...
La Forêt amante de la mer
Japon,
Kesennuma
Lire la suite...
Aires Marines Éducatives
Polynésie Française,
Vaitahu
Lire la suite...
L’école flottante de Makoko
Nigéria,
Lagos
Lire la suite...
Living Breakwaters
Etats-Unis,
Staten Island, New-York
Lire la suite...
Oyster-tecture
Etats-Unis,
New-York
Lire la suite...
Photographier l’invisible
France,
Littoral entre Marseille et Cassis
Lire la suite...
Ecological Citizens
Italie,
Lagune de Venise
Lire la suite...
Plan de paysage sous-marin
France,
Façade littorale entre Marseille et Cassis
Lire la suite...
Billion Oyster Project, NYC
Etats-Unis,
New York
Lire la suite...
Habiter sur l’eau en Mésopotamie
Marais de Mésopotamie, au sud de l'Irak,
Confluent du Tigre et de l'Euphrate
Lire la suite...
Palissades végétales, Indonésie
Indonésie,
Timbul Sloko
Lire la suite...
Village lacustre, Bénin
Bénin ,
Ganvié, Lac Nokoué
Lire la suite...
x
Les damnées de la mer, femmes et frontières en Méditerranée
Type de projet
Livre

Partenaires


Concepteur
Camille Schmoll

Lieu
Europe, Mediterrannée
Milieux
Dans l’eau / Mer / Milieu marin, Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Arts & Philosophie

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Luttes / Mouvements / Empowerment

Modalité d'adaptation
Réfléchir / Questionner / Enquêter / Transmettre / Communiquer

Page du projet

Le contexte

Contexte climatique et géopolitique : vers une augmentation des migrations  

Le 23 juin 2021 les experts du climat de l’ONU ont dévoilé un nouveau projet de rapport montrant que les impacts du dérèglement climatique vont s’accélérer et que des changements irréversibles sont à prévoir au-delà du seuil de réchauffement moyen de la planète de +1.5 degré.

« Les niveaux actuels d’adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques » GIEC 

Les chercheurs mettent aussi en avant qu’en 2050, des centaines de millions d’habitants de villes côtières seront menacés très fréquemment par des épisodes de submersion provoqués par la hausse du niveau de la mer, ce qui entrainera une multiplication des migrations. Elles s’ajouteront aux migrations déjà provoquées par les violences liées aux conflits et aux dictatures. Afin d’appréhender ce phénomène migratoire et d’intégrer au mieux dans le dispositif national d’accueil les demandeurs d’asiles il est important d’interroger le modele institutionnel actuel qui est aujourd’hui un système d’accueil sous-dimensionné qui semble être de moins en moins accessible.

Dans ce cadre, nous avons avons choisi de nous intéresser au travail de recherche de Camille Schmoll traitant des migrations de femmes et de leur traversée de la Méditerranée. Ce qui nous permettra de mieux comprendre les motivations de certains exilés. 

Camille Schmoll, ses domaines de recherche

Camille Schmoll est géographe enseignante à l’Université de Paris et directrice d’études à l’EHESS, elle est aussi membre du laboratoire Géographie-cités et IC Migrations. Spécialiste des questions de migration, elle réalise des études ethnographiques qui documentent l’expérience du déplacement dans une dimension territoriale. Elle porte un regard féministe décalé du discours ambiant qui entretient l’idée que les femmes sont sédentaires et que seuls les hommes migrent.

Elle développe aujourd’hui un « Guide de voyage pour femmes solitaires » avec Chiara Cremaschi (auteure et réalisatrice de films) destiné aux femmes voyageant en Méditerranée. Dans cet article, nous nous sommes intéressés à son dernier ouvrage « Les Damnées de la mer, femmes et  frontières en Méditerranée » paru en 2020 aux éditions La Découverte.  

Pourquoi ce livre ?

Si l’on se fie aux chiffres officiels, depuis le 1er janvier 2021, 866 migrants ont perdu la vie en mer Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. A combien de femmes renvoient ces chiffres ? Trop souvent imaginées comme sédentaires, elles représentent presque la moitié des demandeurs d’asile eu Europe. Les damnées de la mer met en avant, sur différentes temporalités, des femmes maîtresses de leur parcours qui ont toutes en commun d’avoir traversé la Méditerranée. Cet ouvrage est le fruit d’une enquête menée de 2010 à 2018 qui documente l’odyssée de femmes vivant l’exil lors de leurs parcours migratoires. Par le biais de 800 récits recueillis dans les centres de rétention et d’accueil en Italie et à Malte, Camille Schmoll tente de comprendre et de traduire la réalité de l’immigration irrégulière de ces femmes arrivant du sud de la Méditerranée et en provenance de différents pays d’Afrique subsaharienne.

Les concepts clés

Des causes de départ non linéaires

Selon Camille Schmoll, les causes de la migration sont motivées par des enjeux multiples, genrés, familiaux, politiques ou encore économiques. Il n’y a pas un seul profil type de femme migrante comme certains discours médiatiques ou politiques peuvent le véhiculer, mais des parcours singuliers en fonction de l’histoire personnelle de ces femmes et de leur pays d’origine. Certaines femmes ont une situation professionnelle stable avant de s’exiler. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les femmes les plus démunies qui prennent la route pour l’Europe, car il faut un minimum de moyens pour payer les passeurs et faire le trajet. L’auteur cherche à déconstruire les clichés qui opposent la migration volontaire et la migration forcée, celle prévue et celle improvisée.

La place des femmes isolées dans les récits migratoires 

Souvent seules lors des traversées, les femmes sont actrices de leur trajectoire. Mais malgré une intention souvent prémédité de partir, les parcours sont longs et très rarement anticipés. Le « projet migratoire » se construit et se déconstruit en cours de route, le plus souvent impacté en fonction des violences subies (physiques, sexuelles, mentales, institutionnelles..). La plupart des femmes ayant traversé la mer Méditerranée ont transité par la Libye où elles ont subi des violences sexuelles, et beaucoup repartent enceintes suite a des viols systématiques dans les prisons. Ce qui à évidemment une incidence sur leur vie mais aussi la possibilité de rentrer chez elles un jour (honte, déshonneur…). 

L’auteure questionne notre représentation des migrations par des exemples concrets et singuliers qui permettent de mieux imaginer le parcours de femme vivant l’expérience du parcours migratoire. En mettant en lumière des femmes prises entre violence et autonomie, la recherche de Camille Schmoll pousse à « féminiser le regard ».  

Les traversées terrestres et maritimes 

La mer Méditerranée est aujourd’hui connue comme une voie périlleuse et pourtant bien des personnes continuent à l’emprunter. Cela signifie d’avoir recours à des passeurs et de prendre le large sur des embarcations inappropriées. La traversée de la Méditerranée apparaît comme une épreuve, une longue frontière, source de drames et en même temps d’espoirs.

Selon les chiffres, les femmes seraient plus nombreuses que les hommes à décéder en cours de route, même si beaucoup de naufrages dans cette « frontière » qu’est la Méditerranée ne laissent pas de noms, pas de trace.

« Depuis 2017-2018, le taux de mortalité augmente lors des traversées : de 2% à 8% en 2020. La crise humanitaire en Méditerranée prend ses racines sur la politique de coopération des pays européens avec les pays tiers, en particulier la Libye. »  Camille Schmoll

En plus du risque de noyade en mer, les migrants sont confrontés à des violences institutionnelles et se voient refuser l’accès au territoire européen : des moyens logistiques et financiers énormes sont en effet mobilisés pour bloquer les frontières européennes aux migrants, au lieu d’agir sur les causes des migrations et sur l’accueil des exilés dans l’Union Européenne. On observe aujourd’hui des durcissements répressifs appliqués aux frontières et en mer. C’est l’agence de l’Union européenne, plus communément appelée Frontex, qui est chargée du contrôle et de la gestion des frontières extérieures de l’espace Schengen. Frontex surveille les routes migratoires et bloque les bateaux avant qu’ils n’arrivent sur le territoire européen pour renvoyer ensuite les migrants en Libye. Cela donne une idée des conséquences de l’absence de véritable politique migratoire en Union Européenne. 

Et même lorsque les bateaux arrivent en Grèce, à Malte ou en Italie (souvent aidés par des ONG comme SOS Méditerranée avec le bateau Ocean Viking), les exilés continuent de faire face à des violences et à être maintenus en marge de la société.

« Les conventions de l’ONU sur le droit de la mer établissent que chaque navire (marchand, pêche, militaire, plaisance) doit participer aux obligations de sauvetage et à la sauvegarde de la vie humaine en mer. Dans la mer territoriale des États côtiers, on rentre dans le droit de l’immigration et le droit d’asile. Il faudrait coordonner le droit de la mer et le droit de la « terre ». » Patrick Chaumette (professeur émérite sur le droit social maritime à l’Université de Nantes)

L’arrivée en Europe et les centres « d’accueil »

La plupart des femmes migrantes n’estiment pas être arrivées en Europe lorsqu’elle se retrouvent dans les centres d’accueil, lieux transitoires où elles restent parfois des années. Elles sont encore à la frontière. Une frontière mobile et bien plus épaisse qu’un trait sur une carte. En effet, ce que le gouvernement grec appelle des « maisons » de transition sont en fait majoritairement des prisons dissimulées, bien loin de la vision idéalisée de l’Europe. Camille Schmoll montre la réalité de l’enfermement dans ces « lieux frontière », comme les centres d’accueil familiaux et pour femmes isolées de Hal Far et de Balzan à Malte, le CARA (Centres d’accueil pour demandeurs et demandeuses d’asile) de Castelnovo di Porto en Italie ou encore le centre de rétention pour femmes de Ponte Galeria.  

Dans ces centres, malgré les restrictions imposées (limitation dans leurs mobilités, couvre feu, heures de repas fixes..) les femmes tentent d’habiter l’espace en s’appropriant des lieux physiques comme un bout de mur, une chaise mais aussi des espaces dématérialisés comme une page internet, un compte Instagram etc.. Internet devient une ressource fondamentale pour donner des nouvelles, rester en lien avec une autre réalité. Les espaces numériques se transforment en lieux d’expression pendant l’attente.

Et si seulement ces camps n’étaient qu’une étape à franchir avant l’eldorado de la liberté et de la sécurité ? Malheureusement après de longs mois d’attente, beaucoup de femmes sont renvoyées vers leurs pays d’origine où les droits de l’Homme ne sont pas toujours respectés. Celles qui arrivent à rester en Europe et qui sont en attente d’une demande d’asile se heurtent à une rigidité administrative souvent très dure à vivre. Par exemple, le Règlement de Dublin III désigne comme pays d’accueil le premier pays où les empreintes digitales ont été prises, même si l’intention première des migrants était d’aller ailleurs. Les empreintes font du corps un obstacle à une potentielle insertion dans le pays souhaité.

Pourquoi on en parle ?

Damnés de la mer puis de la terre 

Comme dit précédemment, après des mois ou même des années de parcours, l’arrivée dans le pays souhaité est rarement à la hauteur de ce qui était imaginé. En France particulièrement, la prise en charge des arrivants est minime et très peu de solutions d’hébergements pérennes sont proposées. Si l’on ajoute à cela l’interdiction de travailler qui s’impose aux demandeurs d’asile sur le territoire français, la plupart des migrants se retrouvent sans ressource et contraints à dormir dehors. Ainsi, après les campements mis en place aux frontières, des campements informels se créent dans les interstices des villes. 

Les campements, marqueurs d’une absence de volonté d’accueil 

A la fois cachés et médiatisés, les campements sont un élément central de l’imaginaire construit autour de la migration. La médiatisation des campements vise à dissuader les migrants de venir en France, à montrer qu’il n’y a pas de capacité d’accueil et que les conditions de vie ne sont pas celles rêvées. Pourtant, en 2015, la France n’a accueilli que 79000 demandeurs d’asile, soit bien moins qu’en Allemagne qui en a accueilli plus de 1 million, sans avoir connu de situations de campement aussi controversées qu’en France. Cela constitue une des insuffisances majeures des politiques migratoires Française : les demandeurs d’asiles sont enfermés dans des camps qui les contiennent physiquement, sans que ne leur soient proposées des solutions concrètes leur permettant d’accéder à une réelle intégration sociale et économique. 

Plusieurs situations concrètes illustrent le manque d’humanisme Français face à la situation des demandeurs d’asiles; par exemple le camps de Calais puis son démantèlement ou encore la violence de l’évacuation de la place de la République le lundi 23 novembre (tentes déchirées, soulevées alors qu’il  avait encore des gens dedans, grenade et tires lacrymogènes..). 

« Les campements sont le résultat de politiques publiques qui ont précarisé les demandeurs d’asile au lieu de les laisser doucement s’intégrer au tissu économique et social de notre pays. »  Karen Akoka et Aubépine Dahan pour AOC

Mise en perspective

Les camps, système déshumanisant de gestion de la catastrophe

C’est toujours cette solution du camp qui est mise en place ou tolérée par les autorités, après une catastrophe, ou pour contenir des migrations massives, ou pour contenir des populations non désirées (Roms, pauvres, etc.). Mais cette « solution » enferme, infantilise et déshumanise en brouillant toute connaissance et perception de l’extérieur. Les campements sont aussi très souvent mis en place après une catastrophe naturelle ou en marge d’une guerre. 

À Haiti par exemple, l’impact du séisme de 2010 qui a fait 300 000 morts et privé 1,5 million privées de logement est encore omniprésent. Une partie des camps censés être temporaires construits suite à la catastrophe sont toujours en place et font aujourd’hui partie intégrante de Port au Prince. 

Les camps matérialisent toute l’hostilité qui existe à l’égard de personnes déplacées, quelle que soit la raison du déplacement. Comme vu plus haut avec le cas d’Haiti, la plupart de ces lieux pensés pour être temporaires deviennent souvent des hébergements sur le long terme car aucune alternative n’est proposée. À l’heure où d’ici quelques années, 70% de la population mondiale vivra en ville il est important d’inventer des alternatives qui permettront une plus grande égalité dans les formes urbaines.


Pour en savoir plus

Katrina, de la résilience à la résistance
Type de projet
Film documentaire

Partenaires


Concepteur
Spike Lee

Lieu
Nouvelle-Orléans, Etats-Unis
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Arts & Philosophie

Type de projet
Création artistique

Modalité d'adaptation
Ouvrir les imaginaires / Apporter d’autres regards sur le monde / Créer de nouveaux récits

Page du projet

Le contexte

La Nouvelle-Orléans, un site déjà menacé par la montée des eaux

Située dans l’État de Louisiane, la ville de la Nouvelle-Orléans est cernée par les marais qui l’expose à de forts risques d’inondations. Le site relativement marécageux, est façonné par les mouvements sédimentaires et forment un système de berges et de levées naturelles s’élevant jusqu’à 4 m au-dessus du niveau de la mer. D’autres bordures naturelles, notamment au bord du bras du Mississippi, condamne la ville de la Nouvelle-Orléans à subsister dans une cuvette dans laquelle les eaux émanant de crues et de fortes pluies s’accumulent. Une grande partie de la ville est située sous le niveau de la mer, également soumise au phénomène de subsidence, elle ne cesse de s’enfoncer et fait aujourd’hui face aux phénomènes de la montée des eaux et de débordement du fleuve.

Une ville cosmopolite marquée par son passé colonial

Marquée par un régime colonial et un esclavagisme important, la population de la ville rassemble depuis son commencement des populations blanches, noires, créoles et accueille aujourd’hui un mélange de cultures américaines rassemblant des Noirs, des Blancs, des Asiatiques et des Latinos. La population afro-américaine représente plus de 60% des habitants. Dans cette ville cosmopolite, beaucoup de pratiques artistiques et musicales sont nées comme le jazz ou le blues attribuant alors un patrimoine culturel très riche à la ville.

Katrina, un ouragan marqueur d’une exposition au risque des territoires littoraux américains

Le 29 août 2005 un ouragan de catégorie 5 frappa de plein fouet la ville de la Nouvelle-Orléans ainsi que les Etats de Louisiane, du Mississippi, l’Alabama et de Floride. Il représente un des ouragans les plus puissants jamais survenu aux Etats-Unis causant des dégâts matériels et humains sans précédents. La puissance de ce cyclone se manifeste par des rafales de vents proches de 200 km/h , des pluies diluviennes et une pression basse entraînant l’élévation du niveau de la mer. Sous la puissance de l’eau et du vent, les digues ont cédé et inondé toute la ville montant jusqu’à 6 m par endroits. Le bilan humain est estimé à plus de 1836 morts sans compter les membres disparus ou blessés. Les nombreux rescapés de cette catastrophe seront disséminés dans plus de 49 États, souvent séparés de leurs proches. 

Cet ouragan dévastateur témoigne de l’exposition au risque d’autres territoires des Etats-unis, l’ouragan Sandy frappa la ville de New-York en octobre 2012, en 2017 deux cyclones majeurs ont touché les Etats de Floride, de Louisiane et du Texas mais aussi Cuba. La tempête tropicale Imelda causa de nombreuses inondations au Texas et dernièrement l’ouragan Eta de catégorie 4 toucha l’Amérique centrale. Durant la saison 2020, plus de 29 tempêtes tropicales sont survenues bousculant alors le record du plus grand nombre de tempêtes nommées de saison cyclonique 2005.

Paralysie et inaction gouvernementale

Les quelques jours précédant l’arrivée de l’ouragan Katrina sur le territoire américain, des prévisions inquiétantes sont parvenues dans les médias. Malgré la menace, beaucoup sont restés sceptiques face au danger, les habitants habitués à ce genre de catastrophe ne semblaient pas s’inquiéter. C’est seulement à partir du 26 août 2005 que l’ordre d’évacuation fut donné. Malgré la récurrence des catastrophes dans la région et des scénarios établis en cas d’ouragan de catégorie élevée, la ville et le gouvernement n’étaient pas préparés. 

 Après le passage de Katrina, le gouvernement Bush et la FEMA ont montré de nombreuses faiblesses et dysfonctionnements, plusieurs jours sont passés avant une intervention concrète, les services médicaux sont saturés, les réfugiés épuisés et pourtant les politiques semblent détachés de la réalité. De l’arrivée jusqu’à la dispersion de l’ouragan, le gouvernement Bush n’a pas su gérer cette situation de crise et fut énormément critiqué, voir accusé d’inaction gouvernementale. 

Vers une ségrégation sociale et raciale/ catastrophe humanitaire

Lors de la catastrophe, la première population touchée fut la population afro-américaine représentant 70% des habitants de la Nouvelle-Orléans. Tandis que les hommes politiques, bourgeois et forces de l’ordre étaient mis en sécurité, les populations pauvres et noires étaient confrontées aux conséquences directes de l’ouragan. Beaucoup sont morts noyés ou bien de fatigue, de faim ou de soif. Entassés au palais des Congrès après la catastrophe, les conditions de survies étaient déplorables et beaucoup d’entre eux furent évacués dans les Etats voisins séparés de leurs proches. Presque aucune aide financière ne leur fut adressée, beaucoup se retrouvèrent dans une situation de précarité importante. Ce manque d’humanité à l’égard des populations noires ne fait que rappeler aux victimes la sombre époque de traite négrière. 

«J’ai l’impression que, si les choses s’étaient déroulées dans un autre endroit, dans une autre strate économique et dans un autre environnement racial, le président Bush aurait déboulé de son ranch de Crawford bien plus vite et la FEMA aurait rappliqué bien plus tôt.»

Révérend Al Sharpton

Les concepts clés

When the Levees Broke

Ce documentaire intitulé When the Levees Broke : A Requiem in Four Acts réalisé en 2006 par le réalisateur afro-américain Spike Lee retrace les évènements qui ont précédé l’ouragan Katrina. Près d’un an plus tard le réalisateur s’intéresse aux difficultés et conséquences vécues à travers les yeux d’habitants de la Nouvelle-Orléans, rescapés de la catastrophe mais aussi à travers le point de vue de politiques et ingénieures. Ce film documentaire rassemble de nombreux témoignages et images d’archives assemblées en 2 parties et 4 actes diffusés de manière chronologique. Le titre du documentaire reprend la chanson écrite par Memphis Minnie et Kansas Joe McCoy pour la grande crue du Mississippi de 1927 et fut primé à la Mostra de Venise en 2006.

Spike Lee, réalisateur engagé : une volonté de dénoncer les inégalités face au risque  

Pour la réalisation de son film documentaire, Spike Lee se met dans la peau d’un reporter et part à la recherche de témoignages des rescapés de l’ouragan Katrina. En parcourant la ville dévastée, il collectera une centaine d’interviews de victimes et politiques permettant de les faire résonner dans son film. Dans son documentaire il aborde des faits objectifs, mais tient également à dénoncer les dysfonctionnements et l’inaction gouvernementale. 

Pourquoi on en parle ?

Une démarche artistique révélatrice d’injustices

Ce film documentaire, témoin d’un événement passé, ravive la mémoire du risque. Dans une démarche d’investigation, Spike Lee part à la rencontre des habitants pour tenter de rendre hommages aux victimes mais aussi aux lieux, marqués par la catastrophe. Chaque témoignage permet de reconstituer l’histoire d’un territoire dévasté par la catastrophe écologique et les inégalités sociales.

Enquêter, susciter des émotions et des questionnements pour mieux réagir

Les prises de vues du documentaire présentent une réalité crue, parfois choquante. Immergé au cœur de la catastrophe, le réalisateur souhaite transmettre les histoires et expériences de chacun de manière fidèle et sensible. Des paysages ravagés par les eaux, des cadavres flottant au milieu des rues, une population affaiblie, des enfants au teint blafard séparés de leurs parents, ces visions ne mentent pas sur la gravité de la situation. Relater les faits dans leur exactitude permet alors au réalisateur de dresser un état de lieu sans filtre de la situation.

Démonstration d’un urbanisme à haut risque

Les dispositifs d’endiguement mis en place par le Corps des Ingénieurs sont conçus pour pouvoir retenir l’eau durant des épisodes d’ouragans et de crues. Très exposée au risque de submersion marine, la ville de la Nouvelle-Orléans est normalement équipée et informée sur les scénarios potentiels d’inondation. Le précédent ouragan Betsy n’a pas causé de dégâts suffisants pour remettre en question la structure des digues. Cependant, lors du passage de l’ouragan Katrina, une partie de celles-ci fut dégradée et emportée par le courant. C’est ainsi que l’on se rend compte de la fragilité de ces aménagements, les fondations sont peu profondes et l’ensemble n’est pas armé. Les ingénieurs et politiciens sont tenus responsables de cette catastrophe, qui n’aurait pas autant dégradé la ville avec des équipements adaptés au site. L’exemple de la rupture de ces digues démontre le manque de précautions prises par le gouvernement qui semble négliger les effets de cette catastrophe.

Révéler les faiblesses d’un système : les inégalités face au risque

La confrontation de témoignages et points de vue variés révèle un certain décalage entre les types de populations et la façon dont elles sont traitées. Le réalisateur interroge des points de vues qui se confrontent notamment des populations afro-américaines, des hommes et femmes politiques, des forces de l’ordre, des populations blanches et bourgeoises… Spike Lee révèle les injustices sociales dans une situation de crise comme celle-ci. La classe sociale et raciale semble prendre toute son importance dans un événement comme celui de l’ouragan Katrina qui une fois de plus révèle l’absurdité des privilèges associées à certaines personnes. Les divers récits se font écho dans le documentaire et rappellent que l’on parle d’une catastrophe vécue par un ensemble d’êtres humains qui ne doivent être en aucun cas réduits à des statistiques. 

Lors du passage de Katrina à la Nouvelle-Orléans, le gouvernement Bush est à la tête des Etats-Unis et fait l’objet de nombreuses critiques. Alors qu’il est accusé d’inaction gouvernementale. Pendant plus de 4 jours, le gouvernement promet d’instaurer des mesures qui n’ont jamais vu le jour ou se sont manifestées dans des interventions maladroites et démonstratrices du pouvoir abusif des forces de l’ordre. Plutôt que de venir en aide aux rescapés, des troupes sont envoyées afin de maintenir l’ordre et empêcher le pillage de provisions et les délits criminels. L’inaction du gouvernement est largement dénoncée dans le documentaire de Spike Lee qui montre des hommes et des femmes en colère et révoltés. 

