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Rencontre avec
Guillaume Février

Portrait
Guillaume Février -

Guillaume Février, Bellilois depuis une vingtaine d’années et ingénieur agronome diplômé de l’Ecole d’Agronomie de Rennes, dirige la Maison de la Nature à Belle-Ile, association qui porte le label CPIE (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement). En 2018, le CPIE a été labellisé par le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation pour le projet « Vers une stratégie alimentaire à Belle-Ile-en-Mer » (label Projet Alimentaire territorial), visant à structurer l’ensemble des actions mises en œuvre sur le territoire « du champ à l’assiette ». Dans le cadre de ce projet, le CPIE anime le Comité Agricole bellilois, réunissant des élus, des agriculteurs, des représentants des filières alimentaires et des partenaires techniques et institutionnels. Le CPIE de Belle-Ile s’inscrit par ailleurs dans le Réseau Agricole des Iles Atlantiques (RAIA). Guillaume Février est l'un des coordonnateurs de ce réseau d’acteurs, d’échanges et d’actions, qui regroupe des agriculteurs, citoyens et élus pour faciliter le maintien et le développement durable de l’agriculture dans les îles de la façade atlantique française.


Les spécificités de l'agriculture insulaire

Le 27 août 2020, nous prenons le bateau pour Belle-Ile où nous resterons plusieurs jours. Notre premier entretien se déroule avec Guillaume Février, directeur du CPIE. Il pleut, nous nous réfugions dans un café non loin du port en attendant l’heure de rendez-vous. Le CPIE est situé à Le Palais, dans des bâtiments préfabriqués, au pied de la citadelle.

Nous avons souhaité rencontrer Guillaume Février pour son implication dans le RAIA (réseau agricoles des îles atlantiques), projet que nous avons présenté dans notre atlas. Les actions collectives, nées de la volonté et de l’implication d’un groupe de personnes, nous intéressent particulièrement. Nous sommes curieuses aussi d’en savoir plus sur le contexte insulaire et sur les initiatives qui peuvent y naître.


Entretien mené par Klima (Marie et Sophie), à Belle-Ile, le 27 août 2020

Portrait entre deux mondes

Klima : Nous avons  toujours des questions un peu personnelles en début d’entretien. Pouvez-vous nous dire où vous avez grandi et quel est votre rapport à la mer ?

GF : Il tient d’abord à la géographie, et à la géomorphologie. J’ai grandi entre deux mondes très différents, le Golfe du Morbihan, une poche avec un archipel d’à peu près 60 îles, très calme, avec des estrans vaseux, avec toute une atmosphère assez feutrée, et le côté océanique, du côté de la presqu’île de Quiberon, où l’on est sur la côte bretonne plus battue. Ce sont deux facettes qui ont façonné mon rapport à la mer, avec les balades et la cueillette dans la première facette, le surf dans la deuxième facette, plus océanique. À Belle-Ile, j’y suis arrivé pour le travail. La mer est partout, mais ce qui me plait c’est de pouvoir s’échapper de la mer sur un territoire très paysan aussi. En négatif de mon rapport à la mer, le côté terrien, paysan, est très important pour moi.

Klima : D’accord, est-ce que vous avez un souvenir du premier contact avec la mer, les profondeurs, ou les vagues ?

GF : J’ai deux souvenirs de mon premier contact avec l’eau. Il y a les séances de baignade avec ma mère. On était avec le scintillement du soleil sur la mer qui me fascinait tout le temps. Et il y a la pêche à la palourde avec mes parents. Ils me disaient, « tu ne marchais pas encore, et on te calait dans un rocher, nous on pêchait la palourde », et voilà.

Klima : À quels rivages vous sentez-vous attaché, vous sentez-vous relié ?

GF : Le sud du Morbihan sera toujours dans mon cœur, et puis le littoral finistérien qui est fantastique. Ce que j’apprécie beaucoup c’est l’énorme diversité du linéaire breton, avec des rias, avec des grands massifs dunaires, comme à Gâvres-Quiberon, avec des côtes rocheuses, avec des petits ports… Et quand je cherchais un job après mes études j’étais vraiment mordu, je voulais trouver un job en bord de mer.