Mise en perspective

Repeupler une ville dévastée par les eaux

La Nouvelle-Orléans, dévastée par le passage de l’ouragan Katrina, fut longtemps inhabitable. Après la catastrophe, les populations disséminées dans les quatres coins des Etats-Unis expriment un désir de retrouver leur ville et leurs habitations. Malgré la mise en place de la bourse d’aide au relogement Road Home, la plupart de la population afro-américaine n’est jamais revenue à la Nouvelle-Orléans. Le système d’aide au relogement, une fois de plus discriminant, conforte les populations noires à s’éloigner de cette ville dans laquelle réside de nombreux traumatismes. Le quartier noir de la ville peine à se relever alors que 90% de la population est revenue et bénéficie d’une aide généreuse et accompagnée. Le gouvernement débute la réhabilitation de la ville, de ses services publics, des habitations mais aussi des systèmes de digues. Des chantiers publics sont en cours pour reconstruire l’endiguement de la ville et la station de pompage, aujourd’hui terminée, représente la plus grande station du monde. 

… Prémices d’un bouleversement majeur, symbole d’un point de bascule

Le réchauffement de la planète expose de plus en plus la ville de la Nouvelle-Orléans et la côte de la Louisiane à un risque d’ouragans, les eaux se réchauffent et entraînent une augmentation du taux d’humidité dans l’air propice à la formation de nouveaux cyclones. Ce film documentaire témoigne de la gravité de ce genre de catastrophe et met en garde face à l’intensification de ces phénomènes dans les prochaines années. Le contrôle des médias, la propagation de fake news, l’accentuation des inégalités sociales, l’émergence de nouvelles conflictualités, mais aussi le risque de disparition de certains territoires sont des aspects déjà visibles aujourd’hui.

Plusieurs autres ouragans toucheront la Nouvelle Orléans, comme Isaac en 2012, Zeta en 2020, rappelant aux habitants le souvenir difficile du passage de Katrina. La représentation de Katrina comme le symbole d’un point de bascule a permis au gouvernement de réagir différemment par la suite, notamment lors du passage de l’ouragan Sandy à New-York. Aujourd’hui l’Etat se positionne différemment face au risque. 

16 ans plus tard, la Nouvelle-Orléans frappée par l’ouragan Ida

Dimanche 29 août 2021, soit 16 ans après le passage de l’ouragan Katrina sur les côtes de la Louisiane, un nouvel ouragan de catégorie 4 est arrivé sur la ville de la Nouvelle-Orléan, inquiétant la population encore marquée par les récentes tempêtes. De nombreuses villes proches de l’estuaire du Mississippi furent frappées par de fortes rafales de vents allant jusqu’à 230 km/h et des pluies torrentielles plongeant notamment la ville de la Nouvelle Orléan dans l’obscurité. La construction du système de barrière anti-inondation sur plus de 210km suite aux dégâts causés par l’ouragan Katrina a largement limité les dégâts malgré la puissance de l’ouragan. Quelques jours après son passage, le bilan se limite à 4 décès et des dégâts matériels restreints : certaines habitations sont endommagées, quelques rues inondées et plus d’un million de foyers demeurent sans électricité .

L’ouragan Ida, bien qu’ayant perdu de sa puissance, a continué de causer de nombreux dégâts dans la journée de mercredi et jeudi 2 septembre dans la ville de New-York et dans quatre Etats du nord-est des Etats-unis. Au total, plus de 44 victimes piégées par les eaux montantes dans leurs voitures ou domiciles, montrant clairement la menace posée par le dérèglement climatique. 

Les territoires proches du delta du Mississippi et la ville de la Nouvelle-Orléans sont de plus en plus exposés à des phénomènes de tempêtes violentes. Malgré l’aménagement de digues et l’amélioration de la réactivité du gouvernement, ces territoires sont de plus en plus menacés, les aménagements ne suffiront bientôt plus à préserver ces territoires exposés à la submersion. 


Pour en savoir plus

Recomposition spatiale en Martinique
Type de projet
Recomposition spatiale

Partenaires
DEAL, PUCA, Laure Thierrée, Monono, Kant é Kant, Ingéfra et Louis-Félix Ozier Lafontaine

Concepteur
Ateliers Philippe Madec, Tectône

Lieu
Le Prêcheur, Martinique
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Architecture & Manières d’habiter le territoire

Type de projet
Projet de territoire / Gouvernance

Modalité d'adaptation
Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances

Page du projet

Le contexte

Contexte géographique et social du Prêcheur

La commune du Prêcheur, d’une superficie de 2922 hectares et peuplée de 1600 habitants se situe entre le volcan de la montagne Pelée et la mer des Caraïbes, au Nord-Ouest de la Martinique. L’urbanisation de la commune a très fortement augmenté son exposition aux risques naturels (séismes, glissements de terrain, évolution du trait de côte et montée du niveau de la mer, liquéfaction des sols ou encore coulées de boue d’origine volcanique plus communément appelées lahars). Déjà reconstruite à deux reprises au cours du XXème siècle suite à des éruptions, la commune du Prêcheur vit avec les risques depuis des générations. L’éruption de 1902 avait tué quatre cents Prêchotains et avait déclenché un mouvement migratoire mal accepté par les communes voisines. Ainsi, après un referendum en 1930, les habitants ont décidé de rester sur leur territoire, qui, bien qu’instable regorge de ressources, offertes par une terre volcanique fertile et par la mer. 

Aujourd’hui, des lahars et la submersion côtière menacent de destruction plus de la moitié des habitations (dont une grande partie située sur le littoral). Malgré un exode des jeunes entraînant une baisse de la population, il est compliqué de trouver, sur le territoire communal, des terrains où implanter de nouvelles habitations à l’abri des risques. En effet, il y a d’un côté les terres agricoles à préserver, qui conditionnent une grande partie de l’activité économique de la commune, et de l’autre la complexité du site à flan de volcan où seules les crêtes des mornes (reliefs de l’île) offrent des possibilités d’implantation.

L’appel à projets, les équipes constituées et l’introduction du projet 

Face à la récurrence des risques naturels et la décroissance de la population, le maire du Prêcheur, Marcellin Nadeau, soutenu par la DEAL Martinique (Direction de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement) a lancé un appel à idées en 2015 « Adapter le littoral du Prêcheur au défi du changement climatique » adressé à des architectes, urbanistes et paysagistes, afin de repenser le développement de sa commune face aux phénomènes naturels, dans le cadre de la révision du POS (plan occupation des sols). 

« Toute communauté humaine – fût-elle la plus petite- qui disparait, c’est un appauvrissement pour l’humanité. А partir de là, nous nous disons déterminés à tout faire pour que notre population vive sur ce territoire choisi, » déclaration de Marcellin Nadeau, au Forum Bodlanmé, Schoelcher, juin 2018.

Dans un premier temps, c’est en 2015 dans un cadre universitaire que des étudiants du DSA d’architecte-urbaniste de l’école d’architecture de la ville et des territoires (ENSA Paris-Est) ont répondu à cet appel à idées en établissant des diagnostics et des pistes de réflexion prospectives sur l’avenir de la commune. L’enjeu principal de cette étude était de mettre en avant les possibilités de restructuration du territoire afin de limiter l’exposition des habitants aux risques, en s’inscrivant dans une démarche écologique et de développement. 

Suite à cela, en 2018, le PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture) a mandaté l’atelier Philippe Madec accompagné d’une équipe pluridisciplinaire (Laure Thierrée, Monono, Kant é Kant, Ingéfra et Louis-Félix Ozier Lafontaine) afin d’assurer la maîtrise d’oeuvre urbaine, paysagère et sociale de ce renouvellement territorial inédit.

Les concepts clés

Un projet sur plusieurs temporalités

Menée par Antoine Petit-Jean (chef de projet à l’atelier Philippe Madec), l’équipe a élaboré une stratégie de recomposition spatiale sur plusieurs temporalités : la construction d’une école refuge parasismique et paracyclonique, puis le déplacement des habitants vulnérables aux risques volcanique et de submersion grâce à la construction de nouvelles habitations proches du centre-bourg. C’est l’agence tectône dans le cadre de «l’opérations d’habitat renouvelé en Outre-mer» qui a été le premier lauréat de l’appel à projets pour la construction de ces 125 logements collectifs et individuels, trois autres équipes ont elles aussi été retenues (1er lauréat : tectône associé à Architecture & Développement, YCF et Element Ingénieurie pour « La vie sur les mornes » 2ème lauréat : Meat pour « Té Lanmou » Et 3èmes lauréats ex-aequo : Koz pour « Noutéka » et Poullain pour « Le lieu des possibles »).

Les habitants des logements spontanés situés sur le littoral et fortement menacés par les risques de submersion sont les premiers qui seront déplacés et relogés. 

Cette migration est bien acceptée par les habitants. Cela tient notamment à la qualité des nouveaux logements prévus, qui, en plus d’être sur une zone protégée des risques, offriront aux habitants un confort supérieur à celui qu’ils connaissent, tout en respectant le plus possible leurs demandes et volontés (relogement de plusieurs voisins côte à côte, maison de plain-pied, proximité du bourg ou encore vue sur la mer…). La nouvelle localisation prône aussi une mixité des usages faisant cohabiter des habitats individuels, des bâtiments de logements collectifs, de l’agriculture urbaine, des équipements et des commerces. 

D’un point de vue urbain, les études de maîtrise d’oeuvre urbaine de Philippe Madec prévoient un aménagement progressif du nouveau secteur urbanisé , pour des raisons sociales et budgétaires : dans un premier temps l’aménagement de terrasses cultivables, puis la mise en place de circulations piétonnes (wets) entre les mornes et enfin une densification progressive avec de l’habitat plus ou moins dense ainsi que des équipements et des commerces.

La co-conception du projet avec les habitants

L’atelier Philippe Madec, maître d’oeuvre du projet urbain, a réalisé les études de conception en étroit lien avec les habitants. Tout au long de la démarche, les Prêchotains ont été invités à penser et à imaginer leurs nouveaux modes de vie, plus résilients face à l’instabilité du littoral et de la montagne Pelée. Ce temps de concertation s’est traduit par des permanences architecturales et urbaines régulières, afin de décrypter les modes d’habiter au Prêcheur. Sur douze mois, différentes actions ont été menées telles que des ballades urbaines, des tables rondes, la création d’un atlas des modes de vies mais aussi des ateliers dans les écoles pour que les enfants participent à la transformation de leur commune et à l’adaptation de leurs modes de vie.

Un travail particulier avec les agriculteurs a permis de déterminer quelles parcelles étaient les plus aptes à recevoir les futurs logements. La protection des terres agricoles a été placée au centre de la réflexion car c’est en partie pour ce sol très fertile que les habitants restent au Prêcheur et, selon la paysagiste Laure Thierrée, il serait facilement possible de tendre vers une autonomie alimentaire localement. Ainsi, l’urbanisation des mornes se fera petit à petit avec des logements répondant aux normes parasismiques et paracycloniques. 

Une zone en évolution constante

En priorité, c’est la population située dans les franges littorales qu’il est nécessaire de mettre à l’abri des submersions marines et des lahars. Elle s’est implantée de manière informelle dans la zone des 50 pas géométriques, qui est légalement non habitable. Sous l’Ancien Régime, une bande de 50 pas (81,50m) mesurés depuis le bord de la mer a été définie comme propriété de la Couronne de France sur tous les Outre-mer, afin de s’assurer une protection militaire et un passage facile sur les abords des îles. Aujourd’hui cette zone appartient à l’État et la vente des terrains y est interdite ce qui n’empêche pas l’implantation d’habitations spontanées. Le déplacement d’une partie de la population du Prêcheur hors de cette zone leur assure une meilleure protection contre les aléas climatiques. Après démolition des habitations vulnérables, les terrains redeviendront des espaces naturels pour la biodiversité,. 

Pourquoi on en parle ?

De l’étude à la réalisation, l’exemple d’un projet résilient

La commune du Prêcheur est représentative du contexte antillais et des questions territoriales liées aux risques majeurs et représente ici, à nos yeux, un exemple en terme d’adaptation. En effet, avec cette expérience pilote, la Mairie n’attend pas d’être dans l’urgence de la catastrophe pour faire évoluer les modes de vie des habitants et adopte une posture d’anticipation. Bien que la démarche se fasse sous couvert de l’expérimentation, il est intéressant de voir concrètement un projet de reconfiguration spatiale se réaliser, et dépasser le stade de l’étude. 

De ce que nous pouvons en voir, le projet est un exemple de concertation réussie entre la Mairie, les maîtres d’oeuvre et les habitants impliqués et placés au coeur de la réflexion. Agir en amont d’une potentielle catastrophe et non pas dans l’urgence a permis de prendre le temps nécessaire à la co-construction d’une vision partagée d’un territoire. 

Des réalisations innovantes  

En terme de calendrier, les quatre équipes lauréates de l’appel à projet sont aujourd’hui invitées à construire chacune un prototype de logement. Ces habitations hébergeront 8 familles et feront office « d’espaces témoins » pour la suite des constructions. Les chantiers des prototypes commenceront en septembre 2022, puis les permis de construire pour une cinquantaine de logements sont attendus en décembre 2022 pour un chantier qui commencera en juin 2023. Toutes les équipes se heurtent au manque de matériaux de construction locaux, l’importation de certains éléments sera donc malheureusement inévitable. 

Le prototype proposé par tectône met en avant une technique en MPC (Murs de Pierres Confinées) développée et testée depuis 2010 par Architecture&Développement inspirée de techniques vernaculaires Martiniquaises. Le MPC reprend la technique constructive des gabions : des cages en grillages confectionnées sur place et remplies de pierres provenant des lahars qui sont présents à profusion sur le site. Déjà expérimentée sur d’autres territoires, cette mise en oeuvre répond aux normes parasismiques mais limite la construction à quatre mètres de hauteur. L’étage est donc construit avec une structure métallique elle aussi parasismique (développée par YCF) avec ou sans remplissage en bois. L’intention est aussi de récupérer certains matériaux (vitrage, tôles..) provenant de la destruction des maisons situées sur le littoral afin de réduire le coût des nouveaux logements et garder une dimension symbolique en conservant une trace de ces habitations. Le projet prévoit aussi le développement des savoir-faire locaux et valorise l’auto-construction.

L’agence d’architecture Koz quant à elle propose un projet d’expérimentation en ossature bois et remplissage de murs à partir de briques de terre compressées et de sargasses (algues brunes) qui remplacent le ciment ou la chaux. Les sargasses sont des micro algues brunes équipées de flotteurs naturels qui leur permettent de coloniser la surface de la mer et de s’y multiplier. Elles envahissent des kilomètres de littoral dans les Antilles et sont en plus de ça toxiques. Utilisées depuis peu en construction, l’idée est de créer une ressource à partir d’un fléau écologique massif que subit le nord-est des Antilles. 

Mise en perspective

Les agences des 50 pas géométriques 

Présentes initialement sur cinq territoires d’Outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion et Mayotte), les agences des 50 Pas Géométriques mènent un travail sur l’aménagement du littoral grâce à des études qui permettent de définir les parcelles à régulariser dans la zone des 50 pas géométriques. Sur un secteur souvent construit d’habitats spontanés, l’agence propose la réalisation de travaux ou l’élaboration de programmes d’équipements des espaces urbains. L’agence agit en complémentarité du Conservatoire du littoral qui lui agit pour la protection des espaces naturels littoraux et de l’ONF (Office National des Forêts) qui est chargé de la gestion des forêts publiques. 

Sur d’autres sites, l’idée est, comme sur la commune du Prêcheur, d’accompagner les habitants dans une démarche de transition, de recul et d’adaptation. En Guadeloupe par exemple, dans la commune du Petit-Bourg, l’agence des 50 pas géométriques a accompagné la Mairie dans la révision de son PLU face aux risques de submersion.

L’agence des 50 pas géométriques de Martinique organise par ailleurs chaque année un événement grand public, le « forum Bodlanmé » (bord de la mer), dont l’objectif est de mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’une meilleure connaissance et gestion du littoral et de l’espace maritime.


Pour en savoir plus

Vers une gestion citoyenne de l’eau : l’exemple de Terrassa
Type de projet
Système de Gouvernance

Partenaires
Ville de Terrassa

Concepteur
Association Catalane des Communes et Entités pour la Gestion Publique de l’eau/ Taigua, Aigua Municipal de Terrassa/ Observatorio del Agua de Terrassa (OAT)

Lieu
Terrassa, Espagne
Milieux
Dans l’air / Immatériel

Catégorie
Communauté & Action Collective

Type de projet
Projet de territoire / Gouvernance

Modalité d'adaptation
Créer de nouvelles pratiques / Changer de comportements / Détourner les usages / Transformer nos manières de vivre, S’associer, coopérer et partager / Amplifier et enrichir les communs / Prendre en compte l’altérité

Page du projet

Le contexte du projet

Entre 2007 et 2012, l’Espagne est touchée par une crise économique et sociale sans précédent, le chômage est en constante hausse et les aides publiques diminuent peu à peu. Afin de financer l’assurance chômage, l’Espagne est contrainte de revendre ses actions dans l’entreprise gestionnaire de l’eau : Mina Agbar. C’est dans un contexte de repolitisation de la gestion de l’eau que naît une mobilisation citoyenne en Espagne. Depuis 2010, une grande variété d’organisations se soulèvent pour promouvoir la gestion publique des eaux et ainsi permettre la réappropriation de l’eau par les habitants. Ces mobilisations aboutissent à une remunicipalisation de l’eau dans plus de 105 municipalités. 

Les concepts clefs

Repolitiser la gestion de l’eau ?

 La ville de Terrassa, 3ème ville la plus peuplée de Catalogne, accorde la gestion et le fonctionnement du service d’approvisionnement en eau depuis 1941 à l’entreprise privée Minà Pùblica de Aguas de Terrassa. Lasse de céder la gestion d’un bien public à des entreprises privées, Terrassa voit naître en 2013 une organisation sociale dédiée à la lutte pour la repolitisation de la gestion de l’eau, Taula de l’Aigua de Terrassa. Elle instaure alors un processus d’information, de documentation et de communication dans le but d’engager une campagne aux élections municipales. En promettant une gouvernance plus partagée, l’organisation implique les habitants et les acteurs sociaux du territoire. La victoire aux élections municipales en 2015 conduit à la création en juin 2018 de Taigua, Aigua Municipal de Terrassa, entreprise publique appartenant à 100% à la municipalité. 

Vers un nouveau système de gouvernance

Au-delà de la remunicipalisation des services de gestion de l’eau, la ville de Terrassa met en place un nouveau système de gouvernance grâce à la création de l’Observatorio del Agua de Terrassa (OAT). Cet organe participatif rassemble une diversité de citoyens et d’acteurs sociaux, économiques, environnementaux et politiques. Son fonctionnement autonome permet d’expérimenter un système d’instance nouveau basé sur un contrôle citoyen de co-décision. Les acteurs établissent ensemble un réseau de groupes de travail chargés de proposer, conseiller, étudier ou communiquer des rapports et des recommandations vis-à-vis de la gestion de l’eau. Ainsi, les citoyens ont la parole quant à des décisions importantes prises sur la qualité de l’eau, les moyens de la gérer de manière responsable, son prix, son partage…  

L’enjeu est de taille lorsqu’il s’agit de construire un nouveau modèle durable adapté aux nouvelles formes de gouvernance de l’eau. Alors, est-ce que responsabiliser les citoyens vis-à-vis des enjeux de l’eau est nécessaire à la transition écologique ? L’appropriation de ces enjeux suffisent-ils à revoir nos modes de consommation des ressources ? Quelles solutions propose un tel modèle pour réinventer notre rapport à l’eau ? La gestion de cette ressource a-t-elle vraiment un sens à une échelle différente du bassin versant ? 

Pourquoi on en parle ?

Participation citoyenne et justice sociale

L’Observatoire de l’eau de Terrassa promeut une politique publique de proximité à la portée de tous. Un réseau d’acteurs divers participe à l’élaboration de principes fondamentaux basés sur des perspectives sociales et environnementales. Parmi ces principes, l’OAT se doit de respecter le fonctionnement de participation citoyenne en réseau contribuant ainsi à la pluralité des visions et des propositions. Cette nouvelle gouvernance de l’eau veille à garantir l’accès de l’eau à tous ainsi que de prendre en compte les différences de chacun et d’établir un “prix juste”. L’eau, ressource de bien public est ainsi rendue aux habitants dans une démarche transparente et responsable, aboutissant à une participation réelle et efficace des citoyens. 

D’autres biens communs pourraient faire l’objet d’une gestion commune et citoyenne au même titre que l’eau. Les poissons sauvages pêchés, les animaux sauvages chassés, les arbres abattus, les sédiments prélevés ou l’air que l’on pollue, par exemple, pourraient susciter des débats et des problématiques quant aux intérêts privés qui peuvent prévaloir aux choix collectifs. Les arbitrages échappent aux citoyens, qui, dans la continuité de la participation citoyenne établie pour la gestion de l’eau, pourraient s’interroger sur leur droit de regard et de décision sur de nombreuses autres ressources. 

Gérer et protéger une ressource de manière durable

L’appropriation des enjeux de l’eau par les citoyens est nécessaire dans une période bouleversée par le changement climatique et les différentes crises qui lui sont liées. L’eau, ressource naturelle essentielle à l’Homme, prend une tout autre valeur dans la démarche menée par l’Organisation. Placée au centre des préoccupations, l’OAT s’engage à respecter des principes fondamentaux à la transition écologique. Dans l’optique d’assurer la durabilité du cycle de l’eau, l’OAT s’inscrit dans une démarche de protection des écosystèmes en faisant la promotion de l’utilisation raisonnée de l’eau et de sa réutilisation.  

A l’intersection entre connaissances scientifiques et participation sociale, il s’engage à gérer durablement cette ressource précieuse en étudiant ses caractéristiques et les enjeux auxquels elle est associée. A travers une stratégie de sensibilisation dans les établissements scolaires et de participation citoyenne, une prise de conscience générale est menée à bien afin comprendre l’impact que nous avons sur cette ressource et son devenir. La démarche menée par l’OAT permet au grand public de se réapproprier une notion qui a tendance à nous échapper en tant que ressource épuisable. 

En Catalogne, la région est par exemple exposée à un risque important de stress hydriques pouvant conduire à des conflits d’usages. L’enjeu politique d’accès à l’eau douce est fort dans un contexte de manque. Quels arbitrages prendre avec la profession agricole qui a besoin d’utiliser l’eau abondamment pour irriguer les sols? L’afflux touristique en été multiplie la population des villes et interroge aussi la problématique d’accueil de populations vis-à-vis de la gestion de l’eau. La ressource étant limitée, l’enjeu économique du tourisme est-il une raison suffisante pour contraindre davantage l’accès à l’eau des habitants ? 

Reconsidérer notre rapport culturel  à l’eau

Le système imaginé par l’Observatoire de l’eau de Terrassa permet d’initier une transformation culturelle de notre rapport à cette ressource. Désormais gérée par des services publics, l’eau n’est plus considérée comme un business ni un bien mais un élément faisant partie du vivant.  La participation citoyenne permet de diffuser cette nouvelle vision et d’ainsi appréhender ces enjeux et son devenir. L’horizon d’un nouveau système de gouvernance de l’eau proposé par la ville de Terrassa représente pour beaucoup d’entités une inspiration importante.

Un défi de taille

L’exemple de Terrassa est une initiative rare de tentative d’appropriation par les citoyens de la gestion de l’eau. Dans un contexte d’urgence climatique et environnementale, un tel modèle permet d’instaurer de véritables changements au niveau institutionnel et juridique. Alors quelles sont les difficultés d’un tel système ? Pourquoi certains gouvernements ou certaines instances politiques ne sont-ils pas encore prêts à céder à ce modèle ? 

La gestion d’une telle ressource est encadrée par des normes juridiques, sanitaires, techniques et environnementales définies à une échelle nationale ou européenne. Ainsi, détourner ce système demande un soutien de l’instance qui s’en occupe.

La volonté de placer la parole des citoyens au centre de la gestion de l’eau nécessite un équilibre entre la municipalité et l’assemblée citoyenne. Seulement, au risque d’une dépolitisation, les municipalités sont parfois réticentes à la création d’un organe participatif comme tel. En parallèle, la parole donnée aux usagers est rendue difficile à cause de la technicité du sujet des responsabilités qu’il implique.

Warning

Malgré un succès partiel de la remunicipalisation de la gestion de l’eau par Terrassa Taigua , la société privée MINA Aigües de Terrassa conserve une certaine influence dont on ne connaît pas l’ampleur. Si les décisions prises quant aux bénéfices générés depuis la gestion publique devaient faire l’objet de discussion auprès des citoyens, ce n’est pourtant pas le cas.

« Nous n’avons aucune marge de décision sur la destination de l’argent provenant des bénéfices de la société publique de l’eau, au-delà de notre représentation dans le conseil d’administration de Terrassa Taigua »

Beatriz Escribano, présidente de l’Observatoire

En 2021, la transparence des actions menées est peu visible sur les réseaux de l’observatoire. On pourrait alors imaginer un système d’informations plus clair et régulier permettant d’alimenter d’autres démarches à l’échelle régionale ou même internationale. Les données ouvertes permettent de donner l’accès et l’usage libre aux usagers sans restrictions techniques, juridiques ou financières.  