Le CPIE de Belle-Ile : éducation et accompagnement de projet

Klima : Est-ce que vous pouvez nous présenter ce qu’est un CPIE, centre permanent d’initiatives pour l’environnement ?

GF : Alors un CPIE c’est une association loi 1901 qui embauche forcément au moins un salarié, je récite ma leçon, le cahier des charges, et qui, donc, rentre dans le cadre d’une charte nationale, qui veut qu’on s’intéresse à la question environnementale avec l’éducation et l’accompagnement de projets et selon une certaine optique. C’est-à-dire qu’il y a plusieurs façons d’avoir une action associative, qui peut aussi être militante, activiste, qui à mon avis est très importante, et de grandes ONG notamment la portent, mais ça ce n’est pas la charte CPIE. Le mot important c’est le dialogue, et une approche de territoire de proximité, où un CPIE, ses membres, vont mettre en lien les gens, les acteurs d’un territoire, un paysan, un touriste, un habitant, un élu, pour les faire dialoguer entre eux et essayer de trouver des solutions assez douces et sur la base de la concertation, par rapport à des sujets environnementaux. Voilà ce que c’est un CPIE : une approche du territoire, un mode associatif, et du travail de long terme autour de l’éducation et de l’accompagnement de projet, voilà, ce qu’on pourrait dire. Et donc on a sollicité ce label en 2002, on l’a acquis en 2003 et on est rentré dans un réseau national qui aujourd’hui compte à peu près 80 structures, depuis la Corse jusqu’au Nord-Pas-de-Calais, voilà.

Klima : Quels projets du CPIE vous tiennent particulièrement à coeur ?

GF : A l’association ? Il y en a plusieurs, je ne veux pas faire de jaloux. La terre sur laquelle on urbanise, on aménage, on cultive, sur laquelle on peut avoir une activité récréative, c’est quelque chose d’important. Il s’agit de faire attention à l’utilisation que l’on a, et que l’on aura de la terre, et d’essayer de résoudre les problèmes spéculatifs et les problèmes de cohésion sociale liés aux conflits sur l’usage de la terre. La réflexion sur le maintien d’un foncier agricole est une mission que nous avons développée au CPIE et au sein du réseau RAIA, avec différents partenaires, depuis plusieurs années, dont les communes de Belle-Ile. C’est un projet que l’on mène par la sensibilisation des propriétaires, par de la veille foncière pour que les transactions agricoles se fassent à des tarifs raisonnables, avec de la sécurisation des exploitations agricoles en place. On cherche à créer un véritable lien entre propriétaires et agriculteurs, et à développer l’installation de nouvelles fermes pour diversifier les productions agricoles. On sensibilise les propriétaires de friches à l’intérêt de défricher et d’autoriser la pratique agricole. Voilà, ça n’est pas un projet, c’est une démarche au long court, qui m’intéresse beaucoup.

Le réseau RAIA : promouvoir l’agriculture insulaire

Klima : Pouvez-vous nous présenter le Réseau Agricole des Îles Atlantiques dont vous êtes coordonnateur ?

GF : Le RAIA concerne les îles de la façade atlantique française et de la Manche, qu’elles aient ou non un pont, qui est un élément de débat parfois sur la caractérisation d’une île.  C’est une association loi 1901 depuis 2018, mais qui existait sous forme de collectif déjà assez actif depuis 2013. Le CPIE en assure le secrétariat. Ce réseau regroupe des membres divers : des collectivités locales, des communes, communautés de communes, des paysans, des collectifs agricoles, ou encore des associations comme la nôtre. Le RAIA est un collectif, une association assez plurielle. Son but est de promouvoir, défendre, et essayer de sécuriser et développer l’agriculture insulaire.

Il y a beaucoup de choses à faire et c’est tellement multi-dimensionnel. Le RAIA travaille sur le foncier, le lien aux espaces naturels, la question alimentaire, tout ce que produit l’agriculture que l’on appelle les externalités positives, le façonnage d’un paysage, le fait d’éviter la prolifération de friches et le risque d’incendies.

Le RAIA s’est doté de plusieurs moyens d’actions. Il s’agit premièrement de l’échange entre les îles. Nous nous sommes par exemple inspirés à Belle-Ile de l’expérience de l’île d’Oléron et de sa grille de prix pour inciter à des transactions agricoles raisonnables et pour éviter la spéculation. Le RAIA sert à faire des passerelles entre les îles, à ne pas réinventer l’eau chaude même si les îles ont chacune leurs spécificités.

Après, on s’est dit, quand on qualifie l’agriculture insulaire de spécifique, il faut peut-être un peu le caractériser plus précisément. Avec différentes équipes de recherche, dont Agrocampus ouest, nous avons établi un programme de recherche-action autour de cette caractérisation de l’agriculture insulaire. En quoi est-elle spécifique ? Dans ce cadre nous hébergeons une doctorante, Naïla Bedrani.

Il y a aussi un rôle de plaidoyer afin de politiquement reconnaître que les territoires périphériques sur lesquels on aspire à des activités de loisir, sont aussi des lieux où l’on veut de la vie à l’année et des activités qui respectent un paysage, avec une charte que nous avons définie. L’agriculture que l’on souhaite c’est une agriculture paysanne, très respectueuse du vivant. On souhaite accompagner la sécurisation de fermes existantes et le développement de nouvelles fermes, sur un mode intégré au territoire, c’est-à-dire sur un mode commercial, avec de la vente à la restauration privée ou collective, ou sur la place du marché. Le message du RAIA est qu’en étudiant bien par la recherche, en prenant un peu plus de temps, nous pouvons être gagnants-gagnants, en s’autorisant l’activité agricole dans le strict respect de la règlementation environnementale. Un exemple, il est difficile dans un certain nombre d’îles qui ont peu ou pas d’espace rétro-littoral, un peu moins contraint par des périmètres environnementaux, de continuer à installer des structures agricoles, comme des serres maraîchères, une nouvelle bergerie. C’est quand même assez compliqué pour le mouvement que nous accompagnons, qui souhaite une relocalisation de l’alimentation, qui souhaite vraiment une présence de l’agriculture sur les îles.

Klima : Et en quoi consiste le projet SOFIANE (Soutenir et Faciliter dans les Iles de la Façade Atlantique une Agriculture Nourricière à Externalités Positives) développé par le RAIA ?

GF : SOFIANE est un projet qui est co-porté par l’association RAIA, Agrocampus Ouest, la faculté de Géographie de Rennes et par Sciences Po Rennes. Il cherche à déterminer selon quelles conditions nous pouvons imaginer une durabilité des systèmes agricoles insulaires. C’est un projet de recherche-action, où de l’action de terrain est mise en perspective par des équipes de recherche.

Le but est d’aller chercher la sphère des citoyens, en prospectant notamment sur ce qu’ils attendent pour leur agriculture insulaire en 2040. Nous réunissons des élus locaux, des agriculteurs, des citoyens, des associations. Des chercheurs nous accompagnent pour structurer méthodologiquement ce travail de prospection et dessiner un processus engageant pour amener à l’action. Le climat évolue, les politiques publiques évoluent, qu’en pensez-vous, et que voulez-vous faire ? Ce projet aide ainsi à fournir de la donnée pour l’action locale, qu’il s’agisse de données pour comprendre ce qu’il se passe en action publique, ou ce que les gens veulent faire pour l’avenir de leur île.

Klima : Comment menez-vous concrètement ce travail de prospective ?

GF : Nous nous sommes accordés sur l’importance de procéder par catégorie d’acteurs. En ce qui concerne la gouvernance alimentaire et agricole, nous avons un comité agricole alimentaire, un groupe foncier, des groupes thématiques. Dans un premier temps nous réunirons les agriculteurs entre eux, puis les élus entre eux, les citoyens, et enfin, nous appellerons les professionnels des filières agricoles alimentaires. Nous voulons que ce travail prospectif soit d’abord fait par groupe, et de ne les réunir qu’ensuite. Ça se passera fin octobre 2020, lors d’un forum que l’on organise sur Agriculture- Alimentation. Nous les rassemblerons afin qu’ils prennent connaissance des travaux qu’ils ont faits individuellement, pour ensuite penser en collectif.