A l’heure actuelle il est encore très difficile de gérer les pouvoirs entre la municipalité, Terrassa Taigua et L’Observatoire de l’eau de Terrassa. Quelques faiblesses se manifestent à cause de désaccords entre les groupes sociaux. Malgré leur complémentarité, la municipalité a encore du mal à concéder un certain pouvoir de décision aux citoyens et est suspicieuse des innovations apportées à la culture politique. Edurne Bagué, docteur en anthropologie sociale affirme :

« Nous devons travailler plus dur pour que les citoyens puissent être responsables face au conseil municipal. Car si l’eau est un bien public, les gens doivent avoir quelque chose à dire, et c’est ce que le conseil municipal n’a pas encore compris. Il ne comprend pas ce que signifie travailler avec l’OAT ».

European water movement

Mise en perspective

L’eau, ressource essentielle est aujourd’hui au cœur des préoccupations. Malgré son abondance, son devenir est une problématique majeure à l’échelle mondiale. Saisir l’importance de son existence et savoir la gérer représentent des enjeux majeurs pour les décennies à venir. 

Dans cette démarche, un projet initié par le POLAU propose un exercice de fiction institutionnelle sur le fleuve naturel de la Loire ( Les auditions du parlement de Loire).  L’expérience consiste à doter au fleuve une personnalité juridique en convoquant des paroles diverses (artistes, juristes, scientifiques, ingénieurs …) afin de faire dialoguer la ressource et les utilisateurs. L’objectif : faire parler la Loire en tant qu’entité non-humaine afin de définir ses besoins et interdépendances. 

Affiche officielle des auditions du parlement de la Loire

Certaines instances tentent d’aller plus loin pour associer des habitants aux processus décisionnels, c’est le cas du comité des usagers de l’eau de Grenoble. Certaines communautés de l’agglomération grenobloise ont développé des systèmes autonomes de gestion traditionnelle de l’eau. Afin de répondre à des problématiques à une échelle micro-locale, ces systèmes sont souvent rattachés à l’économie agricole locale des villages. Antoine Brochet, post doctorant à l’INRAE  a réalisé une étude spécifique sur l’agglomération grenobloise et son « hydro diversité territoriale” afin de valoriser une imbrication de la gestion en commun et la gestion municipale. Cette initiative met en valeur des modes d’association des habitants nouveaux et ambitieux,  à contre-courant du mouvement de remunicipalisation centralisée. Dans la prolongation de l’OAT de Terrassa, ces systèmes développés par l’agglomération grenobloise élargissent la parole et l’expertise citoyenne en transformant la culture de l’eau et en l’étendant à des problématiques plus larges.


Liens sources

GR 2013 et les sentiers métropolitains
Type de projet
Sentiers métropolitains

Partenaires
Le Cercle des Marcheurs de Marseille, la Fédération Française de Randonnée, les 38 communes traversées par le sentier, le Conseil général, les collectivités territoriales, la Région et Bouche-du-Rhône Tourisme

Concepteur
Bureau des Guides du GR2013

Lieu
Marseille, France
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Événement / Itinérance / Rencontre

Modalité d'adaptation
Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances

Page du projet

Le contexte du projet

En 2013, Marseille présente sa candidature pour devenir capitale européenne de la culture. L’histoire de cette ville qui a vu naître les premiers clubs de randonnée de France un siècle auparavant, est alors remise au goût du jour. A contrecourant des simplifications stéréotypées de visions touristiques, ce projet propose de découvrir sans fard la diversité des paysages de Marseille à travers la création d’un sentier métropolitain.

Le GR2013 est le premier Sentier Métropolitain officiel et balisé au monde. Son tracé de 365 km en forme de 8 s’étire autour de l’étang de Berre et du massif de l’Etoile. Premier « GR » (sentier de grande randonnée) à parcourir un territoire métropolitain, il a accueilli plus de 150 000 randonneurs en 2013. Couronné de la Médaille d’Urbanisme de l’Académie d’architecture et « Meilleur nouveau sentier » du National Geographic, le GR2013 marque le développement des sentiers métropolitains en Europe et dans le monde.

C’est un circuit de randonnée pédestre de 20 jours, qui se distingue des randonnées-nature classiques, car il s’agit ici d’un sentier métropolitain qui propose de révéler le territoire de Marseille-Provence sous un nouveau jour. En effet, ce sentier pédestre traverse les paysages urbain et péri-urbain de 38 communes (habituellement traversé en voiture).

Les concepts clefs

L’équipe du GR2013, maintenant devenue le Bureau des Guides, propose a travers ce premier projet et ceux qui suivront depuis les 7 années de leur existence de :

« vous inviter à marcher là où on ne randonne habituellement pas : en zone urbaine et périurbaine. Il propose de multiples manières de partir à pied sur le sentier du GR2013 et dans les communes qu’il traverse pour observer et rencontrer ce qui fait l’existence complexe d’un territoire : ses paysages contrastés, ses habitants, leurs mémoires et leurs usages, les histoires multiples de sa géographie, ses flux et ses circulations mais aussi ses frontières, visibles ou invisibles… »

Afin de renforcer cette nouvelle expérience de la marche et les découvertes qu’elle suscite, cette première randonnée est conçue en étant ponctuée de « temps forts » artistiques et culturels. C’est grâce à la collaboration avec le Cercle des marcheurs de Marseille (aussi appelés artistes-marcheurs) que pourront naître ces projets hybrides. Ainsi, lorsque la culture est invoquée dans ce projet, il s’agit autant de celle des arts, du paysage, de l’activité de la marche, ou des performances éphémères en rapport avec les lieux traversés. Lors du lancement du GR2013, plusieurs balades artistiques, installations, performances, rencontres et débats seront proposés à des escales précises du circuit, ou encore des « pique-nique point de vue ». Ces derniers ont d’ailleurs été organisés en invitant des chefs cuisiniers à parcourir certains segments du GR®, facilitant la découverte du sentier à travers tous les sens.

Les balades en sentiers, rencontres et expérimentations proposées par le Bureau des Guides se sont multipliées et ont évoluées depuis 7 ans. Aujourd’hui, on retrouve un inventaire photographique de 5000 photos pour représenter le territoire, des projets d’aménagement publique pour se réunir dans des lieux particuliers, des expéditions et conférences sauvages, des itinérances avec bivouac, des carnets de voyages réalisés par des marcheurs du GR afin de témoigner de leurs expériences, ou encore des workshops et ateliers le long du sentier métropolitain… et ce n’est pas fini !  
 

Pourquoi on en parle ?

Réappropriation d’espaces délaissés

Ce projet permet de redonner une valeur à l’espace péri-urbain et contribue à la fabrique d’une ville vivante et plurielle. Le péri-urbain est l’extension de la ville, mais lui appartient tout autant que son centre. Le GR2013 permet la reconquête de ces territoires qui n’ont pas été pensés pour les piétons et vient réécrire, transformer la perception de ces espaces habituellement traversés et non regardés car qualifiés de banal ou de « ville moche ». Ils pourront désormais être parcourus par tous, d’autant plus facilement que le Topoguide du GR organise l’hébergement chez l’habitant tout au long du circuit. 

Ce sentier métropolitain propose de se réapproprier l’entièreté et la complexité de ce territoire, en décloisonnant les espaces délaissés issus de l’urbanisation sauvage. Loïc Magnant, membre du Bureau des Guides du GR, explique qu’un des enjeux principaux à la réalisation de ce projet était l’autorisation d’ouverture de 360km de sentiers qu’il fallait reconnecter. Les demandes d’autorisation de passage et de balisage ont rencontré de nombreux obstacles juridiques avant de devenir un sentier ouvert à tous. 

L’accomplissement du GR2013 n’en est que plus important. C’est une reconnaissance des sentiers comme outils qui permette de redonner de la vie et de la cohérence à ces territoires péri-urbains. La formation d’un sentier c’est poser un acte, un tracé fort, qui devient pérenne et va organiser durablement les espaces autour.

Mise en lumière du littoral dans son épaisseur

Ce sentier métropolitain propose également une autre définition du littoral. Il permet de ne plus résumer les paysages littoraux aux simples sentiers des douaniers qui longent le « trait de côte », mais de comprendre les paysages littoraux dans leurs profondeurs et leurs diversités, pour apparaitre comme un maillage fait d’entrelacements, interconnexions et successions d’espaces, de milieux et d’usages.

Mise en lumière du rôle de la marche dans la découverte du territoire

Le GR2013 propose une autre expérience de la marche, différente de la randonnée uniquement en milieux naturels, puisqu’ici l’univers change complètement tous les 100m. C’est un zapping permanent de sensations et d’ambiances qui permet de mieux comprendre et sentir le territoire dans toute sa diversité et sa complexité.

Baptiste Lanaspeze, lors de la conférence au Pavillon de l’Arsenal Comment les sentiers fabriquent la ville ?, explique que c’est dans ces cadres de « loisirs » que se construisent des conceptions communes de notre rapport au monde. Par exemple, les excursionnistes marseillais étaient au départ minoritaires et considérés comme des illuminés, mais ils ont ensuite fait comprendre que la nature était belle et méritait d’être respectée. On pourrait parler d’eux comme des proto-écologistes.

Dans le cheminement qu’offre le GR2013 se joue notre rapport aux espaces et au territoire, parce qu’on ne revient pas la même personne après être parti 20 jours dans des territoires qui parfois nous rebutent ou que l’on trouve laid et sans intérêts, ces sentiers proposent de ressentir t de voir la ville autrement. De plus, les interventions artistiques et culturelles qui ponctuent le parcours apparaissent également essentielles pour accompagner ce changement de regard et de perception. 

« Issue des mondes de l’art et de l’aménagement, la randonnée urbaine est une pratique sociale en plein essor. À la fois infrastructures de transport, équipements touristiques, centres culturels hors-les-murs, écoles de plein air, les Sentiers Métropolitains sont une innovation urbaine internationale, apparue en France et en Europe au début du 21e siècle. Les Sentiers Métropolitains sont des espaces publics d’un nouveau genre, conçus pour nous reconnecter à nos territoires de vie, et pour inventer les villes de l’après‑pétrole ».

Créer un réseau de sentiers métropolitains

Enfin, ce projet de sentier GR2013 a été le premier d’une série de sentiers métropolitains qui se sont créés depuis, soutenus par l’agence Sentiers Métropolitains. Il existe, depuis 2017, un vrai réseau de sentiers métropolitains qui se sont développés à Athènes, Milan, Londres, Boston, Paris, Tunis ou encore Istanbul.

Mise en perspective

Ce projet est à relier avec le manifeste Zone Sweet Zone, rédigé par l’architecte Yvan Detraz. Publié il y a 15 ans de cela, ce mémoire n’avait à l’époque suscité aucune réaction et ce n’est qu’aujourd’hui que l’on se rend compte en le relisant qu’il posait les bases des sentiers métropolitains. Le livre vient d’être publié par la maison d’édition Wildproject cette année.

La question posée par ce manifeste pourrait être « continue-t-on à créer des espaces publics uniquement dans les territoires contemporains de la ville ? ». On se focalise encore trop souvent plus sur le centre-ville ou la première couronne des villes, est-ce normal en tant qu’architectes de démissionner sur cette question du péri-urbain et de laisser ça aux promoteurs ?

L’architecte Yvan Detraz, avait commencé un travail d’exploration pédestre pendant 3 mois autour de Bordeaux pour cartographier ces zones péri-urbaines. Il a ensuite regardé quel était l’état de l’espace public dans ces zones périphériques, au sens de l’espace social. Son enquête révèle un urbanisme devenu très grand consommateur d’espaces et qui, en même temps, génère de nombreux espaces sans fonctions, délaissés, entre-deux, à la marge.

L’architecte propose grâce à un travail de relevé cartographique, de créer un réseau pédestre reliant ces espaces en leur donnant de nouvelles fonctions. Il fonde ensuite Bruits du frigo pour mettre en place des actions publiques qui permettent de tester grandeur nature la question de la marche et de la réappropriation de ces territoires délaissés. Il sera également à l’origine du concept de refuges péri-urbains autour de Bordeaux. Ce sont de micro-architectures dans lesquelles les habitants du territoire peuvent venir dormir gratuitement. Les habitants sont ainsi amenés à venir découvrir un contexte péri-urbain lors d’une nuit en refuge et pourront revenir marcher et arpenter ces lieux (principe inverse des refuges de montagne).


Liens source

Destination Duluth
Type de projet
Prospective climatique

Partenaires
Harvard Graduate School of Design

Concepteur
Jesse M. Keenan

Lieu
Duluth, Minnesota, Etats Unis
Milieux
Dans les terres / Rivières / Forêts / Milieu terrestre

Catégorie
Architecture & Manières d’habiter le territoire

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Projet de territoire / Gouvernance

Modalité d'adaptation
Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances

Page du projet

Une étude transversale sur la possibilité d’une migration voulue en fonction d’un climat qui change.

Le contexte

Les États-Unis ont déjà commencé à subir les effets du changement climatique avec une amplitude que n’a pas encore ressenti l’Europe. L’élévation du niveau de la mer pourrait engendrer une migration de la population américaine vivant actuellement le long des côtes, et où les risques naturels sont exacerbés par les effets du changement climatique. Les incendies de forêt deviennent de plus en plus ravageurs, les ouragans, les tornades et les inondations deviennent plus fréquents et plus importants, les sécheresses durent plus longtemps et les vagues de chaleur s’intensifient. Si l’on regarde seulement les effets de la montée des eaux sur la population américaine, 13 millions d’américains seront obligés d’être déplacées si la niveau de la mer augmente par 1.8m d’ici 2100 (Hauer, M. Migration induced by sea-level rise could reshape the US population landscape). 

En poursuivant les études menées par le Professeur Matt Hauer, le projet de recherche “Destination Duluth”, du Professeur Jesse Keenan en collaboration avec ces étudiants du master de Harvard University’s Graduate School of Design, a posé la question de la mobilité élective dans l’ère du changement climatique, (étude datant de 2018/2019). 

Le professeur Jesse Keenan et son équipe ont alors identifié les types de population qui pourraient choisir de migrer en amont, plutôt que d’être obligées de le faire dans l’urgence. Ce qui amène à prendre en compte la qualité de vie dans l’ère du changement climatique, se demandant non seulement où seront les régions à risques, mais aussi où seront les régions d’accueil. Au delà de l’élévation du niveau de la mer, ce projet s’attache à intégrer les autres risques liés au changement climatique. 

Plutôt que d’identifier les lieux les plus touchés, le projet essaie d’identifier les régions les plus attractives dans le contexte d’un nouveau climat. A quoi ressemblent ces territoires ? Où pourra-t-on migrer pour bien vivre ?

Le projet se rapproche d’une étude de marché avec une première phase d’enquête sur les données démographiques, une segmentation du marché avec le choix d’une ville “type”, la recherche de conception urbain, une analyse des capacités d’accueil, en finissant par la création d’une image de marque pour la ville choisie. 

Les concepts clefs

La méthodologie de recherche

La méthodologie de l’étude “Destination Duluth : Competitive Economic Development in the Age of Climigration” comprend plusieurs axes :l’identification des zones à risques (appelées  » zones d’envois « ), l’identification de populations candidates à la migration choisie (les publics cibles) et l’identification de zones attractives (appelées “zones d’accueil”) pour ces populations. 

Les types de population cibles

L’équipe du projet a d’abord effectué des études sociologiques sur la démographie des Etats-unis, pour révéler des populations plus enclines à choisir elles-mêmes un déplacement de leur lieu de vie, en fonction des variables liées aux changements climatiques. Les typologies de population trouvées sont : les jeunes cadres, les jeunes familles bourgeoises, les retraités de classe moyenne. Des personnes qui sont souvent à une étape de leur vie où le déménagement, soit pour rechercher de nouvelles opportunités professionnelles ou pour choisir un lieu pour élever leurs enfants en dehors de la ville, ou bien encore à la recherche d’un endroit calme afin de vivre leurs “golden years”.

Duluth, le territoire d’accueil type

La deuxième étape consistait à choisir des territoires et des villes d’accueil. Trois villes de la Rust Belt – Duluth, Buffalo et Cincinnati – ont été sélectionnées selon plusieurs facteurs environnementaux et climatiques (climat plus tempéré, l’accès à l’eau douce, etc.,), mais aussi selon leurs capacités d’accueil d’une nouvelle population et leurs attractivités sur la base d’une question fondamentale selon Professor Jesse M. Keenan : Est-ce que la ville choisie est “abordable, accessible et authentique” pour les populations cibles ?  

Il est devenu évidant pour les chercheurs, que Duluth, Minnesota avait toutes les qualités nécessaires pour être une zone d’accueil d’une future migration climatique, malgré sa réputation dans l’imaginaire américain d’une ville appartenant à la Rust Belt avec un hiver très rude (-80 °F) et une industrie en déprime. Duluth est une ville peu cher, au bord d’un grand lac à 2h de la métropole Minneapolis. La ville possède des espaces publics bien conçus et de nombreux exemples d’architecture historique de qualité (datant de sa période de richesse industrielle passé), un accès à des soins de santé de qualité et à l’éducation.

À quoi ressemblerait alors Duluth ?

Leur projet « Duluth Climigration » engage la planification de l’adaptation au climat, la démographie, l’analyse du marché, la recherche de la conception et l’analyse des infrastructures pour explorer un éventail de scénarios d’adaptation physique de la ville. Les scénarios étudiés incluaient un afflux de 10 000 à 100 000 personnes vers Duluth d’ici 2080 afin de proposer des étapes d’évolution nécessaire de la ville en termes urbains, culturels, environnementaux, infrastructure et transport, etc.

La dernière étape de cette étude, était de proposer une nouvelle identité de la ville, afin de montrer Duluth sous son meilleur angle, comme une ville d’accueil qui deviendrait attractive en 2080. Avec un humour décalé et dans le contexte d’une hypothétique campagne marketing, l’équipe de l’étude a alors réalisé des visuels, entre slogan de cartes postales et publicité de marketing territorial, pour Duluth 2080 dans un contexte de migration climatique.

Pourquoi on en parle ?

Une nouvelle manière d’aborder la migration climatique comme un choix de qualité de vie…

En reformulant la question de la migration climatique comme une question de mobilité choisie, le dilemme prend un aspect positiviste d’une proposition plus large de la migration comme forme d’adaptation. “Destination Duluth” dédramatise la migration climatique et nous présente une manière de « faire avec », en pragmatisant et problèmatisant la migration et le changement climatique par des propositions tangibles.  

Jesse Keenan et son équipe imaginent une migration au sein des Etats-Unis par une population non-stigmatisée. En faisant ainsi, la question de la migration climatique est reformulée pour prendre en compte la préservation d’une qualité de vie dans un avenir qui nous demandera de quitter certaines zones devenues trop à risques.

… et comme une source de développement économique

Pour la Rust Belt américaine située sur les Grands Lacs, il y a sans doute une opportunité non seulement de repeupler, mais de le faire d’une manière qui favorise une nouvelle image de cette région comme étant des villes désirées. En ce sens, la migration climatique pourrait devenir une opportunité de transformation et modification des dynamiques entre les États, régions et villes américaines.

Mise en perspective

L’étude sur Duluth est une démarche qui pourrait être reproduite dans d’autres pays, régions, ou même à une échelle plus globale. Souvent, la discussion sur la migration climatique se concentre sur la stigmatisation des réfugiées climatiques, ceux qui n’ont pas le choix et seront obligés de quitter leurs territoires. Jesse M. Keenan a décidé de regarder la question plutôt comme une opportunité pour certains territoires d’accueil de devenir des acteurs positifs de la migration. 


L’équipe de recherche “Duluth Climigration” est constitué par: Jesse M. Keenan, Investigateur principale; Alexandra DiStefano, Project Manager;  et Don O’Keefe, Andreea Vasile Hoxha, Sam Adkisson, Jennifer Kaplan, Maura Barry-Garland, Sydney Pedigo and Runjia Tian



Pour aller plus loin :

La maison RoZo
Type de projet
Maison individuelle

Partenaires
Mireille Avril (RizHome)

Concepteur
Clémence Cazenave (Caz'Eco)

Lieu
Savenay, France
Milieux
Dans les terres / Rivières / Forêts / Milieu terrestre

Catégorie
Architecture & Manières d’habiter le territoire

Type de projet
Architecture / Design / Technique

Modalité d'adaptation
Créer de nouvelles pratiques / Changer de comportements / Détourner les usages / Transformer nos manières de vivre

Page du projet

Le contexte du projet 

Le roseau est un matériau qui a déjà fait ses preuves dans le monde de la construction. D’un point de vue historique d’abord, il était notamment utilisé dans les murs de Babylone comme chaînage avec un mortier de bitume. On retrouve aussi ses traces sur des bas reliefs sumériens qui datent de -3000 ans. Un peu plus récemment, des recherches archéologiques témoignent de son usage en toiture chez les celtes avec une durabilité proche du siècle. D’un point de vue géographique ensuite, on le connaît notamment par son utilisation sur la cordillère des Andes, en Bolivie, avec les maisons flottantes construites par les Uros, peuple autochtone vivant sur le lac Titicaca. 

Malgré cela, le roseau ne fait pas encore partie des « matériaux biosourcés types » cultivé à des fins constructives. On le pense ancien, et loin. Mais pourquoi cela ? La France compte elle aussi de très belles roselières, certaines encore exploitées comme en Camargue (5000 ha dont 2000 ha d’exploitation), mais aussi dans le Morbihan, en Bretagne. Les maisons en toit de chaume préservées en tant que patrimoine architectural sont-elles vouées à rester les seules constructions composées de roseau dans le pays ? Ne serait-il pas possible de se ré-approprier ce matériau et de composer avec lui un nouvel habitat plus adapté à nos espaces de vie actuels ? 

La rencontre entre l’architecte Clémence Cazenave et la designer spécialiste du roseau Mireille Avril nous apporte quelques réponses à ces questions. Lors d’un échange en formation sur les écomatériaux naît leur collaboration pour construire la maison individuelle de Clémence Cazenave. Elle serait essentiellement constituée de roseaux, sur un terrain à proximité des roselières du Golfe du Morbihan. Cette maison traduit l’envie de construire avec les ressources locales, puisqu’il existe 1976 hectares de roselières en Bretagne. Elle souligne également l’importance de relocaliser la production de ce matériau sur son territoire, luttant contre l’importation du roseau de Chine et de l’Europe de l’Est pour la majorité des chaumières françaises.

Les concepts clefs

Une construction bioclimatique adaptée au site

La maison RoZo s’inscrit d’abord dans un territoire spécifique en réhabilitant un matériau présent en abondance localement.

Elle est ensuite fondée sur la réduction considérable de son empreinte carbone par rapport à d’autres matériaux plus énergivores comme le béton, standardisé pour la construction des maisons individuelles contemporaines. Le roseau est utilisé pour l’isolation, l’étanchéité et les finitions. La fibre de bois sert à l’isolation autour des ouvertures, le liège expansé à isoler les fondations, les panneaux solaires thermiques à fournir partiellement ou totalement l’ECS (Eau Chaude Sanitaire), les briques de terre crue à monter les murs intérieurs, et enfin la toiture végétalisée à éviter les éventuelles surchauffes en été.

Une nouvelle manière d’aborder le roseau, matériau aux multiples facettes…

Le roseau est un matériau qui peut résister 80 ans aux intempéries et différentes conditions climatiques (soleil, pluie, vent, embruns marins), selon le retour d’expérience de l’Europe du Nord. Il est d’abord un excellent isolant et régulateur thermique grâce à ses fibres végétales. Il est ainsi utilisé en vrac dans des caissons de bois douglas dont on remplit les murs pour l’isolation (les caissons sont préfabriqués et remplis en atelier pour être montés très rapidement sur le chantier). Ensuite, le roseau est de nature hydrophobe (d’où son utilisation comme couverture en chaumière en France). Ici, cependant, il est mis en oeuvre à la verticale non plus comme toiture mais à la façon d’un bardage extérieur (25cm d’épaisseur qui assure l’isolation et la protection contre la pluie). Pour simplifier la pose un mix entre bardage bois et roseaux a été choisi.

… pour composer un nouvel habitat

C’est grâce à une composition entre plusieurs solutions constructives, qui permettront de se libérer des contraintes de formes et d’espaces spécifiques aux maisons traditionnelles en toit de chaume, seule référence architecturale de la construction en roseau sur le territoire. La ré-appropriation de ce matériau, et son association à d’autres matériaux (fibre de bois, bois douglas, liège expansé etc.) offre notamment une plus grande hauteur sous plafond (autrefois conditionnée par le toit à double pente), et de plus grandes ouvertures que celles que l’on connaissait auparavant dans ce type de construction (puisque celles-ci sont mieux isolées). 

Pourquoi on en parle ? 

Relocalisation du matériau utilisé qui nourri le milieu

Il existe très peu de roselières exploitées en France. Revaloriser les roselières du Golfe du Morbihan pourrait alors devenir l’un des enjeux de la transition. « Poussant sur place dans des marais en bord de mer, le roseau est naturellement adapté au climat de la région », nous dit Clémence Cazenave.

De plus, la culture de cette plante constitue un circuit court qui, au-delà de réduire le bilan carbone de la maison, valorise une biomasse et tout un écosystème. En effet, l’entretien des roseaux assure également une revitalisation de la faune et le flore locales (les roselières permettent aux oiseaux vivant dans les zones humides de se nourrir, de se protéger des prédateurs et de s’y nicher), et une purification de l’eau.

Ressource à rapide capacité de régénération et simple à cultiver

Le roseau n’a pas besoin d’être semé, irrigué ou traité. Il pousse tout seul et se régénère par les racines. Afin de favoriser sa production, il suffit de le couper à la fin de son cycle végétal. De plus, il présente une exceptionnelle rapidité de croissance puisque chaque cycle ne dure qu’un an. 

Chantier participatif et association avec des artisans locaux

La préparation des éléments en atelier (coffres en bois, roseaux en vrac etc.) offre la possibilité aux habitants de participer à la construction une fois les éléments livrés sur chantier. La simplicité d’exécution facilite et encourage cette participation.

De plus, les techniques de construction font appel au savoir-faire des artisans locaux. Le chantier participatif permet ainsi de former plus de personnes à ce travail de découpes et de transformations des roseaux et de transmettre ce savoir-faire. La profession de chaumière existe encore mais constitue néanmoins trop peu de spécialistes. « J’aime travailler avec des artisans locaux pour préserver les savoir-faire constructifs traditionnels qui ont tendance à disparaître de nos régions avec la standardisation des maisons individuelles », nous dit Clémence Cazenave.

Mise en perspective

Ce projet est intéressant mais reste aujourd’hui seulement réalisable à petite échelle (maison individuelle). En effet, il n’existe plus qu’une roselière en exploitation en Bretagne et la surconsommation de ces ressources ne permettrait pas de respecter le cycle végétal des plantes. En revanche, cette maison peut devenir une véritable maison protoype – maison pilote, qui permette la création de nouvelles cultures du roseau sur le territoire afin de relancer une filière agricole locale de cette ressource (contre l’importation du roseau de Chine et de l’Europe de l’Est).

Warning

Cette maison présente néanmoins quelques limites dans la réduction de l’empreinte carbone à ne pas négliger. Le soubassement est constitué de fondations et d’une dalle en béton de ciment armé avec des ferraillages en acier. L’étanchéité pare-pluie (écran de sous-bardage) est une membrane plastique, et le bois Douglas (utilisé pour les bacs dans lesquels sont mis le roseau en vrac pour l’isolation) est une essence exotique à la France, avec des pratiques sylvicoles parfois problématique (monoculture, coup à blanc, épuisement des sols).

Liens sources 

Managed Retreat, Chili
Type de projet
Plan de reconstruction post catastrophe

Partenaires


Concepteur
Alejandro Aravena

Lieu
Constituciòn, Chili
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Architecture & Manières d’habiter le territoire

Type de projet
Projet de territoire / Gouvernance, Architecture / Design / Technique

Modalité d'adaptation
Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances

Page du projet

Contexte du projet

Le Chili est situé le long de la fosse océanique du Pérou-Chili qui souligne la subduction de la plaque de Nazca sous la plaque sud-américaine à un rythme de huit centimètres par an. Cette configuration géologique entraîne une forte activité sismique avec un risque important de tsunami. Presque tout le pays, et notamment les villes côtières, ont déjà plusieurs fois été touchées par un séisme au cours des XX et XXIe siècle. 

Un séisme d’une magnitude de 8,8 survient en février 2010, suivi d’un tsunami. Les vagues montent jusqu’à dix mètres de haut. Le bilan humain et matériel est considérable (plus de 525 personnes perdent la vie et près de deux millions de personnes sont sinistrées à travers le pays). De plus, les conséquences du raz-de-marée sur la biologie et le faciès du littoral ont également été très lourdes.

La reconstruction de Constituciòn, ville de pêcheurs de 46 000 habitants, est lancée par Andrés Iacobelli, le nouveau sous-secrétaire au logement du Chili. Iacobelli, à la recherche d’aide du secteur privé, a contacté le principal employeur de Constitución, une entreprise forestière appelée Arauco. Il a connecté Arauco avec Elemental, un cabinet d’architecture à Santiago spécialisé dans les projets de logements sociaux. De ce partenariat a émergé un accord selon lequel Arauco financerait les efforts d’Elemental pour élaborer un plan de reconstruction durable. Ce projet nous intéresse dans ce contexte, car il expérimente une adaptation souple des territoires littoraux, reliant architecture, paysage, urgence et pérennité.

Les concepts clefs

Managed retreat – un plan urbain de reconstruction pensé avec la géographie du territoire

L’architecte et urbaniste Alejandro Aravena choisit, pour la conception de son plan de reconstruction, de répondre à un risque géographique par une adaptation géographique du plan de la ville.

Il s’appuie d’abord sur la topographie du milieu afin de proposer une réorganisation de la ville par plateaux. Il choisit alors de réimplanter les habitations du quartier complètement détruites de La Poza en zone rétro-littorale sur les hauteurs de la colline, libérant ainsi le niveau bas de la ville, plus proche du rivage. Ce projet d’habitations repoussées du rivage est appelé Villa Verde. Le bâti restant en partie basse du centre-ville est principalement constitué d’équipements, les bâtiments les plus proches du rivage étant mis sur pilotis. L’eau pourra ainsi librement circuler en rez-de-chaussée en cas de nouvelle submersion. Ce réaménagement par plateaux, permet alors de sécuriser les habitants en hauteur de la ville de la montée des eaux, tandis que la ville basse et les équipements publics peuvent accepter l’eau en cas de submersion.

La participation des habitants dans la conception et la réalisation du projet 

Le second axe fort du projet est l’implication des habitants dans le processus de conception et de réalisation du projet. L’architecte a travaillé en partenariat étroit avec la population pour concevoir le programme de reconstruction de leur ville. 

Ainsi, durant la première phase de conception du plan de réaménagement de la ville, les habitants ont proposé des pistes d’amélioration de leur ville : elle manquait d’espaces publics et ils avaient une accessibilité très réduite au rivage (interférant avec leur pratique de la pêche) et il y avait des inondations très fréquentes lors d’évènements météo avec de fortes précipitations. C’est grâce à ce partage que le scénario de reconstruction de la ville par plateau, allié à une forêt littorale, aura été choisi.

Les habitants ont également été invités à participer aux phases de réalisation et de construction des maisons. En effet, les nouvelles habitations, situées en partie haute, se construisirent en deux étapes distinctes.

Plutôt que de construire de petites maisons (avec les budgets alloués pour le plan de reconstruction), l’architecte propose de concevoir un système de « demi-maison » avec la construction d’une première cellule d’habitation autonome (cuisine + salle de bain + toilettes + une chambre), qui pourra ensuite être complétée par des extensions construites par les habitants eux-mêmes au gré de leurs possibilités financières. 

Un parc urbain et une forêt littorale protectrice

Le troisième axe fort de ce plan de reconstruction a été la création d’un aménagement paysager au bord du rivage, avec un parc et un espace public redonnant accès au rivage. Celui-ci comprend des lagons pour absorber l’eau lors d’inondations, et la plantation d’une forêt littorale (pins et eucalyptus) dressée en première ligne le long de la côte, entre l’eau et le bâti. Tout un travail d’études a été mené sur la puissance, la hauteur et l’intensité des vagues, afin de déterminer la profondeur, la densité et la nature des arbres constituant cette nouvelle forêt. Une fois développée, celle-ci pourra permettre d’amortir naturellement la force de la houle lors d’évènements climatiques extrêmes, agissant comme un espace tampon qui protège la ville située derrière.

Pourquoi on en parle ?

Une première tentative de retrait stratégique

Le processus mis en avant dans ce projet, diffère des scénarios habituels de réponse dans l’urgence. En expérimentant une réorganisation urbaine des lieux de vie, comme le déplacement du quartier de La Poza, la ville de Constituciòn teste un retrait stratégique des zones à risques en front de mer vers des zones rétro-littorales sur les hauteurs de la colline.

Cette réorganisation ne s’est pas faite sans controverses, puisqu’elle a aussi révélé que seulement un certain type de la population avait été excentré (familles issues de milieux modestes) alors que d’autres plus aisés avait pu rester dans les quartiers plus riches et faire adapter leurs habitations.

Rendre son épaisseur au littoral ?

Ce plan urbain de reconstruction propose de laisser du mouvement à l’interface terre – mer, grâce au recul des habitations vers les parties hautes et à la plantation d’une forêt littorale. La forêt littorale, lorsqu’elle sera développée, devrait pouvoir dissiper 40 à 70% de la puissance de la houle lors d’un futur tsunami (grâce à combinaison de la géographie des collines à la hauteur des arbres et à la profondeur de la zone plantée). De plus, ce nouveau milieu permettrait également d’absorber les eaux de pluie et de ruissellement très abondantes dans la région.

On notera cependant, que le parc urbain a été inauguré en 2019, mais pour l’instant on n’y voit toujours pas d’arbres plantés. Nous sommes encore loin de la forêt littorale proposée il y a déjà dix ans… affaire à suivre.

Warning

Certaines critiques remettent en question le PRES (Plán de Reconstrución Sustentable) par sa contribution à l’accélération de la gentrification et son amplification des injustices économiques.

Par exemple, le plan de reconstruction qui a transformé l’ancien quartier de La Poza en une future forêt littorale, a confronté ces anciens habitants à plusieurs défis : les pêcheurs ont perdu la proximité avec le rivage et leur lieu de travail, certaines familles ont dû déménager et ont parfois été séparées, de nombreux anciens habitants de La Poza auraient aimé continuer de vivre au centre-ville, plus proche de leur ancien quartier et de leur activité principale de pêche, mais les stratégies de réaménagement du centre urbain ont conduit à faire augmenter les prix des logements proches du rivage.

Une étude a également montré que 13% des anciennes parcelles résidentielles de la zone urbaine de Constitution a été converti en lots commerciaux. Beaucoup de parcelles du secteur historique, autrefois résidentielles, sont devenues bien plus chères, les réservant ainsi à des fins commerciales ou d’autres utilisations de grandes valeurs. Beaucoup de résidents à faible revenu de La Poza vivent maintenant dans les contreforts de l’autre côté de la ville, où le transport et l’accès aux commodités et aux ressources de la ville est plus difficile, et où certains disent que la menace de glissements de terrain n’est pas moins dangereuse que le risque de les tsunamis étaient avant. Cette première tentative de retrait stratégique pose encore question…

Mise en perspective 

Plusieurs projets miroirs sont intéressants à présenter pour compléter la thématique de la forêt littorale. 

Au Japon, suite au tsunami de 2011 qui dévasta la région côtière de Sendai, un important programme de restauration de la bande forestière a été lancé, avec une campagne de plantation de tsunami control forests, comme celle de la région de Tohoku (230 km de long et 200 m de large) qui agit comme un paysage d’interface protecteur entre la ville et la côte. Ce projet travaille sur la restauration et l’amplification des forêts littorales existantes, notamment avec l’association de plusieurs espèces d’arbres, aux racines très profondes, qui permettrait de régénérer les forêts littorales et de protéger les communautés en situées en arrière côte. 

Au Sri Lanka, suite au tsunami de 2004 qui dévasta les territoires côtiers sur les côtes d’Ampara et Hambanthota, l’ONG Seacology, soutenue par le gouvernement du Sri Lanka, a mis en place un plan de restauration et conservation des mangroves sur l’ensemble des côtes du littoral Sri Lankais. Le projet protégera les 8815 hectares de forêts de mangrove existantes et reconstituera les 3885 hectares de mangroves qui furent autrefois déforestées. Ce projet est développé en partenariat avec les communautés qui deviennent alors responsables de la protection et restauration des mangroves, en échange de l’obtention de microcrédits pour relancer le développement de l’économie des villages. 


Pour en savoir plus

Bringing it to the People(s)
Type de projet
Recherche Linguistique, préservation des connaissances liées au vivant

Partenaires
Jermayne Tukta

Concepteur
Kaveh Neghabani

Lieu
Plusieurs états américains : Hawaii, Alaska, Washington et Oregon, Etats Unis
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Communauté & Action Collective

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Luttes / Mouvements / Empowerment, Médiation / Pédagogie

Modalité d'adaptation
S’associer, coopérer et partager / Amplifier et enrichir les communs / Prendre en compte l’altérité, Réfléchir / Questionner / Enquêter / Transmettre / Communiquer

Page du projet

Un ensemble d’outils visuels collaboratifs et évolutifs qui participe à une renaissance des langues indigènes, et donc à une transmission des langues, cultures, et connaissances écologiques traditionnelles.

Contexte du projet

Le changement climatique et la crise écologique pourraient être considérés comme une crise avant tout de notre rapport au vivant. Baptiste Morizot, philosophe et écrivain français, décrit cette rupture comme une “crise de sensibilité” qui passe par un appauvrissement de nos connections et observations du vivant.

Ces connections avec le vivant peuvent être trouvées dans les mots que nous utilisont, que nous échangeons. Culture, langue et pratiques environnementales sont interdépendantes. Une langue est représentative d’un lieu et d’une culture qui s’est formée autour d’un environnement spécifique. Les langues indigènes maintiennent des principes scientifiques clés et une compréhension approfondie de la gestion des écosystèmes. Les connaissances écologiques traditionnelles, (également appelées TEK – Traditional Ecological Knowledge) se réfèrent aux connaissances acquises par les peuples indigènes et locaux au cours de centaines ou de milliers d’années par contact direct avec l’environnement. 

Il faut alors, retisser le vivant avec nos langues et nos histoires. Si les 370 millions de personnes Indigènes du monde représentent moins de 5% de la population humaine totale, ils gèrent ou détiennent un régime foncier sur plus de 25% de la surface terrestre du monde et soutiennent environ 80% de la biodiversité mondiale. En même temps, la diversité des langues sur notre planète s’appauvrissent. Selon l’ONU, deux langues deviennent dormantes par mois. 

Kaveh Neghabani, linguiste et activiste dans la lutte pour les droits des peuples Indigènes, cherche à préserver et faire vivre les langues indigènes et les connaissances écosystèmiques qui y sont propres sur la côte Pacifique aux Etats-Unis. Il travaille en partenariat étroit avec les personnes des peuples indigènes à travers les territoires littoraux d’Alaska, Washington, Oregon et Hawaii aux Etats-Unis, en développant un ensemble d’outils d’apprentissage des langues intitulé “Bringing it to the People(s)

Les concepts clefs

Bringing it to the People(s) est un ensemble d’outils visuels collaboratifs et évolutifs. En termes plus simples, Bringing it to the People(s) est une collection d’illustrations (représentant les milieux naturels et les mots qui leurs sont associés). Ce format offre une plus grande liberté d’expression que les méthodes traditionnelles utilisées par les linguistes académiciens, qui forment des listes de mots et des dictionnaires. Ce changement de méthode a été choisi en fonction de la structure de multiples langues indigènes qui sont taxinomiques (elles forment des catégories) ou basées sur les verbes (dont la notion de mouvement et interactions entre les choses est plus importante). 

Les illustrations de Kaveh Neghabani représentent souvent les dynamiques d’un écosystème spécifique : une forêt ancienne ou une forêt après un incendie, le littoral ou un marais. Ces illustrations offrent un espace à l’intérieur de la page où les catégories et les mots peuvent être écrits et dessinés librement, en permettant de décrire les méthodes de gestions des écosystèmes propres à chaque peuple. 

Ces pages peuvent être remplies avec l’aide des ainés qui parlent encore les langues en danger ou par des individus, avec l’aide de dictionnaires en lignes existants pour certaines langues. Une fois remplies, les pages peuvent être utilisées comme un outil pédagogique pour des enfants et adolescents mais également comme une base pour la collection des données scientifiques dans l’observation des milieux. 

Bringing it to the People(s) a été pensé comme un outil simple à utiliser et partageable librement. Ceci permet sa réappropriation de manière indépendante par les communautés indigènes et les rend autonomes dans leur transmission du langage.
Cette autonomie est d’autant plus importante pour les langues dites « fermées », qui sont transmises exclusivement aux membres de la tribu, et ne permettent donc pas d’intervention ou de gouvernance externe.

Pourquoi on en parle ?

Le projet questionne la manière dont les langues sont étudiées, en redonnant directement le pouvoir de la protection et la transmission de ces langues dans les mains des peuples indigènes. C’est aussi une manière de partager la diversité des façons dont on nomme, parle et perçoit les lieux et les écosystèmes. 

Il nous semble important de partager des projets et méthodes en cours d’expérimentation pour sauver une diversité de cultures, de langages et de manières d’être liée au vivant.

Une plus grande diversité linguistique apporte une plus grande biodiversité. Plus de mots pour décrire les phénomènes naturels signifie plus d’angles d’observation de l’environnement naturel et, en tant que tel, un lien plus fort entre les humains et le monde dans lequel nous vivons. Dans l’exemple d’Ojibwé, la langue du peuple Anishinaabé, chaque dialecte est représentatif du milieu dans lequel il a évolué et montre d’autres connaissances scientifiques. 

Une plus grande biodiversité conduit à une meilleure résilience d’un écosystème. Inversement, si une langue devient dormante, alors nous perdons la connaissance du monde naturel. 

Kaveh Neghabani travaille principalement dans les états américains d’Hawaii, Alaska, Washington et Oregon. Certaines langues indigènes des peuples maritimes de cette région, comme le Haida, Tlingit ou Tsimshian, sont des isolats linguistiques, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’autres langues comme celles-ci dans le monde. Imbriquées dans ces langues, il y a les sciences, idées et concepts spécifiques à l’environnement des îles et celui de la côte Nord-Ouest des Etats-Unis, ou du Canada. Pour ceux qui les parlent encore, les effets du changement climatique deviennent évidents. Les ressources naturelles et aliments traditionnels deviennent de plus en plus rares. Les noms de lieux peuvent dire si une plante ou une ressource n’existe plus ou a besoin d’être re-introduite.

Mise en perspective

Bringing it to the People(s) n’est pas spécifique aux paysages et territoires du littoral, mais néanmoins existe sous d’autres formes de liminalité, celles du passage entre la préservation et l’oubli, entres les mots et les choses, entre l’humain et le monde du vivant. Le projet paraît simple, mais le processus et les résultats sont loin d’être négligeables. Bringing it to the People(s) participe à une renaissance des langues indigènes, et donc une transmission des langues, des cultures et des connaissances. 

Les connaissances écologiques traditionnelles ne se trouvent pas seulement chez les peuples indigènes des Amériques. La France avait autrefois une incroyable diversité de langues, de dialectes et de patois. Quand on délaisse la pratique du breton, du basque ou de l’occitan, quelles sont les connaissances écologiques associées à ces langues que nous perdons ? 

Zoom

Kaveh Negahbani a créé ses propres outils en utilisant des techniques développées par un ami et linguiste, Jermayne Tukta, un membre de la tribu Warm Springs en Oregon. Au cours du développement de sa méthodologie, il a bénéficié de l’avis et des recommandations de plusieurs linguistes et indigènes issus de différents peuples et nations. Ceux-ci l’ont aidé à illustrer et créer des documents adaptables à la culture et la vision de l’écosystème et la construction linguistique de chaque peuple.

Aujourd’hui, les outils de Bringing it to the People(s) sont utilisés par l’Alaska Seward Sea Life Center, l’Alaska Native Medical Center, le département des études des Nations Indigènes à Portland State University, et le Siletz Confederated Tribes en Oregon, ainsi que certains individus des tribus Haida, Tlingit, Tsimshian, Koyukon Athabaskan, Anashinaabe et les Hawaiians. 


Pour aller plus loin 

Découvrez les territoires des peuples indigènes de l’Amérique du Nord pré-colonialisme par cette carte interactive

Ecoutez l’histoire du linguiste Jermayne Tuckta qui lutte pour la revitalisation de sa langue indigène Ichishkin en Oregon  ici

Apprendre plus sur le mouvement de décoloniser l’éducation par le département des études Indigènes à Portland State University.

Pour comprendre l’application des connaissances écologiques traditionnelles dans le dessin des espaces et la construction d’infrastructures locales et frugales, plongez dans le livre Lo-Tek de Julia Watson ici

Si vous vous intéressez à la philosophie de notre rapport au vivant écrit par des français, Klima vous invite à découvrir les écrits de l’anthropologue Nastassja Martin et le philosophe Baptiste Morizot  ici et ici.

Pour découvrir la langue Siletz Dee-ni, parlée par  des membres des Siletz Confederated Tribes en Oregon, cliquez ici

Pour découvrir la langue Lushootseed, une des langues indigènes des peuples du Puget Sound en Washington, cliquez-ici

Pour découvrir le Hawaiien, cliquez-ici

Adapto
Type de projet
Projet d'adaptation souple et évolutive

Partenaires
Programme européen Life

Concepteur
Conservatoire du Littoral

Lieu
Multiples villes du littoral, France
Milieux
Estuaire / Delta / Marais / Lagune / Milieu saumâtre

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Approche par le paysage / Penser avec le vivant

Modalité d'adaptation
Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances, Apprendre à vivre avec / Porter attention au réel / Prendre en compte les transformations, les rythmes et les seuils

Page du projet

Contexte du projet

Face aux aléas côtiers (tempête, submersion, érosion) et à l’accélération des effets du changement climatique, les réponses technicistes ont très souvent été proposées comme étant l’unique alternative face au risque : endiguement du littoral, construction d’infrastructures et d’ouvrages de défense contre la mer. Or ces infrastructures lourdes peuvent avoir des effets pervers, en accentuant l’érosion côtière, ou en contribuant à durcir et paralyser les paysages, rendant alors impossible la fluctuation et la mobilité de l’interface terre-mer pourtant essentielle à l’adaptation.

Alors quelles sont les autres démarches possibles ? Peut-on s’adapter à la montée des eaux sans parler de lutte, de protection, ou de défense contre la mer ? Les paysage d’interface entre terre et mer peuvent-ils être des solutions pour rendre les territoires côtiers plus résilients ? Peut-on redonner de l’espace aux écosystèmes naturels qui régissent ces interfaces terre-mer ? Peut-on recréer les conditions permettant les réponses des milieux terrestres aux phénomènes marins, en les laissant évoluer ensemble et non pas l’un contre l’autre ?

Le Conservatoire du Littoral, a lancé depuis 2015, le projet Ad’Apto pour répondre à ces problématiques.

Les concepts clefs

En quelques mots, c’est quoi le Conservatoire du Littoral ?

Le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres est un établissement public administratif de l’État, basé à Rochefort, et placé sous la tutelle du Ministère en charge de l’environnement. Depuis sa création en 1975, il mène « une politique foncière de sauvegarde de l’espace littoral, de respect des sites naturels et de l’équilibre écologique ». Ainsi, la première mission du Conservatoire est l’achat de terrains visant la protection définitive d’espaces naturels et la préservation de paysages sur les rivages maritimes et lacustres français. Le Conservatoire possède aujourd’hui plus de 13,5% des côtes françaises, soit 203 762 hectares protégés sur plus de 750 sites.

Des réflexions pionnières dans le champ de l’adaptation

En 2004, une estimation des effets physiques de la montée des eaux marines a montré que 20% des sites du Conservatoire pourrait être submergé entre 2050 et 2100. Le Conservatoire entame alors une série d’études prospectives permettant de tester différents scenarii d’action : Résister, Subir ou S’adapter, ceux-ci étant appliqués à plusieurs faciès littoraux. Puis le Conservatoire s’engage dans un premier programme de réflexion et sensibilisation des effets du changement climatique sur les territoires littoraux, le programme LiCCo, Living with a Changing Coast, porté par la France et l’Angleterre. Ce projet sera développé autour de sept sites expérimentaux en Normandie et en Angleterre.

Adapto, 10 sites comme lieux d’expérimentation

Fort de ces expériences, le Conservatoire lance en 2015 le projet Ad’Apto. L’objectif de ce projet est de concevoir des démarches concertées d’adaptation côtière aux changements climatiques, basées sur les écosystèmes naturels. Ce projet fait l’objet d’un co-financement européen Life.