On revient un peu au processus qu’on essaye d’avoir au CPIE quand on parle d’éducation et d’éducation populaire, c’est-à-dire qu’on demande aux gens leur avis sur quelque chose, mais encore faut-il bien caractériser ce support. C’est d’abord une information, puis une sensibilisation, puis après on met la personne dans un regard critique, qui dépendra de sa personnalité, de son trait d’histoire de vie, et de la confrontation de son avis aux autres avis exprimés.

On facilite la réflexion prospective en bougeant les curseurs de différents types de facteurs, qui peuvent être politiques, voire géopolitiques. Voilà, on est quand même très dépendants au pétrole sur les systèmes alimentaires, et des facteurs climatiques bien entendu.

Ce travail collectif peut permettre aux élus de reprioriser, face aux multiples possibilités d’action. Parce qu’il y a tellement à faire. Comment organiser notre trajectoire maintenant? Par exemple, il y a moyen pour une collectivité de faire un PLU, en lien avec le foncier, la restauration collective, ou alors de mettre le braquet à fond sur les outils de transformation locale, une laiterie, un point de vente collectif, des ateliers de transformation de produits carnés ou végétaux.

Agriculture insulaire et changement climatique : des choix à faire

Klima : Quels seront, selon vous, les grands changements auxquels devront s’adapter les agriculteurs sur les îles et les territoires littoraux du continent ? La question est vaste, mais c’est pour donner un éclairage à ceux qui connaissent peu.

GF : Le premier volet est le lien à l’espace naturel. En effet, ces grands changements climatiques mènent directement à la question de la résilience, par rapport à un système agricole et à son lien à l’espace. Plus le lien à l’espace est fragile, plus la résilience sera difficile. C’est par exemple une forte dépendance des cultures en eau, ou des étapes dans l’itinéraire de culture d’une plante donnée, comme la nécessité de procéder à des semis. La fragilité s’accroît quand des modes d’agriculture sont dépendants d’une certaine température et d’une certaine période dans l’année.

Le deuxième volet est économique. Il va sans doute y avoir des choix à faire dans les systèmes culturaux. Des régions françaises, comme le Poitou, les Deux-Sèvres, vont devoir beaucoup réfléchir à la question de l’élevage bovin, puisque les rendements fourragers commencent à être très difficiles, par exemple.

Sur cette question économique, si nous sommes très dépendants au rendement de production, c’est compliqué. Le challenge c’est d’arriver à solidifier le revenu de la ferme, en faisant une agriculture à forte valeur ajoutée, donc avec des produits transformés, plus vendus en circuits courts, des produits de qualité qui peuvent être validés par des labels. C’est un système qui va peut-être asseoir plus l’économie de l’exploitation agricole pour qu’elle soit moins dépendante d’une quantité, en s’inscrivant dans un système qualitatif.

On peut aussi parler des citoyens qui vont devoir se positionner par rapport à ça: le prix des biens alimentaires, l’accès à une alimentation de qualité pour tous. Et comment les citoyens interviennent pour filer un coup de main aux agriculteurs, au-delà du simple achat de biens alimentaires ?  Les AMAP, des acquisitions foncières via Terre de liens avec l’aide des citoyens, etc. Si les contraintes du milieu physique, les contraintes climatiques, et économiques deviennent plus complexes, la sphère citoyenne devra aussi s’adapter.

Comment les citoyens peuvent par exemple s’associer aux paysans pour acheter du matériel agricole qui permette d’aller plus vite vers le bio?

Klima : Combien de temps peut tenir Belle-Ile en autosuffisance alimentaire ?

GF : On a fait un diagnostic alimentaire l’année dernière. En 2019, on a montré qu’on était dépendant à 94% du continent, sur l’année, en moyenne.

Si l’on a des tempêtes de plus en plus fréquentes, que devient l’approvisionnement de Belle-Ile en Mer, aujourd’hui majoritairement effectué par bateau depuis les centrales alimentaires sur le continent? Comment est-on capable d’avoir de la production alimentaire locale? Produire localement et transformer localement. Le but c’est d’aller vers une relocalisation et le plus d’autonomie possible.