Ainsi dix sites pilotes, soumis aux aléas d’érosion ou de submersion marines, ont été choisis pour représenter les différents faciès du littoral français (estuaires, milieux dunaires, polders, marais, mangroves, etc.) en France métropolitaine et à l’Outre-Mer. Ces projets sont conçus dans une démarche d’expérimentation et proposent une nouvelle perception de l’adaptation face aux aléas et aux submersions marines, en valorisant la résilience naturelle des écosystèmes et paysages entre terre et mer comme des solutions d’adaptation. Ces derniers pouvant devenir des espaces de protection, mais également jouer un rôle sociétal en offrant aux habitants des espaces riches et préservés de l’urbanisation. 

Pourquoi on en parle ?

Un engagement sur le temps long

Aujourd’hui, le Conservatoire apparait comme l’un des acteurs majeurs au niveau national sur les thématiques de la préservation des paysages côtiers et celles de l’adaptation littorale aux changements climatiques. Nous saluons ici son engagement sur le temps long et ses nombreuses actions et expérimentations, pour faire émerger d’autres approches d’adaptation basées sur le vivant, les écosystèmes et les paysages.

La valorisation des paysages d’interface entre terre et mer

A travers les différents projets du programme Adapto, le Conservatoire souhaite mettre en avant des approches de l’adaptation, basées sur les capacités naturelles (appelées aussi « fonctions écosystémiques ») des écosystèmes et paysages côtiers à protéger les territoires urbanisés. Cette démarche a pour objectif de valoriser les fonctions rendues (indirectement) à l’Homme par les écosystèmes naturels, notamment en termes d’adaptation littorale (en opposition à de nombreuses démarches de défense contre la mer, basées sur l’ingénierie lourde, digues, enrochement…).

En effet, les paysages d’interface (massifs dunaires, forêts littorales, marais, prés salés, mangroves, tourbières, etc.) ont une importance déterminante dans l’adaptation aux changements climatiques, grâce à leurs rôles dans l’atténuation des risques naturels, la protection des côtes et habitations, la régulation et la qualité des eaux, l’atténuation des effets de la sècheresse, la protection de l’érosion côtière, le maintien d’une biodiversité riche.

Ainsi, à travers les différents projets Adapto, la compréhension et la prise de conscience de nombreuses « fonctions écosystémiques » de ces milieux, peut favoriser le changement de regard sur ces paysages, pour ne plus les percevoir comme des espaces à conquérir, mais comme des espaces naturels qu’il faut valoriser, protéger et régénérer.

En ce sens, la démarche expérimentale d’Adapto, nous semble mettre en œuvre une conception de l’adaptation plus souple et évolutive, créée avec et grâce aux multiples formes et fonctions du vivant.

Des projets et des gouvernance partagés

A l’échelle locale des dix sites de projet Adapto, la démarche du Conservatoire s’attache à co-créer les stratégies de projets en partenariat avec les collectivités, les acteurs locaux et les habitants. Ainsi, de la baie d’Authie à l’embouchure du Golo, les actions engagées sont identifiées au cas par cas avec les partenaires locaux. Elles ne dépendent donc pas uniquement de la configuration physique du territoire mais également de sa configuration politique et sociale. Elle cherche une implication des acteurs et habitants du territoire sur le temps long, pour penser et créer ensemble les démarches d’adaptation, en prenant en compte le présent mais aussi les évolutions futures.

Warning

Attention à ne pas développer une vision trop anthropocentrique sur les écosystèmes et milieux côtiers qui viserait à utiliser le paysage comme « protection » face à la submersion marine. Nous ne pouvons pas résumer et réduire les paysages à des « fonctions écosystémiques » rendues à l’Homme. Ces milieux et écosystèmes ont leur vie et équilibre propre. De plus, il serait également très réducteur, de résumer nos relations au monde vivant uniquement sous le prisme de la fonctionnalité, nos relations aux paysages et aux vivants sont bien plus diverses, multiples, sensibles et colorées.


Pour en savoir plus :

Composer avec l’eau au Bangladesh
Type de projet
Architecture et manières d'habiter le territoire

Partenaires
Friendship ONG

Concepteur
Kashef Chowdhury

Lieu
Kuakata et le long du fleuve Brahmapoutre, Bangladesh
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Architecture & Manières d’habiter le territoire

Type de projet
Projet de territoire / Gouvernance, Architecture / Design / Technique

Modalité d'adaptation
Composer avec l’incertitude / Prendre en compte l’impermanence et l’indéterminé, Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances, Apprendre à vivre avec / Porter attention au réel / Prendre en compte les transformations, les rythmes et les seuils

Page du projet

Contexte des projets

La question peut aujourd’hui se poser au Bangladesh de savoir si les eaux traversent la terre, ou si ce sont des parcelles de terre éparpillées au milieu des eaux. En effet, le pays comprend 700 rivières dans un contexte géographique tout à fait particulier. Au Nord, l’Himalaya et toutes les chaînes montagneuses qui déversent leurs flots. Au Sud, le plus grand delta du monde, et une montée des eaux indéniable. 

En moyenne, sur un cycle de cinq ans, 50 millions de Bangladais sont affectés par des catastrophes naturelles, soit un habitant sur trois. Ainsi, un cyclone frappe les côtes tous les trois ans, contre tous les cinq il y a encore quelques décennies. De plus, à chaque mousson, un quart du pays se retrouve sous les eaux, sur un territoire national inondable jusqu’à 70%. Quant à l’érosion des rives, elle touche annuellement 2 000 à 3 000 km de berges. Et avec les précipitations plus abondantes et l’accélération de la fonte des glaciers de l’Himalaya, les inondations « habituelles » deviendront de plus en plus importantes dans les années à venir. La submersion au Bangladesh n’est pas un risque à l’horizon 2050, c’est la réalité d’aujourd’hui. Pour une population 2,5 fois supérieure à celle de la France (pour un quart de sa superficie), on estime aujourd’hui entre 20 et 40 millions de réfugiés climatiques.

L’architecte Kashef Chowdhury

Ayant grandi dans le delta, l’architecte bangladais Kashef Chowdhury propose avec son agence URBANA une architecture comme « art de la relation », celle entre l’environnement et l’eau l’intéressant tout particulièrement. Il travaille sur des projets de recherche et expérimente des solutions pour adapter les territoires de son pays face à la submersion.

Les concepts clefs

Raised Settlments (« Les Colonies Flottantes »)

Descendant de l’Himalaya, le fleuve de 10km de large Brahmapoutre pénètre au Nord du Bangladesh. Durant la saison de la mousson, il inonde et se transforme en un océan d’eau sans fin. En 2005, Kashef Chowdury propose de construire avec les personnes touchées par les inondations, une série de « colonies flottantes » surélevées en forme d’îles.

Plutôt que d’essayer d’élever les maisons individuelles, le projet Raised Settlments travaille la topographie du terrain et créé de véritables socles surélevés au-dessus du niveau d’inondation enregistré. Ainsi, les villages sont implantés sur des plateaux hauts par temps calmes qui deviennent des îles à la mousson, lorsque l’eau monte. Au centre de l’île, un étang en forme de cratère retient l’eau de pluie. Le bâti est organisé autour de cet étang, suivant ainsi la forme de comète donnée à la colonie. Chacune de ces « colonie » comprend une trentaine d’habitations individuelles, mais également des équipements tels qu’une école, une clinique, tout ce dont le village requiert pour continuer à vivre lorsqu’il sera séparé de ses terres voisines par l’eau. 

Cyclone Shelter (« L’abri anti-cyclone »)

En 2007, suite au cyclone Sidr dans le delta sud, Kashef Chowdhury conçoit, en partenariat avec l’ONG Friendship, un projet d’abris anti-cyclone, « prototype pour la ceinture côtière du Bangladesh ». Ils s’engagent alors dans la conception de ce prototype, mais ne savent pas encore comment arriver à financer sa réalisation. C’est grâce à une exposition en 2013, dans laquelle est présenté le projet, que le Luxembourg proposera, par la suite, de créer une levée de fond suffisante pour sa réalisation. La construction de cet abri n’aura été permise que sept ans après le cyclone.

Il s’agit d’un bâtiment refuge en béton brut, permettant d’abriter la population locale en cas d’aléa. Ainsi, jusqu’à 1000 personnes peuvent s’y réfugier grâce à une organisation spatiale modulable à l’intérieur du bâti. De plus, une longue rampe permet un accès rapide jusqu’au toit par l’extérieur, servant notamment aux éleveurs qui peuvent ainsi mettre rapidement leur bétail en lieu sûr. Ce bâtiment peut donc accueillir, en plus des femmes et des hommes, jusqu’à 200 vaches et chèvres.

Le reste du temps, le rez-de-chaussée accueille une clinique, et les étages supérieurs des salles de classe pour une école primaire. Le toit sert de cours de récréation facilement accessible. Chaque étage comprend également des salles de stockage afin d’optimiser l’espace libre de l’abri.

Pourquoi on en parle ? 

« Au lieu de la combattre, on vit avec l’eau. »

Ces deux projets proposent une architecture qui s’adapte à un milieu changeant. Sur ces deux territoires, les populations devront vivre et accepter que l’eau vienne de plus en plus souvent sur les terres. Les deux projets cherchent donc à proposer des manières d’habiter et de vivre sur des territoires marqués par l’incertitude.

Le projet Raised Settlments propose une adaptation au phénomène météorologique des moussons, Kashef Chowdhury propose des « îles » qui peuvent accepter les variations de niveaux de l’eau dans ces milieux de plus en plus souvent submergés. 

Le projet Cyclone Shelter, quant à lui, propose un bâtiment qui puisse protéger les populations locales en cas de cyclones ou fortes tempêtes.

Des projets multifonctionnels, autant par temps calmes que troubles

De plus, les deux projets de l’architecte Kashef Chowdhury, proposent des lieux multifonctionnels qui peuvent être utilisés aussi bien par temps de crue que par temps plus clément.

D’une part, les Raised Settlments proposent des architectures « colonies » autosuffisantes en termes d’équipements, récupération des eaux de pluie et les activités de pêche. Ainsi, elles deviennent des entités à part entière qui seront adaptées et fonctionnelles quelque soit les conditions climatiques. D’autre part, le Cyclone Shelter abrite d’abord une clinique et une école primaire, qui peuvent se transformer en espace d’accueil pour abriter un maximum de personnes en cas de tempête. 

L’architecte créé ainsi des projets qui répondant à plusieurs besoins vitaux de la communauté dans un seul et même bâtiment (accès à l’éducation, à la santé, protection face à la montée des eaux et aux aléas).

S’adapter en milieu mouvant

Enfin, la forme, les matériaux utilisés, le travail de la topologie, de la topographie sont autant de paramètres qui ont permis une meilleure adaptation de ces projets à leurs milieux. 

En effet, la forme du projet Raised Settlements est issue de l’étude de cartes et l’observation aérienne des îles fluviales déjà présentes dans ce territoire, tandis que la forme du socle a été dessinée en rapport à l’étude de l’écoulement de l’eau et des dépôts alluviaux.

Dans le projet Cyclone Shelter, Kashef Chowdhury développe une architecture refuge qui permet de protéger et accueillir la population face aux catastrophes naturelles. Ainsi la grande rampe constitue une enveloppe extérieure qui protège du vent, de l’eau et des débris. Les fenêtres sont encastrées au plus profond du béton de façade pour éviter tout impact, et le bâtiment a été entièrement construit en béton brut pour résister à la salinité de l’eau (en comparaison à la brique). 

Warning

Ces deux projets proposent une ouverture vers l’adaptation dans un pays qui est déjà très fortement touché par le dérèglement climatique, alors même que la population doit faire face à la montée des eaux, à la sécheresses des sols, et à une recrudescence des catastrophes naturelles. Mais ce ne sont pour l’instant que des projets « manifeste » isolés, dans la mesure des moyens trouvés par les architectes engagés, tel que Kashef Chowdhury. Une multiplication du nombre de projets et d’études comme ceux-ci, pensés à l’échelle locale et à celle du pays, est nécessaire lorsque ce dernier fait face de plein fouet aux changements climatiques.

Liens sources

For the Love of Corals : An Ecology of Perhaps
Type de projet
Film sur la reproduction de récif corallien en laboratoire

Partenaires
Obsidian Coast Gallery, Fluxus Art Projets, Horniman Museum and Gardens, The Critical Zone, Martin Savransky, Sam Smith, Jez Riley French, Georgia Rodgers

Concepteur
Sonia Levy

Lieu
London, United Kingdom
Milieux
Dans l’eau / Mer / Milieu marin, Dans l’air / Immatériel

Catégorie
Arts & Philosophie

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Création artistique

Modalité d'adaptation
Composer avec l’incertitude / Prendre en compte l’impermanence et l’indéterminé, Se relier à l’invisible / Créer des brèches / Ressentir / Rêver / Éprouver / Être sensible, Composer dans un monde multispécifique / Régénérer et préserver les pouvoirs du vivant

Page du projet

Contexte du projet

For the Love of Corals : An Ecology of Perhaps (Pour l’amour des coraux: une écologie du peut-être) est une nouvelle itération du projet cinématographique, For the Love of Corals de Sonia Levy. Sonia Levy, artiste, plasticienne et cinéaste, travaille à l’interstice entre l’art et la science. Souvent fascinée par les histoires d’êtres océaniques, son travail interroge l’impact humain sur les milieux aquatiques. Dans le cadre de la résidence Obsidian Coast, elle a passé l’année 2017 à filmer et à documenter le travail de Project Coral au laboratoire du Horniman Museum, à Londres.  Une avancée révolutionnaire des techniques scientifiques pour sauver les récifs coralliens. Notamment, les coraux du pilier de l’Atlantique en voie de disparition, qui se sont reproduits avec succès en laboratoire.

Dans le contexte de l’exposition numérique The Critical Zone, Sonia Levy invite le philosophe Martin Savransky à continuer le processus d’expérimentation artistique avec elle. S’y entremêlent le paysage corallien visuel et sonore de Sonia Levy avec le poème de Derek Walcott «The Sea is History» (1979), les histoires du musée Horniman, les réflexions du philosophe Martin Savransky, ainsi que les événements de blanchissement des coraux près de la Grande Barrière de Corail.

Ce projet est une polyphonie multi-sensorielle qui s’étend à travers les frontières géographiques et temporelles, examinant ce que signifie « prendre soin » des autres dans un monde multi-espèces.

Pourquoi on en parle?

Le projet dirigé par Sonia Levy transgresse délibérément et méthodiquement les frontières entre sciences et arts, sciences humaines et écologie, notre histoire et nos futurs collectifs. C’est un projet qui mêle les récits et les narrations, les histoires de coraux et les histoires d’humains. For the Love of Corals montre soigneusement le processus de recherche et d’expérimentation nécessaire pour provoquer la naissance de coraux en aquarium. Loin d’être d’une froideur clinique, c’est plutôt un travail d’amour qui est documenté.

Project Coral est mené dans le sous-sol du Horniman Institute, un musée d’histoire naturelle du sud de Londres. C’est un exemple surprenant de la possibilité que la vie apparaisse et s’installe sous et dans les reliques du monde, que nous, les humains, avons si profondément dévorées. Sonia Levy témoigne de cela, en assemblant des plans fixes d’animaux disparus, des séquences montrant le mouvement frénétique d’embryons de corail qui prennent forme, et des images sereines de corail ou d’un oursin traversant le fond d’un aquarium. Les Hommes font également partie de cette histoire, de ce récit de vie. Nous voyons leurs mains au travail et le processus laborieux pour prendre soin des coraux en dehors de leur habitat naturel, pour essayer coûte que coûte de les faire renaître ici, quand d’autres meurent là-bas.

Sonia Levy ne cache pas les aspects techniques, pouvant être vus comme moins esthétiques, du processus de création. On retrouve ainsi dans son film les boîtiers électriques, les fils reliant les aquariums, les attaches à glissière, les conteneurs en polystyrène, ou même le son du blanchiment des coraux qui a été enregistré et fait partie du paysage sonore de Jez Riley French et des compositions de Georgia Rodgers. Elle nous invite dans un monde sensible, presque de l’intime.

A travers son film, Sonia Levy nous fait ressentir la perte, la mort de la Grande Barrière de Corail, alors même que nous célébrons également à travers son film un espoir pour l’avenir des coraux.

For the Love of Corals : An Ecology of Perhaps nous ramène aux événements récents de blanchiment de la Grand barrière de corail, due à la température de l’eau aux Cairns, en Australie. Il ancre également l’expérience cinématographique dans un contexte historique plus large. Nous sommes amenés à interroger le rôle historique de l’Institut Horniman, et à questionner le rôle des musées d’histoire naturelle :

« C’est-à-dire que, comme d’autres musées d’histoire naturelle, le Horniman fait aujourd’hui paradoxalement sentir la figure / le terrain d’une époque de dévastation écologique : à la fois témoignage de l’invention des notions occidentales coloniales de la nature et de l’exceptionnalisme humain, et simultanément un rappel des histoires abondantes de formes divergentes de vie et de mort qui peuplaient autrefois la planète. »

« Le caractère paradoxal du musée naturel dans ce présent écologiquement dévasté pourrait-il même devenir un site improbable pour raconter des histoires pluralistes et multi-espèces vivant dans l’emprise de peut-être ? »

Mise en perspective

On pourrait considérer le projet For the Love of Corals : An Ecology of Perhaps comme l’une des premières itérations de ce projet et imaginer pouvoir ajouter ou supprimer des couches au fur et à mesure que les recherches menées par l’Institut Horniman évoluent et que la narration change. 

On pourrait s’inspirer des Project Coral et For the Love of Corals comme exemples, non seulement pour la Grande Barrière de Corail, mais aussi pour les marais, les forêts, les prairies? A une échelle planétaire, comment ressemer la vie là où on a semé la mort?

Ce projet pose cependant également la question de la manipulation génétique de l’homme sur les autres êtres vivants et du choix de privilégier telles espèces de coraux parmi d’autres, en fonction de leur résistance aux changements climatiques, sans pouvoir savoir clairement quelles pourraient être les conséquences de ces choix sur les écosystèmes.

Liens sources

La Forêt amante de la mer
Type de projet
Forestation terrestre et aquatique

Partenaires


Concepteur
Shigeatsu Hatakeyama

Lieu
Kesennuma, Japon
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier, Dans les terres / Rivières / Forêts / Milieu terrestre

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Approche par le paysage / Penser avec le vivant

Modalité d'adaptation
Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances, Composer dans un monde multispécifique / Régénérer et préserver les pouvoirs du vivant

Page du projet

Contexte du projet

La rivière japonaise Okawa a subit une marée rouge sans précédent à la fin des année 80. La baie de Kesennuma est alors très fortement touchée et doit faire face à une dégradation son écosystème marin, alors que cette région abrite une biodiversité aquatique d’une rare richesse et une grande culture de la pêche et de l’ostréiculture.

Qu’est-ce qu’une marée rouge ? 

Certains phytoplancton (plancton végétal) ont la capacité de proliférer au point de décolorer la surface de la mer et de produire une « marée rouge », faite de millions de cellules par litre d’eau. Les algues microscopiques constituant ces efflorescences sont une gourmandise très recherchée par les huîtres, les moules, les coquilles Saint Jacques et les palourdes. Cette prolifération est liée à un état d’eutrophisation, pouvant avoir des causes naturelles ou anthropiques. L’eutrophisation est la dégradation d’un environnement aquatique par une augmentation des substances nutritives présentes, telles que l’azote apporté par les cultures agricoles industrielles ou la pollution automobile.

Quel impact sur la vie marine ?

La marée rouge implique des conséquences écologiques graves liées à la mort des poissons et des organismes benthiques causés directement par les toxines produites par certaines micro-algues, ou indirectement à cause du manque d’oxygène dû à la décomposition de toute la biomasse algale. C’est un phénomène dégénératif pour l’écosystème. En raison de leur nature d’organismes filtrants, les mollusques bivalves et les huîtres ont tendance à accumuler les toxines présentes dans l’eau dans tous leurs tissus. Une huître, par exemple, filtre jusqu’à 200 litres d’eau par jour. 

L’engagement d’un ostréiculteur pour régénérer la vie marine – Shigeatsu Hatakeyama

Après cette catastrophe, l’ostréiculteur Shigeatsu Hatakeyama, a cherché le moyen de sauver ses huîtres et la vie marine. Sa famille ayant vécu dans cette région depuis des générations, ce milieu fait désormais partie de lui, autant la mer, que les poissons, le rivage, les forêts ou les rivières. Il tente alors de repeupler sa baie de phytoplancton (qui furent intoxiqués par l’azote). Pour cela, il faut les nourrir, notamment en fer, pour qu’ils retrouvent leurs propriétés d’origine. C’est en appréhendant le littoral dans son entièreté, dans sa profondeur et dans ses interrelations avec la forêt en amont, qu’il va découvrir que les écosystèmes de la forêt peuvent nourrir la vie marine. Comme Shigeatsu Hatakeyama l’explique si bien dans son livre « la forêt et la mer sont liées dans une étreinte éternelle ».

Les concepts clefs 

Comment la forêt et la mer sont-elles reliées ? 

Après dix ans de recherche et plusieurs voyages pour rencontrer des spécialistes de ces milieux, Shigeatsu Hatakeyama découvre que les feuilles des arbres possèdent du fer non oxydé, contrairement à celui du sol qui oxyde avant de couler. Il fait ensuite le lien avec la vie marine et comprend que ces feuilles contiennent ce dont les phytoplanctons ont besoin, ce dont tout l’écosystème marin de sa baie a besoin.

Il découvre ainsi une relation très intime entre l’écosystème marin, les rivières qui l’approvisionnent, et la forêt. En amont de la mer, on trouve les rivières qui traversent les forêts et transportent les feuilles de ses arbres. La forêt, et les feuilles de ses arbres, peuvent ainsi nourrir les phytoplanctons de la mer, qui nourrissent à leur tour l’écosystème marin par l’oxygène qu’ils apportent et par les nombreuses espèces qui dépendent de leur bien être pour se développer. Les huîtres en font partie. Une fois ce parcours vivant clairement tracé dans son esprit, il décide de passer à l’action.

Comment utiliser ce lien pour restaurer l’écosystème marin ? 

Shigeatsu Hatakeyama a alors lancé un projet de reforestation en amont de la baie de Kesennuma. Une forêt, appelée « Oyster Forest » (La Forêt des Huîtres), est placée sur un plateau à 800m de hauteur. Après vingt ans de forestation, la mer en aval retrouve enfin un nombre de phytoplancton de qualité nécessaire pour nourrir les huîtres, et de nombreux poissons et vie marine.

Cette découverte a également permis de développer une nouvelle technique de pêche. Le principe est simple : couper certaines branches bien feuillues d’arbres de la forêt, les regrouper, les ficeler ensemble, laisser des espaces entre les feuilles et, enfin, les plonger dans la mer, feuilles vers le bas. Sous l’eau, les crevettes et petits poissons entrent dans cette forêt aquatique, à la recherche d’oxygène et de fer, les anguilles viennent s’y nourrir et peuvent ensuite être pêchées. Les arbres aquatiques utilisés sont laissés dans l’eau. Ils servent alors de berceaux pour protéger les jeunes poissons.

Jusqu’où ce projet a-t-il sauvé l’écosystème marin de cette baie ?

Le 11 mars 2011, un tsunami considérable frappe la baie de Kesennuma, « un rappel physique du terrifiant pouvoir de l’eau », dit Shigeatsu Hatakeyama. 90% des maisons du village furent détruites. Beaucoup d’espèces vivantes disparurent.

La plus grosse inquiétude de l’ostréiculteur fut de savoir si les phytoplanctons étaient toujours en bonne santé, car ils sont à l’origine de beaucoup de vies marines. Et en effet, il y avait toujours plus de phytoplancton que toutes les huitres de la région ne pouvaient manger… Comment ? Les scientifiques répondirent : « La mer ne l’a pas fait, c’est le bassin hydrographique sain qui a permis l’amélioration. ». La forêt a sauvé la mer.

Shigeatsu Hatakeyama a, par la suite, écrit le livre La Forêt amante de la mer pour partager de ses découvertes et raviver à nos esprits les interdépendances, relations et connexions naturelle qu’ont tous les éléments du vivants entre eux : « Tous les êtres vivants sont interdépendants, et les humains sont inclus dans ce cercle. ».

Pourquoi on en parle ? 

L’importance de comprendre les écosystèmes de manière holistique 

L’expérience de Shigeatsu Hatakeyama nous intéresse par la relation intime qu’il met en lumière entre tous les êtres et les milieux qui composent le vivant. On ne peut pas penser la mer sans penser la forêt, tout comme on ne peut pas penser l’huitre sans penser le phytoplancton, les fonds marins sans l’oxygène, les arbres sans les feuilles, la montagne sans la rivière. Il a su déceler à l’échelle cellulaire, unitaire, ce qui lie tous ces écosystèmes pour n’en faire qu’un seul. La mer n’est plus un espace à part, une continuité se recréait.

A travers son témoignage et ses expérimentations, Shigeatsu Hatakeyama rappelle également que ces interdépendances sont aussi existantes entre les activités humaines (ostréiculture) et les milieux dont elles dépendent. Comme nous le racontait Alix Levain, anthropologue, lors de notre interview pour la mission Loire-Bretagne : « L’interdépendance des activités est très manifeste entre un ostréiculteur en aval, et un agriculteur en amont. Si l’on arrive à reconnecter ces activités, je pense que l’on peut changer beaucoup de choses. Parce que c’est difficile de reconnecter uniquement l’agriculture à son territoire par la mise en place de circuits alternatifs de consommation. Il se passe des choses, mais ça reste significativement limité. Alors que si l’on repense la relation Terre-Mère à partir de l’activité productive, on peut aller beaucoup plus loin. »

De plus, le cas de Shigeatsu Hatakeyama inclut l’homme de manière très poétique dans cette démarche de reconnexion du vivant et des activités, puisqu’il y prend sa place comme simple liant, soutenant ce que la nature produit par elle-même.

La résilience qu’elle apporte face aux catastrophes anthropiques et naturelles

Cette connexion entre la forêt et la mer a permis une résilience et une régénération de l’écosystème marin à l’issue de la marée rouge, puis du tsunami, des catastrophes anthropiques et naturelles. Elle inspire énormément sur les multiples adaptations naturelles au changement climatique qui existent et que l’on se doit encore de découvrir. La nature, dans son entièreté, est une base solide pour nos recherches puisqu’elle a cette résilience par elle-même au changement, si tant est qu’on la laisse s’exprimer. 

Une expérimentation sur le temps long

Toute cette démarche représente le travail d’une vie. La forestation pour nourrir la vie marine était un pari sur le temps long qui a rendu l’écosystème d’aujourd’hui bien plus résistant et résilient. Ce projet fait écho à la problématique de l’unique intervention dans l’urgence. De nombreux autres scenarii, comme ceux que l’on connaît trop bien en France ou en Outre-mer, auraient pu être adoptés à l’issu des catastrophes anthropiques et/ou naturelles qu’a subi cette baie. Celui de Shigeatsu Hatakeyama nous montre que certaines solutions sont plus adaptées lorsqu’elles considèrent l’entièreté du monde vivant, et le temps qu’il met pour s’épanouir, puis créer toutes les connexions nécessaires à la pérennité de son développement.

Liens sources

La Forêt amante de la mer, édition WildProject

Article par la United Nations University

Article par les United Nations, Sustainable Development Goals, « Grandpa Oyster »

Aires Marines Éducatives
Type de projet
Aires Marines Protégées

Partenaires


Concepteur
Éleves de l'école primaire de Vaitahu

Lieu
Vaitahu, Polynésie Française
Milieux
Île / Milieu insulaire

Catégorie
Communauté & Action Collective

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Médiation / Pédagogie

Modalité d'adaptation
S’associer, coopérer et partager / Amplifier et enrichir les communs / Prendre en compte l’altérité, Composer dans un monde multispécifique / Régénérer et préserver les pouvoirs du vivant

Page du projet

Contexte du projet

En 2012, une campagne d’exploration océanographique est lancée par neuf scientifiques dans les îles Marquises (Polynésie française). Appelée Pakaihi I Te Moana, elle fait l’inventaire de la diversité des habitats, de la faune et de la flore fixées sur les fonds marins. Elle prône le développement des aires marines protégées et restitue alors ses travaux à la population polynésienne, et notamment aux élèves primaires de l’île de Tahuata. 

C’est lors de cet échange qu’une main au fond de la classe se lève : « Et pourquoi nous on ne créerait pas notre propre aire marine à protéger ? ». C’est comme ça que naît la première Aire Marine Educative !

Les concepts clef

Alors en quoi ça consiste concrètement ces Aires Marines Educatives ? 

Il s’agit de rendre les élèves acteurs dans la protection de leur patrimoine environnemental et culturel le long des littoraux. Les enfants déterminent eux-mêmes une zone marine à protéger après un état des lieux des espèces qui y vivent et des conditions d’usage actuelles (pêche, tourisme, activité commerciale aux alentours, etc.). Une fois celle-ci délimitée, ils élaborent un cahier des charges qui fixe les objectifs de la classe pour préserver cet écosystème. 

Les enfants effectuent un véritable travail de terrain, il faut d’abord répertorier les espèces qui y vivent pour mieux les connaître et savoir comment les protéger. Ensuite peut commencer le diagnostic de ce qui leur est nocif : la pollution chimique libérée par les bateaux pratiquant la baie, les ancres des bateaux qui écrasent les coraux et arrachent les herbiers, les espèces invasives (poisson lion, algues halophila…), la pollution lumineuse qui perturbe notamment la ponte des oeufs des tortues marines etc. 

Les enfants réfléchissent ensuite à des solutions pour protéger leur aire marine qu’ils proposeront à la commune lors du Conseil de la Mer des Enfants : découpage des zones réservées aux bateaux dans la baie, pose de bouées, pêche et vente des poissons lions, régulation des horaires de mise en service des lampadaires autour de la zone, rencontre avec les pêcheurs pour leur parler de l’impact de la pêche accidentelle sur l’écosystème etc. 

Qui accompagne les enfants dans cette initiative ? 

  • Le corps enseignant
  • La commune, qui va échanger avec les élèves au Conseil de la Mer des Enfants pour écouter leurs diagnostics et solutions proposées pour protéger l’aire marine
  • Les techniciens, scientifiques, qui s’impliquent dans la restitution de leurs travaux aux scolaires 
  • Le monde associatif (la Fédération Culturelle et Environnementale des Marquises par exemple) qui amène les porteurs de savoir auprès des enfants et recueille les financements nécessaires à la réalisation de leurs projets 

Et nous, en métropole, on a su faire ça aussi ?

Et oui ! Cinq ans plus tard Nicolas Hulot et Élisabeth Borne « donnent le cap d’une transition écologique et solidaire pour la mer ». Grâce à l’implication de l’Agence française pour la Biodiversité, 4 écoles labellisées AME ouvrent à la rentrée 2017 en France métropolitaine, et 4 autres en outre-mer. Et aujourd’hui… on en compte plus d’une centaine ! 

Pourquoi on en parle ?

Ce projet innove, selon nous, trois pistes très inspirantes pour repenser notre manière d’habiter les territoires littoraux et de protéger ces milieux. 

Une nouvelle façon d’apprendre

Il n’est pas question d’apporter une charge supplémentaire à l’enseignant mais d’aborder le programme différemment, de développer des interactions entre la théorie, les mises en situation, et l’attache sensible à un milieu. C’est une nouvelle manière d’apprendre pour les enfants. Pour la géographie ou les mathématiques ils sortent et ils vont voir par eux-même qu’est ce qu’une baie, qu’est-ce qu’un cap, une roche, une péninsule, des points cardinaux, une carte, une superficie, un périmètre… Et c’est aussi le meilleur moyen pour eux de comprendre les Sciences de la Vie et de la Terre par l’étude sur place de l’écosystème, les phases lunaires, les marrées, les perturbations locales etc. 

Mais la pédagogie des Aires Marines Educatives part surtout du principe fort que ces connaissances seront d’autant plus encrées dans leurs esprits qu’elles le seront dans leurs coeurs. On leur apprend à observer, sentir, comprendre la mer et la diversité de vivants qui l’habite, à tisser une relation intime avec ce milieu, et à ce qu’ils se sentent individuellement engagés dans sa préservation, protection et régénération. Et l’on connaît et protège toujours mieux ce que l’on aime.

Les enfants deviennent force de projet 

Le Conseil de la Mer des Enfants est le lieu où sont rapportés les travaux et observations des enfants aux adultes (dirigeants de la commune, maire, associations etc.). Un véritable partenariat est établi une fois que le maire signe la reconnaissance de l’Aire Marine Educative. C’est un engagement de sa part à mener à bien les pistes de projet proposés par les enfants. Ces derniers deviennent alors acteurs, au même titre que les instances avec lesquelles ils dialoguent lors du Conseil. Ils apportent un regard nouveau et fidèle à la réalité du milieu, aussi protecteurs qu’émerveillés par la beauté de leurs rivages.

C’est donc un échange unique qui fait naître autant une sensibilité au monde du vivant qu’un véritable engagement citoyen dès le plus jeune âge. 

La mise en réseau et le partage de cet engagement

En juin 2017 est organisée la première rencontre entre les Aires Marines pilotes, organisée par l’Agence Française pour la Biodiversité. Les élèves des quatre coins du monde, sensibles aux mêmes valeurs de protection et de respect de leur milieu, ont pu se rencontrer et échanger leurs connaissances, leurs expériences, leurs ressentis. Cette belle initiative a alors donné naissance au « Wiki des porteurs de projets ». C’est une plateforme numérique accessible à tous qui partage les documents des travaux de la véritable communauté que devient les Aires Marines Educatives. En plus, elle offre toutes les informations nécessaires pour lancer un projet d’AME !

Pour en savoir plus

L’école flottante de Makoko
Type de projet
Constrution flottante avec les moyens du bord

Partenaires
Heinrich Böll Foundation, Ministère fédéral de l’environnement, Tafeta + Partners, Programme des Nations unies pour le développement

Concepteur
NLÉ (agence architecture, urbanisme et design)

Lieu
Lagos, Nigéria
Milieux
Dans l’eau / Mer / Milieu marin

Catégorie
Architecture & Manières d’habiter le territoire

Type de projet
Architecture / Design / Technique

Modalité d'adaptation
Composer avec l’incertitude / Prendre en compte l’impermanence et l’indéterminé, Créer de nouvelles pratiques / Changer de comportements / Détourner les usages / Transformer nos manières de vivre

Page du projet

Contexte

Le quartier de Makoko est un ancien village de pêcheurs au-dessous du Third Mainland Bridge de Lagos, long de plus de 11 km. Situé au cœur de la lagune de la plus grande ville du Nigeria, ce quartier est souvent qualifié de plus grand bidonville sur l’eau au monde. Ces constructions sur pilotis abritent jusqu’à 300 000 habitants. En raison de l’augmentation des précipitations et de l’élévation du niveau de la mer, les bâtiments de Makoko, qui reposent sur des pilotis fixes, sont toujours sujets à des inondations occasionnelles.

L’école flottante de Makoko a été initialement conçue comme une extension de la seule école anglophone existante sur l’eau, l’école maternelle et primaire Whanyinna, qui servait principalement à la communauté « Egun » de Makoko.   

La construction de ce bâtiment flottant a commencé en 2012, dans l’urgence, dans un moment de crise après que des secteurs du quartier – déclaré campement illégal – ont été démolis par la brigade spéciale de l’État de Lagos.

L’agence d’architecture NLÉ, créée par Kunlé Adeyemi architecte et urbaniste Nigérien, décide de se mobiliser pour venir en aide aux communautés riveraines menacées par l’impact du changement climatique sur ces installations précaires, dans un contexte d’urbanisation croissante. Plusieurs autres organisations telles que le Social Economic Rights Action Center (SERAC) et la Fondation Heinrich Böll ont été alertées de la situation et ont souhaité défendre la présence des communautés de ce quartier de Lagos.

Concepts clefs

L’école flottante de Makoko a été conçue par l’agence NLÉ avec des collaborateurs locaux/internationaux et construite par une équipe composée de l’ONG MakokoYouth, des représentants de la communauté et 8 menuisiers locaux.

Ce bâtiment est construit sur une plate-forme flottante qui s’adapte aux marées et aux variations du niveau de l’eau, ce qui la protège des inondations et des ondes de tempêtes. C’est un prototype de structure flottante qui a pour objectif principal d’accueillir une centaine d’élèves chaque jour.

La construction a commencé avec des maquettes et des tests de flottabilité. Le bâtiment est composé d’une charpente de bois qui repose sur une plateforme de dix mètres par dix, maintenue à la surface grâce à 256 barils de plastique remplis d’air qui jouent le rôle de flotteurs. Les modules en bois qui permettent de contenir 16 bidons chacun, ont été assemblés sur l’eau, créant ainsi la plate-forme qui assure la flottabilité du bâtiment. Le bâtiment, de 10 mètres de haut et de forme pyramidale, se développe sur trois niveaux pour une surface utile de 220 m². Cette forme a été retenue par les architectes en raison de son centre de gravité relativement bas, créant ainsi un bâtiment flottant stable, censé résister aux vents forts ainsi qu’aux intempéries.

Le bâtiment / bateau est équipé d’un système électrique alimenté par des panneaux d’énergie solaire installés sur le toit du bâtiment.

L’école flottante a été utilisée pendant trois ans, de 2013 à 2016. Suite à l’approbation des autorités nationales des eaux intérieures (NIWA) et à l’aval officiel du gouvernement de l’État de Lagos en 2015 la structure a été officiellement remise à la communauté riveraine de Makoko.

Le bâtiment a alors été utilisé pour plusieurs usages de la communauté : le rez-de-chaussée pour des réunions des habitants de Makoko ou comme cour de récréation pour les enfants et les deux étages supérieurs abritaient les salles de classe et des ateliers. Le bâtiment était aussi utilisé pour une utilisation communautaire par les adultes en dehors des heures de cours (marché de poisson, événements, ateliers d’artisanat) et de destination touristique de temps en temps.   

La structure flottante a été conçue initialement comme un bâtiment mobile mais elle a été réduite à un usage statique rapidement, nécessitant des systèmes d’amarrage qui ont été compliqués à mettre en place. En effet, en tant que prototype, il devait rester sans emplacement fixe tout en étant amarré solidement lors de son utilisation. Pour trouver comment ancrer le bâtiment, différentes techniques d’amarrages ont été expérimentées.

Une première solution a été conseillée par l’équipe de construction communautaire, il s’agissait d’ancres de grappin fabriquées avec des matériaux locaux et des techniques de construction vernaculaires. Rapidement ces ancres ont cédé entraînant la dérive de la structure par vent fort. Par la suite une solution impliquant l’utilisation de poteaux en bois pour retenir les ancres de grappin dans le lit de boue a été essayée. Une fois encore en vain. Finalement un système d’ancrage comprenant des pieux en acier remplis de béton a été choisi permettant à la structure de rester immobile pendant un certain moment. Cette solution cessa de fonctionner en mars 2016. Quelques mois plus tard le bâtiment s’effondra, par manque de maintenance et de réparation, lors d’une forte pluie des moussons. La base flottante et des parties du cadre supérieur ont été gravement endommagées et l’intégrité à long terme de la structure a été remise en question. La structure a alors été démantelée, les équipements techniques tels que le système d’énergie solaire et les barils ont été pris en charge en prévision d’une mise à niveau de la Makoko Floating School.

Au même moment l’agence avait construit une structure similaire à Venise pour la Biennale d’architecture de 2016, pour la présenter au public comme une structure novatrice. Le prototype présenté à Venise était une version améliorée tant du point de vue de son plan, de sa stabilité que de la structure et a reçu le Lion d’Argent. L’ambition du fondateur de l’agence NLÉ, Kunlé Adeyemi, était la construction d’une véritable communauté flottante à Makoko. La phase suivante, qui n’a toujours pas trouvé de financement, devait être la construction d’habitations flottantes ayant une typologie similaire.

Pourquoi on en parle ?

L’architecte nigérien, Kunlé Adeyemi, a réussi à construire un bâtiment peu couteux, avec les matériaux du bord, dans un délai très court pour répondre aux besoins de la population locale.

Conçu pour la communauté de Makoko et construit par cette même communauté, ce bâtiment a très vite été approprié par les habitants qui ont su l’utiliser pour leurs divers activités et usages. Utilisé comme école mais aussi comme centre culturel et centre communautaire, il a permis aux habitants d’une partie du bidonville de trouver un espace de rassemblement pour des utilisations quasi-quotidiennes.
En outre, la structure flottante a été construite en utilisant des techniques locales améliorées, avec des matériaux de récupération, ce qui a permis au bâtiment d’être édifié rapidement et de construire un lieu d’accueil avec très peu de moyens, valorisant un espace fonctionnel sur l’eau.

Warning

Après avoir reçu le Lion d’argent à la Biennale d’architecture de Venise, des prototypes améliorés de la Makoko Floating School ont vu le jour en Belgique à Bruges, en Chine à Chengdu pour des expositions (MFS III et la MFS IIIX3) et dans la Baie de Minelo au Cap Vert. Ces nouvelles versions sont construites avec des matériaux beaucoup plus onéreux, préfabriqués et industrialisés ce qui rend le projet moins abordable par les populations locales pour lesquelles le projet originel avait été imaginé.

Pour en savoir plus :

Living Breakwaters
Type de projet
Projet de paysage, Digue vivante et Restauration écosystème marin

Partenaires
Parsons Brinckerhoff, Dr. Philip Orton / Stevens Institute of Technology, Ocean & Coastal Consultants, SeArc Ecological Consulting, LOT-EK, MTWTF, the Harbor School and Paul Greenberg

Concepteur
Scape Studio

Lieu
Staten Island, New-York, Etats-Unis
Milieux
Dans l’eau / Mer / Milieu marin

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Architecture / Design / Technique, Approche par le paysage / Penser avec le vivant

Modalité d'adaptation
Apprendre à vivre avec / Porter attention au réel / Prendre en compte les transformations, les rythmes et les seuils, Composer dans un monde multispécifique / Régénérer et préserver les pouvoirs du vivant

Page du projet

Contexte

Le projet Living Breakwaters se situe à Staten Island sur la côte littorale de Tottenville qui avait été durement impactée par l’ouragan Sandy en 2012. En effet, cette zone très vulnérable avait été dévastée par de très fortes houles, détruisant la côte et les nombreuses habitations de ce quartier résidentiel. En outre, ce site connaît depuis longtemps une érosion massive de sa côte littorale, corrélée à la construction de nombreux ouvrages qui ont modifié son système de sédimentation naturel. Il a également la particularité d’avoir des fonds marins très peu profonds.

Presque un an après le passage de cet ouragan, en juin 2013, le gouvernement fédéral organise un concours d’architecture intitulé Rebuild by Design, pour aider à la reconstruction des villes touchées et promouvoir des projets résilients. L’agence de paysage et d’urbanisme Scape a répondu à cet appel à projets et a été désignée lauréate, en juin 2014.

Concepts clefs du projet

L’approche paysagère, défendue par Scape, est constituée d’un « layered system solution », un système multicouche de solutions. L’équipe développe alors une stratégie qui intègre et superpose la réduction du risque, la régénération écologique et la résilience sociale. Le projet tire son nom des Living Breakwaters, qui signifient « digues vivantes » ou « brise-lames vivants ». Ce nouveau concept de digue, à la fois protectrice, écologique et culturelle, a été inspiré par l’analyse des mouvements marins en période d’aléa et leurs évolutions depuis les dernières décennies (déplacement et direction des vagues, altimétrie des fonds marins, analyse de l’érosion des côtes et des déplacements sédimentaires, etc). Le positionnement des living breakwaters sur le fond marin, à 300 mètres de la côte, répond exactement à l’évolution des courants marins, protège contre un futur ouragan et favorise la régénération du système sédimentaire sur la côte.

Les living breakwaters sont divisés en dix éléments distincts. Chaque élément est adapté au site et reste partiellement submergé afin de réduire la hauteur des vagues qui arrivent sur la côte (l’effet brise-lame). Par ailleurs, les living breakwaters sont conçus à partir d’un assemblage de différents blocs spécialement dessinés pour créer ce nouveau système. L’équipe a développé 9 modules de blocs, de forme et taille différente, conçus à partir de différents matériaux. Cette diversité de modules doit permettre la création d’un nouvel habitat pour accueillir les poissons juvéniles, huîtres et autres organismes marins, régénérant ainsi la biodiversité marine.

Ce système est associé à la création d’une Oyster Nursery, faisant partie du Billion Oyster Project, créé et développé par Scape Studio. Cette initiative est un projet scientifique-citoyen en partenariat avec la New York Harbor School, dans le but de restaurer un milliard d’huîtres dans la baie de New York d’ici 2030. Ces nouvelles infrastructures hybrides, construites en mer, seront jumelées à des lieux de médiation pédagogique sur terre, situées le long de la côte. Ainsi, plusieurs programmes seront lancés avec la communauté et les écoles de Tottenville. Un Water Hub Public Facility sera créé pour accueillir ces activités.

Pourquoi on en parle ?

L’équipe de Scape a développé une approche paysagère atypique et innovante en associant plusieurs domaines, multipliant les co-bénéfices, à l’inverse d’une réponse à caractère unique d’ingénierie lourde.

Le projet Living Breakwaters est un bon exemple de biomimétisme puisqu’il est directement inspiré des écosystèmes naturels, comme les récifs de corail ou les récifs d’huitres, qui se forment dans les eaux peu profondes, et dont les formes élaborées peuvent ralentir et atténuer les vagues avant que celles-ci n’atteignent le rivage.

Les modules de breakwaters sont également innovants dans leur conception car ils offrent une grande souplesse et adaptabilité, à l’opposé d’une construction de digue unique sur tout le linéaire de la côte, qui pourrait être plus vulnérable face à l’aléa.

En outre, l’équipe a développé un nouveau matériau, à base de béton et de déchets recyclés, utilisé pour construire des blocs plus ou moins poreux pouvant accueillir différents types d’organismes vivants. Ces nouveaux blocs ont été testés pendant plusieurs mois, dans l’eau du New York Harbor avant d’être implantés sur site. Ces expériences pilotes ont permis de réajuster et d’améliorer le dessin de ces formes complexes ainsi que la texture du matériau, alliant ainsi ingénierie, design et science.

Enfin, le projet de paysage, imaginé en « layered system solutions » est innovant. Scape a développé un projet répondant simultanément à plusieurs enjeux : réduire le risque lors d’aléas en brisant les vagues, restaurer le système de sédimentation naturel pour combattre l’érosion des côtes, favoriser la biodiversité marine en proposant un nouvel habitat pour les espèces aquatiques, et générer une résilience sociale à travers la création de programmes pédagogiques et participatifs avec les communautés et les associations locales.

Mise en perspective

Des chercheurs de l’organisation Climate Central ont récemment classé New York au rang de ville la plus vulnérable aux États-Unis face à l’élévation du niveau de la mer.

Le projet Living Breakwaters constitue une étape vers une relation plus saine entre la ville et la mer, mais pour protéger à long terme New York et les autres villes côtières, Kate Orff, fondatrice de l’agence Scape, déclare que de nombreuses autres interventions devront être prises en compte, telles que l’arrêt des constructions immobilières le long de la côte et le retrait des constructions situées dans les zones exposées aux inondations.

Pour en savoir plus

Oyster-tecture
Type de projet
Création d'une architecture pour et par les huîtres

Partenaires
Bart Chezar, Hydroqual Engineering, MTWTF, New York Harbor School, NY/ NJ Baykeeper, Paul Mankiewicz, Phil Simmons

Concepteur
Scape Studio

Lieu
New-York, Etats-Unis
Milieux
Dans l’eau / Mer / Milieu marin

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Approche par le paysage / Penser avec le vivant

Modalité d'adaptation
Composer dans un monde multispécifique / Régénérer et préserver les pouvoirs du vivant

Page du projet

Contexte

Oyster-tecture fut le premier projet de paysage présenté au MoMA (Museum of Modern Art) à New York. En effet, le MoMa a été l’un des premiers musées d’art contemporain à s’impliquer sur la thématique du changement climatique avec l’exposition Rising Currents : Projects for New York’s Waterfront, créée en 2009. Le musée a ainsi lancé un appel à projet auprès d’une dizaine de concepteurs, architectes et paysagistes, afin que chacun puisse proposer un projet unique autour de cette thématique de réflexion. A travers cette initiative, le musée proposait d’aborder avec le grand public des discussions sur l’adaptation de la baie de New York au changement climatique et à la montée des eaux.

« Oyster-tecture » est l’un des projets lauréats de cet appel à projet lancé par le MoMa. Le projet a été créé par l’agence SCAPE, fondé par Kate Orff – paysagiste conceptrice et directrice de l’école de design urbain de Columbia University.

New York City était autrefois le plus gros producteur d’huîtres au monde. La ville s’est construite sur des centaines des buttes coquillières laissées par les Lenapés, les Amérindiens indigènes du territoire. Au milieu des années 1800, la population d’huîtres naturelles de la région était presque entièrement épuisée. Mais ce n’était pas la fin de la « Big Oyster ». Les New-Yorkais ont commencé à élever des huîtres dans les bas-fonds du port, mais cette activité ostréicole fut stoppée net en 1927 à cause d’épidémies. En parallèle, notons que pendant des années, la ville avait déversé des polluants industriels et des eaux usées directement dans ce même port. La qualité de l’eau continuait à se dégrader jusqu’à 1972 où le Congrès adopta le Clean Water Act, qui réglementait les déchets déversés dans les cours d’eau. Petit à petit, la qualité de l’eau dans le port s’est améliorée et de nombreux groupes tentent maintenant de ramener l’huître à New York.