Un des outils d’étude que nous développons avec le CIVAM et Terralim est un crash test alimentaire. Nous allons nous mettre en situation, simuler. Nous définirons la méthodologie avec les acteurs locaux. Ils vont nous dire si l’on coupe l’approvisionnement pendant une journée, une semaine, et nous allons travailler avec des professionnels de la logistique de situations de crise. Cela va faire rejaillir un certain nombre de questions. Il ne s’agira pas de pointer tel acteur ou tel acteur, mais de pointer peut être nos faiblesses. Je pense que, de la part d’un territoire, c’est assez intelligent de savoir où l’on est fort, et où l’on pêche.

Ces réflexions portent aujourd’hui uniquement sur l’activité terrestre, donc hors aquaculture, pêche, cueillette d’algues, etc. Cela aurait un intérêt de les inclure dans les simulations.

Klima : Qu’advient-il des scénarios et projections d’adaptation ?

GF : Il faut se donner le temps, et ne surtout pas dire aux gens « Notre objectif, c’est qu’en 2030, on soit autonome à 100% ». Même si le fait de mettre les mots sur un sujet interpelle plus vite. L’adaptation au changement climatique, c’est aussi la question de l’eau douce et de l’énergie. Quelles sont les conséquences sur ces deux flux essentiels à notre société et à son fonctionnement ? Quelles sont les conséquences de l’évolution du climat ? Là, on a un câble électrique qui nous amène une grande partie de notre énergie électrique, un bateau qui nous amène des hydrocarbures. Quelles réflexions là-dessus? Belle-Ile n’est pas obligée de se doter d’un plan climat air énergie territorial puisqu’elle qu’elle n’a pas le nombre d’administrés requis. Mais ce serait important que Belle-Ile ait une réflexion là-dessus, dans un cadre de climat qui change. Cela manque.

Klima : Est ce que vous pensez que la thématique de l’agriculture peut rassembler différents acteurs du territoire ? Agriculteurs, commerçants, institutions, citoyens, associations, touristes ?

GF : Il y a les touristes qui restent une journée, une semaine, un mois, et il y a les résidents secondaires. Ce sont des touristes aussi ?

La relation entre populations permanentes et populations touristiques est un peu schizophrénique. On constate qu’un certain nombre de personnes sur l’île voient le touriste arriver et ont de l’énervement. Cela existe. Même s’ils en tirent un revenu économique.

Les personnes qui viennent en visite à Belle-Ile, les touristes, ont généralement ce côté insulaire. L’imaginaire travaille à fond. C’est l’évasion, c’est aussi la nature, c’est l’Éden. Peut être que quelques fois, certains veulent bloquer le paysage. Ces mêmes personnes, les touristes, sont en attente de produits locaux. Oui, mais les produits locaux on va avoir besoin pour les produire de mettre une serre, de mettre une bergerie, de mettre des équipements. Et là, peut être que ça achoppe avec certaines personnes.

L’agriculture permet de faire du lien, mais parfois pour traiter des éléments un peu vifs.

Ce lien à la terre qui nous nourrit est très fort chez les insulaires, en particulier à Belle-Ile. C’est une île qui est paysanne. On essaye avec d’autres de conscientiser ce regard touristique, l’importance de ce paysage agricole là, parce que les gens ne regardent pas suffisamment cet espace intérieur, tout aussi important que la mer et le littoral.

Il y a un collectif qui s’appelle le collectif « Paysages de l’après-pétrole ». Je trouve cela très intéressant. C’est très responsable de mettre sur la table l’injonction à la transition et quelles vont en être les conséquences, notamment en termes d’équipements sur le territoire (éoliennes, équipements maraîchers), pour rapprocher le lieu de production du lieu de consommation. Il faut qu’on en parle vraiment.

A Belle-Ile, juste derrière le littoral c’est l’espace sur lequel il faut qu’on produise, qu’on ait de l’énergie, qu’on traite de l’eau usée, qu’on se déplace, qu’on vive. Là, ça veut dire quoi la préservation des paysages? On a d’énormes enjeux sur l’évolution de nos paysages et d’énormes choix sociétaux. Je ne sais pas si l’on peut mettre le paysage de Belle-Ile sous cloche.

Klima : Merci beaucoup Guillaume pour avoir bien voulu nous recevoir et échanger avec nous.



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