Pourquoi se focaliser sur l’huître ? L’huître est une espèce « clé de voute », c’est à dire, une espèce qui a un effet disproportionné sur son environnement au regard de ses effectifs. D’abord, par sa capacité de filtrer et dépolluer l’eau (chaque huître est capable de filtrer plus de 200 litres d’eau par jour ). Les huîtres sont aussi parfois appelées « bioingénieurs » parce qu’elles créent leurs propres écosystèmes celui-ci devenant un récif habitat pour d’autres espèces et régénère ainsi la vie marine.

Concepts clefs du projet

Il existe de nombreux obstacles à la restauration des récifs d’huîtres, notamment le manque de larves d’huîtres. Mais, l’un des plus grands défis est en réalité un problème structurel : le paysage physique du port de New-York a totalement changé à la suite des dragages. Le fond marin du port est devenu beaucoup plus profond avec un fond plat et boueux, les empêchant de se constituer un habitat dans lequel elles peuvent se développer.

Ce défi a donné à Kate Orff l’idée de créer un habitat pour que les huîtres puissent s’y développer de nouveau, une « Oyster-tecture », une architecture pour et par les huîtres. Le projet Oyster-tecture propose ainsi de créer un récif vivant composé d’un maillage organique, tissé à partir de cordes, “fuzzy cord”, qui recréent par leur propre structure immergées un habitat pour les huîtres et pour d’autres êtres vivants marins.

Cette architecture souple et vivante génère une mosaïque de paysages en trois dimensions qui permet de nettoyer des millions de litres d’eau dans le port en exploitant les processus de filtration biotique des moules, des huîtres et des zostères.

Ces cordes/filets sont d’abord ensemencés avec des larves d’huîtres afin que celles-ci puissent se développer sur ce nouvel habitat. L’eau filtrée par les huîtres devient plus propre. Oyster-tecture vise à améliorer l’habitat et la qualité de l’eau, à restaurer la biodiversité des marais et à encourager de nouvelles relations entre les citadins et la baie de New-York.

Pourquoi on en parle ?

Ce projet est pour nous, novateur, car il a été lancé dès 2009, et qu’il relie les domaines de l’architecture, du paysage, de l’écologie, de l’expérimentation et l’art ; il montre alors la voie vers de nouveaux projets de conception hybride.

C’est également un projet qui propose une action transformatrice à l’échelle de la baie de New-York en utilisant simplement le développement d’un petit élément vivant, l’huître. Il peut être remarquable de simplicité et de frugalité, puisqu’il cherche à redévelopper une espèce endémique en utilisant des moyens et des matériaux humbles (pieux en bois et cordes avec des nœuds de fixation)

De plus, nous pouvons également saluer l’implication de la Ville de New-York, qui mène actuellement le premier projet au monde de restauration de récifs d’huîtres à grande échelle, renouant ainsi avec ses racines historiques.

C’est un exemple important pour montrer comment les huîtres et leurs habitats peuvent être intégrés dans un contexte urbain, grâce à une approche hybride mêlant paysage, écologie, urbanisme, architecture, et les communautés et usages des habitants de la baie de New-York.

Mise en perspective

Les recherches de conception de SCAPE pour Oyster-tecture se sont étendues pour poser les bases de nombreux projets en cours, y compris la proposition d’infrastructure écologique à grande échelle Living Breakwaters et un parc linéaire au bord de l’eau à Red Hoek Point.

Zoom sur Rising Currents

En 2009, Le MoMA et le PS1 Contemporary Art Center ont uni leurs forces pour relever l’un des défis les plus urgents auxquels est confrontée la plus grande ville du pays : l’élévation du niveau de la mer due au changement climatique. Bien que le débat national sur les infrastructures lourdes se concentrait sur des projets clefs en main qui stimuleraient l’économie dans le contexte de crise de 2009, Le MoMA et le PS1 Contemporary Art Center ont préféré encourager de nouvelles recherches et de nouvelles réflexions sur le développement du port et du front littoral de New York. Comme lors des récessions économiques précédentes, la construction fut considérablement ralentie à New York, et une grande partie de talents architecturaux de la ville était alors disponibles pour se concentrer sur l’innovation.

Un programme d’architectes en résidence à PS1 (16 novembre 2009 – 8 janvier 2010) a rassemblé cinq équipes interdisciplinaires, dont l’Architecture Research Office (ARO), pour repenser les côtes de New York et du New Jersey autour du port de New York et imaginer de nouvelles façons d’occuper le port lui-même avec des infrastructures « douces, souples », adaptatives qui répondent aux besoins d’une écologie saine dans un environnement en évolution constante. Ces solutions créatives visaient à changer radicalement notre relation avec l’un des grands espaces ouverts de la ville.

Cette exposition présentait les propositions développées au cours du programme d’architectes en résidence, y compris un large éventail de maquettes, dessins et matériaux analytiques.

Pour en savoir plus

Photographier l’invisible
Type de projet
Photographie des paysages sous-marins

Partenaires
Parc national des Calanques, Fondation Camargo, l’Institut Pythéas, Ministère de la Culture

Concepteur
Nicolas Floc'h

Lieu
Littoral entre Marseille et Cassis, France
Milieux
Dans l’eau / Mer / Milieu marin

Catégorie
Arts & Philosophie

Type de projet
Création artistique

Modalité d'adaptation
Se relier à l’invisible / Créer des brèches / Ressentir / Rêver / Éprouver / Être sensible, Réfléchir / Questionner / Enquêter / Transmettre / Communiquer

Page du projet

Contexte :

A l’occasion de Manifesta 13 qui se tiendra en septembre 2020 à Marseille, le Parc national des Calanques, en partenariat avec la Fondation Camargo, l’Observatoire des Sciences de l’Univers – Institut Pythéas et le Ministère de la Culture, ont commandé à l’artiste Nicolas Floc’h une œuvre sur le territoire sous-marin du Parc des Calanques.

Depuis plusieurs années, l’artiste Nicolas Floc’h s’est donné pour mission de photographier les grandes typologies de paysages sous-marins français à partir de l’exploration des différentes façades maritimes.

Il explore dans son travail les représentations du milieu sous-marin, ce monde aux paysages « invisibles » pour la plupart d’entre nous qui restons sur les rivages ou à la surface de l’eau. A travers ses projets, il donne à voir des fragments de ces mondes sous-marins, de leurs paysages aux beautés sublimes et fragiles, mais aussi de leurs évolutions et transformations face aux pressions anthropiques et au changement climatique.

Concepts clefs du projet :

Avec le projet Invisible l’artiste propose de documenter et de fixer par l’image un état des paysages sous-marins à un instant T, en suivant l’intégralité des 162 km de la bande littorale du Parc des calanques.

Ces explorations, majoritairement en apnée ou avec des bouteilles sur des points précis, permettent de constituer un fond photographique représentant la totalité du territoire marin du parc. Les images prises par l’artiste entre 0 et -30 mètres, en lumière naturelle et au grand angle, permettent une approche panoramique des paysages naturels ou anthropiques.

Les photographies, pour la plupart en noir et blanc, ont pour objectif premier de révéler la variété des paysages présents. Ce parti pris photographique a pour ambition de montrer les fonds marins tels qu’ils sont, sans artifice, ni scénarisation. Le choix du noir et blanc permet à Nicolas Floc’h de travailler sur la turbidité de l’eau et sur l’imaginaire, rendant les images, selon l’artiste, plus authentiques, moins exotiques que lorsqu’elles sont saturées de couleurs.

 » Dans les calanques, on est face à un environnement très minéral, on peut penser à certaines images de l’espace, des images d’astéroïdes, de la lune. Le noir et blanc permet une approche plus uniforme de la multiplicité des paysages ; par le noir et blanc, l’imaginaire nous renvoie à la fois un espace indéfini mais aussi à un espace plus familier car on ne sait pas où l’on est, on ne sait plus si c’est sous l’eau, et on évacue un certain exotisme qu’on peut avoir avec la couleur. Paradoxalement, on est aussi plus proche d’une vraie lecture de l’espace sous-marin puisque quand on plonge, c’est relativement monochrome. L’image sous-marine qu’on nous donne à voir est souvent une image éclairée artificiellement et qui va ramener une lumière que l’œil ne voit pas sans éclairage artificiel donc, quand on est en plongée sans éclairage artificiel, on va avoir une lecture quelque part du paysage qui va être plus proche de cette lecture en noir et blanc « .

Extrait de la rencontre entre Nicolas Floc’h et Pascal Neveux, février 2020.

Pourquoi on en parle ?

Cette démarche de documentation photographique des paysages sous-marins s’inscrit dans une recherche singulière de représentation artistique, mais elle pourrait être mise en parallèle avec d’autres missions effectuées sur les terres immergées des rivages, celle de la Datar et des observatoires photographiques du paysage. En effet, celles-ci ont permis de voir les évolutions et transformations des paysages littoraux français, mais elles ont fait l’impasse sur les territoires sous-marins. C’est donc la première fois qu’une commande publique artistique demande d’explorer l’espace sous-marin des rivages, en rendant visible ces milieux fragiles pour mieux les prendre en compte et les protéger.

Ce projet photographique révèle l’importance d’explorer le monde sous-marin d’un point de vue artistique car il génère de nouvelles représentations de ces milieux trop souvent mal connus ou perçus uniquement à travers le prisme d’études scientifiques. Ces photographies, loin de figer une représentation du paysage sous-marin, nous ouvre vers d’autres perceptions de ces mondes invisibles, de ces espaces souvent oubliés, très fragilisés par nos activités humaines et en première ligne du changement climatique.

Mise en perspective

Parallèlement à la commande de Nicolas Floc’h, le Parc national des Calanques réalise le premier Plan de paysage sous-marin : une première en termes de planification environnementale, qui permet aux décideurs et acteurs locaux, de s’approprier la connaissance de leurs espaces sous-marins pour en conserver et restaurer les paysages. Lire l’article de Klima sur ce projet ici.

De plus, le projet Invisible s’inscrit dans un programme plus vaste mené par l’artiste. En effet, une initiative parallèle, Initium Maris, a été lancée en Bretagne depuis 2015, où l’artiste accompagné d’équipes scientifiques et citoyennes, longe les côtes et îles bretonnes afin de représenter les espaces sous-marins à une époque où le changement climatique génère des bouleversements majeurs au sein des écosystèmes marins.

Les photographies réalisées sur 45 sites dans les îles et zones côtières, couvrant une région allant de Saint-Nazaire à Saint-Malo, constitueront un fond photographique d’un ensemble de vues panoramiques des paysages sous-marins bretons. Ces photographies des paysages et habitats marins permettront de constituer une représentation inédite de l’ensemble d’un territoire à une époque donnée (2018/2021) avec les activités humaines qui s’y inscrivent depuis le point de vue sous-marin (l’aquaculture, la pêche, les ouvrages portuaires, l’archéologie sous-marine, les activités civiles ou militaires…).

Cette mission est menée en collaboration avec un consortium scientifique qui rendra possible une contextualisation des images : données satellites de la couleur de l’océan (Hubert Loisel, UCLO), inventaire du benthos, définition de typologie d’habitats sous-marins en lien avec des suivis biologiques de terrain (Sandrine Derrien, MNHN), mesures physicochimiques… extension l’environnement profond (Julie Tourolle, Pierre-Marie Sarradin, Ifremer).

Nicolas Floc’h travaille ainsi sur plusieurs projets en parallèle : le projet « Initium Maris » (2015/2018/2021) qui permet d’approcher les paysages sous-marins et leurs transformations à l’ouest entre Saint-Malo et Saint-Nazaire, « la Couleur de l’eau » (2016-2021) qui immerge le spectateur dans les variations de couleurs de l’océan depuis la Côte-Nord et la région Hauts-de-France et au sud, « Invisible » (2018/2020) explore un environnement périurbain en Méditerranée.


Pour en savoir plus :

Ecological Citizens
Type de projet
Barrages à sédiments

Partenaires
Universita di Bologna + Italian Institute of Marine Sciences

Concepteur
SCAPE Landscape Architecture

Lieu
Lagune de Venise, Italie
Milieux
Estuaire / Delta / Marais / Lagune / Milieu saumâtre

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Approche par le paysage / Penser avec le vivant

Modalité d'adaptation
Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances

Page du projet

Contexte

L’agence Scape, basée à New-York et fondée par la paysagiste américaine Kate Orff, a été choisie pour représenter les Etats-Unis à la Biennale de Venise de 2018. A travers son exposition « Ecological Citizens », Scape souhaite montrer que l’approche paysagère peut devenir un outil pour encourager et imaginer les réflexions et actions des citoyens face aux défis du changement climatique. En effet, c’est l’un des points essentiels de sa démarche de conception, la paysagiste a ainsi toujours cherché à intégrer la population locale, comme de véritables gardiens, des projets sur le long terme.

L’initiative de ce projet s’inscrit dans le contexte de la disparition des marais salants de la lagune vénitienne, puisqu’au fil des siècles, la morphologie de celle-ci a été très fortement modifiée, pour permettre le développement économique de la ville. Aujourd’hui, la perte de ces milieux dans la lagune est accentuée par l’élévation rapide du niveau de la mer et l’érosion causée par les énormes navires de croisière et les pétroliers qui y circulent. C’est dans ce contexte de disparition de ces paysages spécifiques, que SCAPE s’est associé avec des scientifiques de l’Université de Bologne et de l’Institut italien des sciences de la mer, pour concevoir ensemble un projet d’exposition qui puisse par la suite être intégré dans les plans de restauration des marais salants de la lagune vénitienne.

Concepts clefs

Scape propose à travers cette exposition, de montrer une pluralité d’approches mises en place sur plusieurs zones humides situées dans différentes parties du globe, dont la lagune vénitienne, le port de New York, le delta du Mississipi et en Indonésie.

L’un des projets présentés montre la mise en place de barrages à sédiments, fabriqués à base de fibres de coco, qui serviront à bloquer les sédiments pour recréer ainsi les écosystèmes de marais. Cette technique a surtout été utilisée à Venise.

Le deuxième projet exposé montre une technique similaire, qui consiste à retenir les sédiments à partir de barrages organiques composés de fagots de branchages fixés entre des pieux en bois. Ceux-ci permettront à la fois de créer des habitats propices aux crustacés et autres animaux marins, mais aussi de favoriser le retour d’une avifaune en voie de disparition. Cette technique a été mise en place à Venise mais aussi à New-York, en Indonésie et dans le Mississipi.

Le troisième projet montre la création et mise en place de blocs/modules 3D qui peuvent retenir, grâce à leurs formes spécifiques, l’eau à marée basse imitant l’une des fonctions de vasques rocheuses naturelles. Ces modules peuvent ainsi contribuer à recréer une biodiversité marine, tout en offrant une protection contre les forces hydrodynamiques. Ce module étant onéreux il a seulement été installé à New-York.

Pourquoi on en parle ?

Ces trois systèmes ont été testés et expérimentés in situ, sur différents sites à travers le monde : à Venise mais aussi dans la baie de New-York, dans le delta du Mississipi et sur l’île de Java en Indonésie. En effet, ces différents sites partagent des problématiques et enjeux similaires (disparition des zones humides, transformations des paysages de marais, perte d’habitats et de leurs biodiversités, forte urbanisation, etc), c’est en ce sens que les trois projets de Scape semblent pertinents, car ils permettent de tester in situ ces approches dans plusieurs pays et de partager les retours d’expériences pour faire évoluer les recherches et les solutions proposées.

De plus, les techniques proposées dans ces projets, sont inspirées des fonctions du vivant, en développant une approche biomimétique, c’est à dire une imitation des processus mis en œuvre par la nature. C’est le cas, notamment, avec la création des modules-blocs dont la forme a été créée pour imiter la fonction des vasques rocheuses des fond marins. Les deux autres techniques testées sont, quant à elles, intéressantes car elles utilisent des matériaux naturels peu couteux et facilement mis en place par les habitants eux-mêmes.

Mise en perspective

Ces différentes solutions ont été expérimentées puis mises en place dans divers sites de delta et marais, ils peuvent ainsi servir de projets pilotes pour pouvoir être expérimentés dans d’autres régions du monde aux enjeux similaires (destruction des habitats naturels, dégradation des milieux et écosystèmes, dérèglement des processus hydro-sédimentaire…).

Pour en savoir plus

Plan de paysage sous-marin
Type de projet
Plan de paysage sous-marin

Partenaires
Parc National des Calanques

Concepteur
Coloco / Andromède Océanologie, Piano Paysage, Gilles Clément

Lieu
Façade littorale entre Marseille et Cassis, France
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Approche par le paysage / Penser avec le vivant

Modalité d'adaptation
Composer avec l’incertitude / Prendre en compte l’impermanence et l’indéterminé, Composer dans un monde multispécifique / Régénérer et préserver les pouvoirs du vivant

Page du projet

Contexte

Les plans de paysages terrestres, lancés au début des années 90, ont pour objectif de faire un état des lieux des paysages et de leurs dynamiques, afin de définir avec les acteurs et habitants, les orientations pour mieux prendre en compte les dimensions paysagères (leurs qualités, diversités, évolutions…) dans les processus décisionnels de fabrication des territoires.

Pour la première fois en 2018, le Parc national des Calanques a décidé de compléter son plan de paysage terrestre par un plan de paysage sous-marin. C’est la première initiative de ce type en France car les études sur la perception et la lecture du paysage sous-marin sont encore naissantes, en raison du manque d’accessibilité, de visibilité mais aussi de l’approche jusqu’ ici très spécifique, menée à travers des disciplines scientifiques ou techniques.

Lauréat de l’appel à projet lancé en 2017 par le ministère de la Transition écologique et solidaire, le Parc national des Calanques avec ses 43 500 hectares de cœur marin, a souhaité valoriser la beauté et la diversité de ces paysages marins, mais aussi ces dynamiques et les pressions qui les menacent.

Ce plan de paysage sous-marin a été confié au groupement d’étude Coloco, qui réunit paysagistes, urbanistes, botanistes, jardiniers et artistes, accompagné de l’entreprise de biologie et d’environnement marin d’Andromède Océanologie, du collectif de paysagistes Piano Paysages et de Gilles Clément paysagiste.

Concepts clefs du projet

L’espace marin du Parc est composé de motifs paysagers sous-marins très variés et d’une grande richesse : tombants marins, grottes, coralligène, canyons sous-marins… Ces paysages et écosystèmes fragiles subissent une pression accrue due aux activités économiques et de loisirs liées à la mer (transports maritimes et logistique portuaire, filière nautique et réparation navale, pose de câbles sous-marins, pêche professionnelle et de loisirs, aquaculture, baignade, plaisance, plongée sous-marine…) auxquelles s’ajoutent les impacts des activités terrestres (rejets industriels, rejets de stations d’épuration…).

L’enjeu du plan de paysage sous-marin a pour objectif de définir la notion de paysage sous-marin, et plus spécifiquement celui du Parc national des Calanques, afin de constituer une vision d’ensemble de ces paysages sous-marins, de leurs dynamiques et des tensions auxquelles ils sont soumis, dans le but de mieux les prendre en compte et de les préserver.

Ce plan de paysage subaquatique étant inédit, il a fallu trouver une méthode de travail collaborative pour permettre aux divers acteurs d’échanger sur l’évolution des paysages et écosystèmes sous-marins. Pour cela, des ateliers en pleine mer ont été organisés avec les élus, plongeurs, paysagistes, scientifiques qui se sont retrouvés sur ou sous la surface de l’eau pour partager leurs analyses, connaissances de terrain, impressions et sensibilités.

A partir de ce diagnostic sous-marin, des croquis, cartes, schémas, relevés faunistiques et floristiques ont été réalisés pour identifier, caractériser et valoriser les grandes unités paysagères de l’espace marin du Parc et leurs dynamiques et évolutions. Cet état des lieux a permis la définition des enjeux de ces paysages subaquatiques et une meilleure prise en compte de ceux-ci dans les processus de décision liés au littoral et à la protection des espaces marins. « Il s’agit plutôt de trouver ensemble, collectivement, des lieux où ne pas intervenir afin d’orchestrer un grand paysage heureux, à l’inverse d’une addition de décisions subies qui produit par défaut une réalité » Coloco. 

« Le plan de paysage sous-marin identifie les processus anthropiques et naturels à l’œuvre et propose des objectifs adaptés pour la protection de la valeur de ces paysages :

Révéler les paysages à travers la surface de l’eau pour une meilleure appropriation et une meilleure compréhension des enjeux de préservation 

Mieux appréhender l’empreinte de l’homme sur l’environnement marin pour mieux la contrôler

Proposer une vision globale du fonctionnement des espaces marins du cœur du Parc national des Calanques et ses relations au territoire métropolitain élargi » Coloco.

Pourquoi on en parle ?

Cette initiative de plan de paysage sous-marin est novatrice car c’est la première fois que la thématique du paysage marin est prise en compte dans les plans de paysage et les plans de de fabrication du territoire. En reconnaissant à travers ce processus de projet le statut de paysage marin comme un paysage à part entière, cette approche, qui semble pourtant évidente, permet de penser le paysage dans sa continuité de la terre jusque sous la mer. Notre perception de ce qui fait paysage s’est depuis longtemps trop souvent réduite à ce que nous voyons et expérimentons sur la surface terrestre. Cette nouvelle notion de paysage marin pourrait permettre de mieux protéger ces milieux très fragilisés par nos activités terrestres ou marines.

Nous pouvons espérer que ce premier plan de paysage sous-marin ne soit que le début d’une grande série de plans de paysage sous-marin sur toutes les façades littorales, afin qu’ils puissent devenir de véritables guides pour la préservation et la prise en compte de ces milieux en lien avec nos modes de vies.

« Faire reconnaitre le bon fonctionnement écologique comme une ambition de projet de paysage sans exclure les humains des dynamiques en cours est, en soi, un défi » Coloco.

Mise en perspective

Exploration et définition du « paysage sous-marin » selon l’équipe de paysagistes Coloco :

– La notion d’horizon, fondatrice de la naissance du concept de paysage terrestre, est ici absente ou complétement différente. L’opacité de la masse d’eau bouleverse la perception de ces paysages sous-marins par rapport aux paysages terrestres. Cette opacité de l’épaisseur que le regard traverse et son aspect constamment changeant sont également présents à terre, mais nous n’y prenons plus garde. 

– Sous l’eau, la dimension sonore est particulièrement présente, pour des raisons de propagation du son dans le milieu aquatique et de modification du sens de la vue. C’est un point important, mais une « définition des paysages sous-marins » ne pouvait pas se baser sur cela, par simple opposition aux paysages terrestres, car cette perception multi-sensorielle existe évidemment à terre. Elle est simplement très souvent oubliée au profit d’une perception visuelle, picturale et esthétique seule. 

– L’inaccessibilité des paysages sous-marins profonds et la nécessité d’un équipement spécial pour y accéder sont l’une des principales caractéristiques des paysages sous-marins. A terre, tout le monde ne va pas partout non plus. Ce qui n’empêche pas aux habitants d’un territoire d’en avoir une vision globale, par la cartographie, les covisibilités et les récits. La cartographie des paysages sous-marins des Calanques était inexistante : nous l’avons créée. Les covisibilités sont rendues difficiles par la présence de la masse d’eau. Reste alors l’importance capitale des récits, d’une histoire partagée des paysages sous-marins, pour arriver à une prise de responsabilité commune. 

 

Pour en savoir plus

Billion Oyster Project, NYC
Type de projet
Adaptation au changement climatique, résilience, solution fondée avec la nature, protection du vivant, éducation

Partenaires


Concepteur
Murray Fisher and Pete Malinowski, the Harbor School

Lieu
New York, Etats-Unis
Milieux
Sur la côte / Rivage / Littoral / Estran / Milieu côtier

Catégorie
Communauté & Action Collective

Type de projet
Approche par le paysage / Penser avec le vivant, Médiation / Pédagogie, Acteurs / Mise en réseau

Modalité d'adaptation
Créer de nouvelles pratiques / Changer de comportements / Détourner les usages / Transformer nos manières de vivre, S’associer, coopérer et partager / Amplifier et enrichir les communs / Prendre en compte l’altérité

Page du projet

Contexte

New York City fut autrefois le plus gros producteur d’huîtres au monde. La ville s’est construite sur des centaines des buttes coquillières laissées par les Lenapés, les amérindiens indigènes du territoire. La demande en huîtres était si forte qu’elle a finalement dépassé l’offre abondante de New York. Au milieu des années 1800, la population d’huîtres naturelles de la région était presque entièrement épuisée. Les new-yorkais ont commencé à élever des huîtres dans les bas-fonds du port et, dans les années 1880, la ville produisait plus de 700 millions d’huîtres par an.

Au début des années 1900, New York a été touchée par des épidémies mortelles de choléra et de typhoïde, les parcs à huitres furent pointés du doigt. En effet, la ville déversait des polluants industriels et des eaux usées directement dans le port où étaient élevées les huitres, les rendant impropres à la consommation. La ville fut obligée de mettre fin à l’ostréiculture et New York ferma en 1927 son dernier lit, au sud de Staten Island. La qualité de l’eau continua à se dégrader jusqu’à ce que les huîtres sauvages ne puissent plus survivre. En 1972, le Congrès adopta le Clean Water Act, qui réglementait les déchets déversés dans les cours d’eau. Petit à petit, la qualité de l’eau dans le port s’est améliorée et de nombreux groupes tentent maintenant de ramener l’huître à New York.

L’huître est une espèce « clé de voute », c’est à dire, une espèce qui a un effet disproportionné sur son environnement au regard de ses effectifs. D’abord, par sa capacité de filtrer et dépolluer l’eau (chaque huitre est capable de filtrer 227 litres (50 gallons) d’eau par jour !). Les huîtres sont aussi parfois appelées « bioingénieurs » parce qu’elles créent leur propre écosystème. De plus, les lits d’huîtres ou récifs d’huîtres constituent un substrat stable dans un habitat de sédiments mobile et aident la colonisation des invertébrés épibiotiques qui ont besoin des surfaces rugueuses pour s’y attacher et y vivre. Ces nouvelles structures servent aussi de lieu de forage ou d’habitat pour des crustacés et autres poissons. 

Concepts clefs du projet

En 2014, les enseignants Murray Fisher et Pete Malinowski fondent Le Billion Oyster Project en vue d’assainir et de renforcer la biodiversité dans la baie de New York. Ils sont convaincus que la restauration écologique ne peut être que temporaire si elle ne s’accompagne pas d’actions créées avec la population. Pour mettre en œuvre ce travail de restauration écologique à grande échelle, et surtout le rendre pérenne dans le temps, ils commencent alors par inclure le projet dans le cursus des lycéens de la Urban Assembly New York Harbor School.

La Urban Assembly New York Harbor School se situe juste au Sud de Manhattan, sur Governor’s Island. Elle forme ses étudiants à la gestion maritime appliquée. Ceux-ci s’y rendent en ferry et suivent des cours de plongée sous-marine, biologie marine ou robotique sous-marine. L’école coordonne le Billion Oyster Project, permettant aux élèves de découvrir le port grâce à la restauration des récifs d’huîtres. Ils espèrent repeupler la baie de New York avec un milliard d’huitres d’ici 2035.

Une telle population d’huîtres dans la baie de New York créera des bénéfices multiples : des eaux plus saines, la prévention des “zones mortes” dues à la pollution d’azote, la création d’habitat pour des centaines d’autres espèces, ainsi qu’une défense naturelle contre les tempêtes, adoucissant le coup des grosses vagues, réduisant les inondations et empêchant l’érosion.

À l’heure actuelle, l’école cultive des millions d’huîtres sur Governor’s Island, dans de grands réservoirs. Les participants au programme sillonnent la ville et récupèrent des coquillages dans différents restaurants. Ces coquilles fournissent un substrat sur lequel ils peuvent faire pousser les naissains.

Le projet est par ailleurs sorti du seul cadre de l’école pour devenir un programme transversal, de pédagogie, de recherche et de participation citoyenne, impliquant les 5 “boroughs” de New York avec plus de 10 000 bénévoles, plus de 6 000 étudiants, 100 écoles et 75 restaurants.

Le Billion Oyster Project est un partenaire officiel du projet Living Breakwaters de l’agence d’architecture de paysage SCAPE. Living Breakwaters, signifie « digues vivantes » ou « brise-lames vivants ». Ceux-ci sont construits à partir des modules de blocs de tailles, formes et matériaux variés qui serviront de base à la création d’un nouvel habitat marin, accueillant notamment des récifs d’huîtres élevées par les nurseries du Billion Oyster Project.

Le Billion Oyster Project a déjà installé 14 nouveaux récifs d’huîtres (soit environ 45 millions d’huîtres), et recyclé plus de 700 000 kilos de coquilles d’huîtres provenant des restaurants de la ville.

Pourquoi on en parle ?

Ce projet nous intéresse car il a été conçu et construit à partir d’une petite espèce du vivant : l’huître, endémique de la baie de New-York. Cette initiative permet de valoriser à grande échelle l’action de l’huître sur le filtrage et la dépollution de l’eau dans la baie de New-York et de recréer ainsi de la biodiversité marine

Il existe déjà de nombreux projets de restauration de milieux naturels menés par des scientifiques et écologues aux États-Unis, mais ce qui nous semble pertinent dans cette initiative c’est la mise en lien du projet avec des écoles, des restaurateurs, permettant d’intégrer la pédagogie et le lien social dans le projet. Cette initiative a été initié avec une école publique de NYC, ce qui ouvre le monde de la science à une population qui n’a pas si facilement accès au domaine scientifique et expérimental.

De plus, l’implication des étudiants dans le projet va au-delà de la science participative, car ce sont eux qui construisent et pérennisent l’action, ils devinent garants sur le long terme, de la démarche de réimplantation des huîtres dans toute la baie de New-York. C’est un aspect du projet à valoriser, car ce sont les étudiants, par leurs implications sur plusieurs années, qui deviennent les acteurs et les gradients de cette initiative sur le temps long.

Le Billion Oyster Project a donc su s’adapter et se transformer en un projet à échelles multiples, qui traversent les frontières entre les domaines et les relient : le public et le privé, l’architecture et l’écologie, la science et la cuisine, l’enseignement et le monde professionnelle, tous réunis dans un projet commun pour contribuer à régénérer les écosystèmes de la baie de New York en un écosystème vivant, bio-diverse, et plus résilient.

Warning

Du fait de leur environnement pollué qu’elles contribuent à assainir, les huîtres du Billion Oyster Project ne sont pas comestibles. L’effort de pédagogie à grande échelle du projet doit donc également porter sur cet aspect afin de prévenir toute intoxication.

L’acidification de la mer due au changement climatique est susceptible de menacer les huitres. Les fragments de coquilles et de coraux déposés sur le fond de l’océan ont toutefois la capacité d’atténuer cette acidification. En effet, lorsque le pH de l’eau baisse (acidification), les coquilles se dissolvent dans l’eau, causant en retour une remontée du pH (basification). Ce type de projet doit donc être réalisé à large échelle pour permettre un effet tampon sur l’acidification des océans au niveau planétaire et maintenir des conditions permettant la survie des huîtres, autres coquillages, et coraux.

Mise en perspective

Le Billion Oyster Project se concentre seulement sur la baie de New York, mais il pourra être vu comme un projet pilote de restauration de récifs d’huîtres dans des estuaires des zones tempérés.


Pour en savoir plus

Lien vers l’initiative Billion Oyster Project ici

Habiter sur l’eau en Mésopotamie
Type de projet
Innovation et architecture vernaculaire

Partenaires
Le peuple des Ma'dan

Concepteur
Le peuple des Ma'dan

Lieu
Confluent du Tigre et de l'Euphrate, Marais de Mésopotamie, au sud de l'Irak
Milieux
Estuaire / Delta / Marais / Lagune / Milieu saumâtre

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Architecture / Design / Technique

Modalité d'adaptation
Composer avec l’incertitude / Prendre en compte l’impermanence et l’indéterminé, Apprendre à vivre avec / Porter attention au réel / Prendre en compte les transformations, les rythmes et les seuils

Page du projet

Contexte

Les marais de Mésopotamie, aussi appelés jardins d’Eden iraquiens ou Venise de Mésopotamie, sont un oasis au milieu du désert. Situés dans le sud de l’Irak, le sud-ouest de l’Iran et le Koweït, au confluent du Tigre et de l’Euphrate, une population de près de 100 000 Ma’dan vivait autrefois dans des villages insulaires flottants. Cet ancien système de construction et d’architecture insulaire a permis à une civilisation de s’épanouir dans un environnement inhospitalier tout en soutenant un écosystème de zone humide.

Les Arabes des marais semi-nomades, « Adan » ou Ma’dan, qui signifie « habitant dans les plaines », ont continuellement habité cette terre depuis six mille ans. Jusqu’à ces dernières décennies, les marais constituaient le plus grand écosystème de zone humide continuellement habité du Moyen-Orient. L’économie et le mode de vie des Ma’dan, qui s’étendent sur six mille ans, sont restés similaires aux anciennes pratiques de leurs ancêtres sumériens.

Concepts clefs du projet :

Les villages flottants des Ma’dan, ou al-tahla, sont composés de dizaines d’îles artificielles, construites par l’homme, appelées al halif, ainsi que d’îles naturelles flottantes, appelées tuhul. Sur ces îles, les Ma’dan sont capables de construire des maisons flottantes, sans clous, ni bois ou mortier, elles sont entièrement faites de roseaux récoltés localement directement dans les marais alentours.

Cette plante de 8 mètres de haut, ressemblant à du bambou, est au centre de la culture des Ma’dan. En plus de servir à la construction des îles artificielles et des maisons le qasab fournit du fourrage pour les troupeaux de buffles d’eau, de la farine pour le pain et permet aux Ma’dan de se déplacer, en l’utilisant comme matériau de construction pour leur canoës.

Les îles flottantes se trouvent à l’endroit où les ruisseaux des marais se rejoignent pour former de petits lacs. La construction des îles suit un calendrier saisonnier en trois étapes :

  • La construction commence à l’automne, lorsque le niveau de l’eau est le plus bas. La première étape consiste à entourer une bande de roseaux vivants d’une clôture de roseaux séchés d’un mètre de haut. Cette clôture de roseaux vivants très serrés sert de fondation à l’île.
  • La deuxième étape de la construction est constituée d’un processus de stratification où des couches alternées de roseaux séchés et de boue draguée du fond du marais servent à construire le plancher de la maison.
  • La dernière étape, lorsque l’île est finalement consolidée, consiste à utiliser les roseaux pour construire l’architecture du bâtiment. Le qasab séché est à la fois assez solide pour servir de colonnes ou de poutres et assez souple pour être tissé en nattes pour fabriquer les murs, les toits et les sols. Un tressage particulier de ce roseau permet aussi de créer des cordes reliant les éléments structurants du bâtiment.

Ces îles servent finalement de base sur laquelle sont construites des structures comprenant des centres religieux et communautaires, des granges ainsi que des habitations plus ou moins grandes, (la plupart des maisons font deux mètres de large, six mètres de long et trois mètres de haut). Chacun de ces bâtiments a une structure et une forme particulière permettant de connaître son statut et son usage.

Avec des soins et des réparations appropriés, les maisons en roseaux peuvent durer vingt-cinq ans. L’érosion des bords de l’île et l’enfoncement des fondations se produisent au fil du temps mais avec beaucoup d’entretien pour renforcer la structure certaines îles peuvent perdurer très longtemps.

Pourquoi on en parle ?

Cet ancien système de construction et d’architecture insulaire a permis à une civilisation de s’épanouir dans un environnement hostile tout en maintenant un écosystème de zone humide depuis près de six mille ans. Les habitants des marais du sud de l’Irak sont les héritiers d’une culture qui remonte à des milliers d’années. Dans une région considérée comme le « berceau de la civilisation », l’économie et le mode de vie des Ma’dan sont restés similaires aux anciennes pratiques de leurs ancêtres sumériens. Ils ont su pérenniser un habitat et un mode de vie qui puisse s’adapter au fils des années à des conditions de vie et un environnement en continuel mouvement.

Le roseau qasab n’est pas seulement utilisé comme matériau mais les Ma’dan ont sur en tirer profit au maximum, jusqu’à l’intégrer comme élément principal de leur culture. C’est une espèce clé, ancrée dans toutes les facettes de la vie quotidienne. De la construction insulaire à l’architecture et en tant que matériau indigène le plus abondant disponible dans les marais, il est appliqué de manière innovante à la vie quotidienne dans une multitude de manières et poussé jusqu’à ses limites structurelles et écologiques. Non seulement les Ma’dan ont développé une forme de maison sophistiquée en utilisant un seul matériau de construction, mais ils ont également créé le terrain même sur lequel se dressent leurs maisons.

De plus, le rapport des Ma’dan à leur lieu de vie est en constante évolution car ils entretiennent et prennent soin de leur architecture, elle est ici perçu comme un élément vivant, éphémère et fragile, dont on doit prendre soin. C’est ainsi que ces îles et ces architectures sont régulièrement entretenues, reconstruites, et améliorées.

Warning

En l’an 2000 il ne restait plus que 10% des Ma’dan dans les marais. A cause de l’assèchement des marais par Sadam Hussein, une grande majorité des Arabes des marais ont dû fuir, contraints de quitter leurs maisons, abandonnant leur mode de vie traditionnel pour d’autres villes et camps en Irak ou en Iran. Au total des dizaines de milliers d’habitants ont dû fuir laissant derrière eux leur lieu de vie totalement dévasté. La décimation de ces zones humides connues pour leur biodiversité et leur patrimoine culturel vivant, a été décrite en 2001 comme « l’une des plus grandes catastrophes environnementales du monde » par le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement.

Mise en perspective

En juillet 2016, les marais ont été inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui permet d’espérer que l’écologie et la culture des Ma’dan puissent à nouveau s’épanouir.

Le ministère irakien des ressources en eau a adopté un plan directeur pour la construction de retenues d’eau pour contenir l’eau en hiver et la libérer au printemps, créant ainsi une crue artificielle. L’approvisionnement en eau ne suffira pas à restaurer les marais mais avec des accords de partage de l’eau pertinents entre les pays et des plans de gestion avancés pour l’utilisation de l’eau en amont et dans les marais, un autre avenir pourra alors être possible.


Pour en savoir plus

Palissades végétales, Indonésie
Type de projet
Restauration de la stabilité des côtes au nord de Java

Partenaires
Les communautés locales et le gouvernement indonésien

Concepteur
Wetlands International + Ecoshape,

Lieu
Timbul Sloko, Indonésie
Milieux
Estuaire / Delta / Marais / Lagune / Milieu saumâtre

Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet
Recherche / Expérimentation, Approche par le paysage / Penser avec le vivant

Modalité d'adaptation
Créer de nouvelles pratiques / Changer de comportements / Détourner les usages / Transformer nos manières de vivre, Recomposer autrement / Penser avec la profondeur du territoire / Retisser les liens / Prendre en compte les interdépendances

Page du projet

Contexte 

Le projet « Building with Nature » s’inscrit dans un contexte d’érosion côtière très importante, qui touche des centaines de kilomètres de côtes indonésiennes. Dans le district de Demak, au nord de Java, des villages entiers ont déjà été submergés par la mer. En effet, ces territoires littoraux ont été fragilisés par la déforestation massive des mangroves littorales, essentiellement due à l’abandon de la production de riz au profit de l’aquaculture depuis les années 1980.

D’après les prévisions de Wetlands International, si rien n’est fait, en 2030 plus de 70 000 personnes pourraient être impactées par la montée des eaux et 14 000 ha de terres pourraient ainsi être submergés.

Concepts clefs du projet 

Le projet « Building with Nature » vise à réduire le risque d’érosion et à stabiliser ces zones côtières fragilisées, en utilisant des solutions fondées sur le vivant développées en partenariat avec les communautés locales. Ce vaste programme a été mis en place par un groupement public-privé d’acteurs, tels que la fondation Ecoshape, l’ONG Wetlands International, les communautés locales (en particulier les agriculteurs) et le gouvernement indonésien qui a soutenu cette initiative.

L’un des principaux objectifs de ce projet est de construire une multitude de barrages naturels afin de retenir les sédiments et pouvoir ainsi restaurer les écosystèmes de mangrove qui permettent de stabiliser les côtes. Ces barrières temporaires semi-perméables sont conçues à partir d’un assemblage de pieux en bois et de fagots de bambous qui permettent à la fois d’amortir les vagues, de capturer les sédiments, recréant ainsi le processus d’accrétion. A plus long terme, lorsque le niveau de la côte sera suffisamment stabilisé, les mangroves pourront alors se régénérer naturellement.

Le second objectif de ce projet est de mettre en place un modèle d’utilisation durable des terres, car c’est l’une des causes profondes des problèmes d’érosion côtière dans le district de Demak. Plusieurs actions sont alors engagées avec la communauté locale, afin de travailler ensemble à la diversification des moyens de subsistance présents sur leur site, comme la culture d’algues, l’élevage de crabes et de crevettes, avec une aquaculture durable, etc. En échange d’un engagement actif dans la restauration de ces milieux, les communautés reçoivent un soutien financier pour pouvoir développer leurs économies et recréer ainsi des socio-écosystèmes autosuffisant.

Suite du projet 

La ceinture de mangrove qui a été progressivement restaurée, vient d’être reconnue comme milieu écologique à préserver, elle est maintenant considérée comme une zone protégée. Ce premier projet pilote, qui fait cohabiter en équilibre la préservation des écosystèmes de mangroves et l’aquaculture, doit être suivi par trois programmes de formation à destination des acteurs locaux des communes voisines, afin d’essaimer l’initiative sur d’autres zones côtières.

Pourquoi on en parle ?

Nous aimons cette initiative car elle associe les problématiques de préservation des milieux écologiques à celle des enjeux socio-économiques de ces zones côtières, créant ainsi une approche plus résiliente car elle intègre la population locale comme garante de la protection de ces milieux. Les habitants sont impliqués et soutenus dans cette démarche sur le long terme permettant la régénération de la communauté et de leurs écosystèmes.

De plus, ce projet promeut une approche frugale de la régénération des socio-écosystèmes, en utilisant des techniques de construction ancestrales, peu coûteuses, rapides et basées sur des matériaux locaux.

Mise en perspective

Il serait intéressant d’étendre et adapter cette approche à d’autres zones littorales voisines, qui ont des problématiques d’érosion similaires, et de l’intégrer dans les plans de gestion des zones côtières. Le gouvernement indonésien s’est engagé dans ce processus de dialogue en facilitant l’élaboration de plans de développement villageois qui contribueront à la mise en œuvre du plan directeur régional.

Pour qu’elle fonctionne, cette démarche devra s’appuyer sur une connaissance des milieux écologiques présents et passés, mais aussi sur la compréhension des spécificités et des dynamiques locales.


Pour en savoir plus

Village lacustre, Bénin
Type de projet
Adaptation + mode de vie symbiotique avec l'environnement

Partenaires


Concepteur
Communauté des Tofins

Lieu
Ganvié, Lac Nokoué , Bénin
Milieux


Catégorie
Paysage & Ecologie

Type de projet


Modalité d'adaptation


Page du projet

Contexte :

Le lac Nokoué, situé au sud du Bénin, couvre une superficie d’environ 160 km2 en période de hautes eaux et s’étend parallèlement à la côte atlantique dont il est séparé par un cordon de sable brun. Le milieu saumâtre de ce lac est caractérisé par des interactions continentales et marines dues à des apports saisonniers d’eau douce et d’eau salée.

Ce lac constitue le bassin de vie « des hommes de l’eau » depuis plusieurs centaines d’années. Les Tofinu ont su y développer une civilisation de l’eau construisant des cités lacustres autour du lac et vivant des richesses que leur offrait ce milieu.

Concepts clefs du projet :

Ganvie, qui signifie « nous avons survécu », est une ville lacustre, presque « aquatique » faite de maisons sur pilotis, construites en bambou et en teck, et pouvant accueillir plusieurs familles de pêcheurs. Cette architecture vernaculaire de maisons légères construites sur pilotis, au milieu de l’eau, permet ainsi aux habitants de s’adapter aux variations du niveau de l’eau.

La ville est un ensemble de onze villages organisés autour de canaux sur lesquels les habitants naviguent en pirogues. Cette ville flottante comprend un bureau de poste, une banque, un hôpital, une école, une église, une mosquée, un marché flottant, une place royale et quelques hôtels, bars et restaurants.

Elle est entourée d’un récif artificiel de douze mille enclos à poissons. La pêche est la principale source de revenus et d’activité sur le lac, le système d’aquaculture « acadjas » contribuant à 40 % des prises de poissons. Le mode de vie de cette communauté et leurs moyens de subsistance sont étroitement reliés à leur environnement. En effet, les Tofins ont su créer un système d’aquaculture entièrement autonome et basé uniquement sur l’utilisation d’éléments naturels du site.

La profondeur du lac oscille entre 40 centimètres et 3 mètres, le lac Nokoué est un environnement peu profond idéal pour le système d’aquaculture récifale « acadja ». C’est en s’inspirant des habitats naturels, tels que les récifs et les forêts de mangrove, que les Tofinu ont développé un système d’aquaculture similaire, recréant des habitats pouvant accueillir un élevage de poissons fonctionnant en autosuffisance durant toute leur croissance. Ce système d’aquaculture est basé sur la construction d’enclos fabriqués à partir de branches coupées dans les forêts voisines, ce système de branchage resserré est implanté dans le fond boueux des parties les moins profondes du lac. Avant la plantation, les branches sont trempées puis séchées pendant deux semaines pour réduire leur flottabilité. Ce système de branchage artificiel, similaire à une forêt de mangrove, fournit alors un habitat protecteur et des zones d’alimentation qui attirent la faune environnante.

Un grand filet est ensuite enroulé autour des masses de branches pour éviter que les gros poissons ne s’échappent. Grâce à ce dispositif basé sur le vivant, les poissons peuvent se nourrir des détritus et des algues provenant du bois en décomposition, de plus, ils sont protégés des autres prédateurs et peuvent se reproduire à l’intérieur de l’enclos. Les poissons sont ensuite prélevés de deux façons : soit en une seule fois après douze mois, soit par une pêche sélective tout au long de l’année, à l’aide de filets dont les trous sont suffisamment grands pour permettre aux petits poissons de s’échapper. Ceux-ci peuvent occuper le reste du lac de manière sauvage et fournir l’occasion d’une pêche alternative.

Pourquoi on en parle ?

La communauté des Tofinu a réussi à développer un mode de vie en symbiose avec son environnement, elle a su créer un habitat adapté à son milieu et a choisi de vivre sur l’eau plutôt que sur les rives, en découle un style de vie à l’écoute des variations et transformations de son milieu. Elle a su créer un système d’aquaculture autosuffisant qui permet aux poissons de se développer sans ajout extérieur. 

L’adaptation symbiotique de ce peuple à son milieu, et en particulier aux aléas climatiques, en fait un exemple de résilience intéressant à étudier, surtout lorsque l’on sait qu’au cours des trente dernières années, 50 % des forêts de mangroves côtières ont été détruites par la construction de fermes aquacoles.

De plus, ce système de production piscicole a permis à un peuple de vivre en autosuffisance depuis plus de 400 ans, sans impacter son environnement et en concurrençant la productivité et les rendements de l’aquaculture moderne. Les pêcheurs du peuple Tofinu ont réussi à créer une forme d’aquaculture exempte de pollution par les antibiotiques et les pesticides, exempte d’espèces envahissantes, utilisant un dispositif frugal et créant un système récifal qui génère de la nourriture.

Warning

L’afflux de plus d’un million de personnes dans les trois villes situées autour du lac et l’utilisation croissante du système acadja, met en péril la symbiose entre le mode de vie et le système piscicole de la communauté des Tofinu autour du lac. De plus, depuis que l’UNESCO a classé la cité de Ganvie comme patrimoine culturel et touristique mondial, l’affluence de touristes est de plus en plus croissante, risquant de nuire au maintien d’un système socioécologique fragile.

Mise en perspective

Ce processus de production autonome permet d’imaginer ce système piscicole dans des conditions similaires ailleurs. C’est déjà le cas au Bénin, dans d’autres lacs saumâtres mais aussi dans des lagunes ou des étangs d’eau douce en Côte d’Ivoire ainsi qu’au Pérou. Ce système aquacole vertueux constitue un espoir de développement de la pisciculture rurale africaine : il pourrait remplacer l’implantation de fermes aquacoles coûteuses et destructrices de l’environnement.


Pour en savoir plus :

Crédits :

Klima sur les rivages

Klima en Bretagne,
en Nouvelle-Aquitaine
et à Paris

Adresse du siège social :
28 rue de la Masse
La Fresnais 35111
France


Mentions Légales

Creative Commons

Le contenu original de ce site est utilisable sous la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’utilisation commerciale - Partage dans les mêmes conditions (CC BY-NC-SA 3.0 FR).

Nos partenaires